ACTE IV
REBEKKA
Je partirai quand même. Si je ne le voyais pas, vous pouvez lui dire que je lui écrirai. Une longue lettre. Dites-lelui.
MADAME HELSETH
Oui, ça peut être bon, ça, d'écrire. Mais, ma pauvre demoiselle,... je trouve que vous devriez essayer de causer avec lui encore une fois.
REBEKKA
Peut-être. Ou peut-être plutôt non.
MADAME HELSETH
Non,... dire que je devais voir ça,... je ne l'aurais jamais cru !
REBEKKA
Qu'est-ce que vous auriez donc cru, madame Helseth? MADAME HELSETH
Oh ! j'aurais cru, ma foi, que le pasteur Rosmer était un homme plus solide que cela.
REBEKKA
Plus solide?
MADAME HELSETH Oui, certes, je le dis.
REBEKKA
Mais, ma chère, qu’entendez-vous par là?
MADAME HELSETH
J'entends ce qui est juste et vrai, mademoiselle. Il n’aurait pas dû se tirer de là de cette façon, ah ! non.
ÔI2
REBEKKA, la regarde.
Écoutez, madame Helseth. Dites-moi franchement,... pourquoi croyez-vous que je m'en vais?
MADAME HELSETH
Mon Dieu, mademoiselle, c'est qu'il le faut, sans doute. Ah ! oui, oui, oui ! Mais je ne trouve pas, vraiment, que ce soit bien de la part de monsieur le pasteur. Mortensgaard avait une excuse, lui. Car le mari était vivant. En sorte qu'ils avaient beau le désirer, ces deux-là, ils ne pouvaient pas s'épouser. Mais monsieur le pasteur, lui... hm !
REBEKKA, avec un faible sourire.
Avez-vous pu vous faire de pareilles idées sur moi et le pasteur Rosmer?
MADAME HELSETH
Jamais de la vie. Heu ! c'est-à-dire,... pas avant aujourd'hui.
REBEKKA
Mais aujourd'hui, alors...?
MADAME HELSETH
Oh !... après tout ce qu'il y a de vilain dans les journaux sur le pasteur, à ce qu'on dit, on peut...
REBEKKA
Aha!
MADAME HELSETH
Car c'est mon avis que l’homme qui peut se convertir à la religion de Mortensgaard, ma foi, on peut croire de lui n'importe quoi.
REBEKKA
Oh ! oui, c'est sans doute ainsi. Mais, et moi? Que ditesvous de moi?