‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 270 sur 300 · Acte II · texte numérisé non relu

Acte II

(Rosmer circule dans le salon et met son pardessus. Mme Rosmer lui brosse son chapeau, qu’ensuite elle lui tend.)

Rosmer. — Non, dire que j’ai été si lâche, si timide, que j’ai eu peur de tout lui dire nettement.

Mme Rosmer. — Oui, n’est-ce pas?

Rosmer. — Je ne le comprends pas moi-même.

Mme Rosmer. — Mais c’est fini maintenant. Tiens. Va tout droit chez le proviseur.

LES MANUSCRITS

Rosmer. — Je vais tout droit.*.

Mme Rosmer. — Et reviens le plus tôt possible. Je suis curieuse de savoir ce qu'il dira.

Rosmer. — Ne t’impatiente pas. Adieu, en attendant. Adieu.

Mme Rosmer. — Adieu, cher Rosmer.

(Il ouvre la porte du vestibule. Mme Rosmer raccompagne. A ce moment le proviseur Gylling en . manteau entre dans le vestibule.)

Rosmer. — Comment ! Tu viens ici?

Gylling. — Oui, je viens.

Rosmer. — Et j’allais justement chez toi.

Gylling. — Je ne voulais pas attendre; et je n’étais pas sûr que tu viennes...

Rosmer. — Eh bien ! ôte ton manteau.

Gylling. — Si tu permets.

(Il ôte son manteau et le met sur une chaise. Rosmer en fait autant.)

Rosmer. — As-tu quelque ennui? Tu as l’air si grave.

Gylling. — Je voudrais causer avec toi tête à tête. Pourrions-nous peut-être aller dans ton bureau?

Mme Rosmer. — La pièce n’est pas encore faite. Restez là. J’ai à faire ailleurs.

(Elle sort à droite.)

Rosmer. — Qu’est-ce qu’il y a? Ulrik Sejerhjelm a-t-il été chez toi?

Gylling. — Non ; et il ne viendra sûrement pas. Mais on parle déjà beaucoup de lui. C’est d’une belle façon qu’il s’est fait connaître.

Rosmer. — Oui?

Gylling. — Il est descendu dans une sale maison, s’est installé dans un sale cabaret,... dans la plus sale compagnie, naturellement... a bu et offert à boire tant qu’il a eu de quoi; puis a invectivé tous ces gens, les traitant de canailles et de

racaille... en cela, d’ailleurs, il avait raison... ; puis il fut rossé et jeté dehors.

Rosmer. — Alors il est sans doute incorrigible.

Gylling. — Il avait aussi mis le manteau en gage ; mais j’entends dire qu'on le lui aurait dégagé. Peux-tu deviner qui?

Rosmer. — Qui donc?

Gylling. — M. Mortensgaard. La première visite deSejerhjelm a été pour l'imbécile et le plébéien.

Rosmer. — Rebekka le prédisait déjà hier.

Gylling. — Tiens, tiens. Et nous voilà sur un point où, au nom de notre vieille et fidèle amitié, je me sens dans l'obligation de t'avertir.

Rosmer. — Qu’y a-t-il donc, mon cher?

Gylling. — Il y a qu’ici, dans la maison, des initiatives sont prises derrière ton dos.

Rosmer. — Par qui?

Gylling. — Par ta femme. Je peux bien le comprendre. Dès la dernière année lamentable de la vie de Beate, elle s'est habituée à tout diriger ici; mais tout de même...

Rosmer. — Mon cher, tu te trompes complètement. Rebekka ne me cache rien. Elle me dit tout.

Gylling. — T'a-t-elle dit aussi qu’elle a donné hier à Sejerhjelm une lettre de recommandation pour le rédacteur Mortensgaard ?

Rosmer. — Oui, bien entendu.

Gylling. — Elle l’a dit... ! Et qu’en penses-tu?

Rosmer. — J’approuve entièrement ce qu’a fait Rebekka.

Gylling. — Es-tu fou ! Tu approuves qu'elle entre en relations avec l'adversaire le plus dangereux et le plus abject que nous ayons ici.

Rosmer. — Je te le dirai franchement. La conduite de Mortensgaard, à beaucoup d'égards, me paraît choquante. Mais je ne peux plus marcher avec toi et nos amis dans les questions

LES MANUSCRITS

publiques. Dans ces questions-là et une foule d'autres je dois me séparer de vous complètement.

Gylling, recule en chancelant. — Qu’est-ce que tu dis là ! Toi, tu veux te séparer de tes amis ! Passer dans le camp ennemi ! C'est impossible !

Rosmer. — Je ne pense pas à prendre aucune part aux luttes actuelles. J'ai l'horreur d'intervenir dans tout ce pêlemêle, où je ne m'entends pas.

Gylling. — Mais qu’est-ce donc que tu veux?

Rosmer. — Je veux essayer d’ennoblir le travail d'affranchissement. Crois-tu que je ne vois pas toutes les saletés que comporte l'évolution et qu'elle fait naître à mesure? C'est contre cela que je veux agir, mettre en garde, endiguer, curer, de façon que le flot puisse couler pur et clair. . .

Gylling. — Oh ! Rosmer, que tu es naïf ! Tu ne sais pas à quels éléments tu as affaire. Mais à quel moment es-tu entré dans ces voies de perdition?

Rosmer. — Je les appelle voies de la connaissance.

Gylling. — * Appelle-les comme tu voudras. Mais à quel moment, je te demande.

Rosmer. — Ça remonte loin. Je crois que les fondations furent posées quand je faisais mes études professionnelles.

Gylling. — Et tu as suivi quand même la carrière ecclésiastique?

Rosmer. — On a toujours eu grand respect pour les usages consacrés dans notre famille.

Gylling. — C'est une particularité qui semble en train de disparaître dans la famille.

Rosmer. — Je crois qu’elle disparaît toujours... plus ou moins vite... et se change alors en son contraire.

Gylling. — Mais dire que cela devait se produire par toi ! Et dire qu'avec cet état d’esprit tu as pu rester prêtre de l'église. . .

Rosmer. — Lorsque j’ai vu tout à fait clair, je me suis retiré.

Gylling. — Tout à fait clair. Sur quoi?

Rosmer. - — Je ne peux plus admettre ces mystères. Il me faut rejeter toute la vieille doctrine.

Gylling. — Renégat, alors ! Libre penseur î Renégat de la foi de tes pères !

Rosmer. — J’ai lieu de présumer que la foi de mes pères n’était pas profondément ancrée.

Gylling. — Tu es donc un renégat. Qu’as-tu maintenant pour remplir ta vie?

Rosmer. — Je continuerai, infatigablement, à étudier et à penser. Je chercherai, autant que possible, à pénétrer jusqu’au fond des choses. Et puis, je veux vivre. Être heureux.

Gylling. — Sais-tu que ceci ouvre devant moi un abîme de pensées.

Rosmer. — Je ne te comprends pas.

Gylling. — Je veux maintenant tout approfondir. Veux-tu être sincère? Veux-tu répondre franchement à mes questions?

Rosmer. — Parle, mon cher, demande tout ce que tu voudras. Je n’ai rien à cacher.

Gylling. — Quel a été pour Beate le plus profond motif de mettre fin à sa vie?

Rosmer. — Je ne te comprends pas. Peux-tu avoir des doutes à ce sujet? Et peut-on en aucune façon demander les motifs des actes d’une malheureuse malade irresponsable?

Gylling. — Es-tu certain que Beate était tellement irresponsable? Les médecins, du moins, estimaient que ce n’était pas si caractérisé.

Rosmer. — Si les médecins l’avaient vue telle que je l’ai vue bien souvent, ils n’auraient pas douté.

Gylling. — Je ne doutais pas non plus dans ce temps-là.

Rosmer. — Le doute était malheureusement impossible. Je t’ai parlé de son ardeur passionnée, à laquelle elle voulait que je répondisse. Oh ! quel effroi elle me causait. Et ces brusques revirements qu’elle avait; cette haine muette, dévorante...

LES MANUSCRITS

Gylling. — De la haine? Contre qui?

Rosmer. — Contre nous qui nous occupions d’elle. Contre moi surtout.

Gylling. — Et moi, je te dirai que la malheureuse Beate est morte à cause de son amour pour toi.

Rosmer. — Que veux-tu dire par là?

Gylling. — La dernière année,... quand elle semblait ne plus pouvoir supporter la vie, elle s’est adressée à moi et m’a crié son angoisse... d’abord parce que tu étais, disait-elle, sur le chemin de l’apostasie...

Rosmer. — Je crois pourtant que je n’y étais pas alors. En tout cas, je ne l'ai jamais mise au courant de mes doutes et de mes luttes intérieures.

Gylling. — On voit d’autant mieux combien un esprit égaré peut merveilleusement pressentir la vérité.

Rosmer. — Mais pourquoi m’as-tu caché cela?

Gylling. — Je ne voulais pas te peiner et tourmenter encore davantage en te révélant ces accusations auxquelles, alors, je ne croyais pas moi-même.

Rosmer. — Mais maintenant...?

Gylling. — Oui, maintenant, j’ai compris cet incroyable... ton grand crime...

Rosmer. — Crime !

Gylling. — Oui, la vie coupable qui a été et qui est menée ici dans ta maison.

Rosmer. — Je ne comprends pas un mot de cela.

Gylling. — Parfois Beate est venue me trouver, a pleuré et s’est lamentée. « Rosmer ne m’aime plus, » disait-elle. « Il aime Rebekka ; et elle l’aime. »

Rosmer. — Elle a dit cela !

Gylling. — Elle a dit cela. C’est pourquoi je devais croire qu’elle était folle.

Rosmer. — Certes, tu devais le croire.

Gylling. — La dernière fois qu’elle a été chez moi, elle a

dit : <( Il faut que maintenant personne ne gêne Johannes et n’empêche son bonheur. Il faut que bientôt le cheval blanc entre dans la cour. » Je ne l’ai pas comprise.

Rosmer. — Jamais je n’ai eu l’idée que ses idées morbides pussent s’égarer dans cette direction. Ma pauvre malheureuse Beate.

Gylling. * — Hypocrite !

Rosmer, avec un sursaut. — Que dis-tu!

Gylling. — Puis-je douter, après toutes ces révélations, qu’ici a été menée une vie coupable..,, alors déjà.

Rosmer. — Si c’était un autre que toi qui osait...

Gylling. — Si c’était un autre que toi, cela ne m’aurait pas ainsi fendu le cœur. Mais toi, Johannes Rosmer,... dire que d’un seul coup tu t’es arraché à mon amitié.

Rosmer. — Dis-moi ; ces accusations de Beate, tu n’en croyais pas un mot dans ce temps-là.

Gylling. — Comment pouvais-je croire cela d’un homme comme toi... d’un honnête homme, car tu l’as tout de même été autrefois.

Rosmer. — Mais maintenant...?

Gylling. — N’as-tu pas reconnu qu’en secret tu as été depuis longtemps un renégat de la foi de tes pères?

Rosmer. — J’ai été longtemps un homme qui doute et qui lutte. Aujourd’hui je vois clair en moi-même; c’est vrai. Et puis, après?

Gylling. — Le reste, tu peux te le dire à toi-même.

Rosmer. — Non, te dis-je; non; je ne peux pas. Tu as le devoir de formuler complètement et sans réserve ce que tu penses.

Gylling. — Je pense qu’il n’y a pas un gouffre, un abîme infranchissable, entre la libre pensée et...

Rosmer. — Et quoi?

Gylling. — ... et l’amour libre?

Rosmer. — Et tu oses me dire cela, à moi ! Tu n’as pas honte de le penser et de le croire !

LES MANUSCRITS 673

Gylling. — Je ne sais pas ce qui pourrait arrêter un homme, du moment qu’il a renoncé aux préceptes de la morale.

Rosmer. — L'ai-je fait?

Gylling. — J'estime que foi et morale ne peuvent être séparées. Et je ne connais pas d'autre morale que la nôtre, la chrétienne.

Rosmer. — Et je ne connais pas de morale chrétienne; je ne connais pas d'autre morale que celle que j'ai dans le sang.

Gylling. — La morale humaine privée est une protection précaire.

Rosmer. — Oh ! quel prodigieux fanatisme a grandi en toi.

Gylling. — Oui, tu peux m'appeler fanatique sous ce rapport. Jusqu'à mon dernier jour je détesterai et je poursuivrai ces néfastes courants de l'époque. Ils ont amené la discorde et les tiraillements dans mon foyer,... et dans des centaines d’autres aussi. Ils m'ont empoisonné mon action dans la vie...

Rosmer. — Les luttes politiques, oui. Mais celles-là, je ne m'en mêle pas.

Gylling. — L'un ne peut pas être séparé de l'autre. Et que l'apostasie t’ait pris, toi aussi. Nous ait si irrévocablement séparés. Mais je le vois, je le vois;... ton changement,... c'est l'œuvre d’une femme artificieuse et sans scrupules.

Rosmer. — Pas un mot de plus sur elle.

Gylling. — N est-ce pas elle qui, tout d’abord, t’a mis sur la voie que tu suis aujourd'hui?

Rosmer. — Oui; que ce soit dit à sa louange. Et ensuite nous avons travaillé fidèlement ensemble comme deux amis.

Gylling. — Tu es comme un enfant entre ses mains ; et tu ne le vois pas.

Rosmer. — Je suis heureux et libre ; je peux vivre ma propre vie.

Gylling met son manteau. — Oui, tu verras comment te plaira cette vie quand tu seras séparé de tous ceux qui, jusqu’ici, te tenaient de près.

T. XIII

Rosmer. — Ils ne sont pas tous aussi fanatiques que toi,

Gylling. — C'est ce que tu verras bientôt.

(Il salue sèchement et sort par le vestibule.)

(Mlle Dankert entre un peu après par la droite.)

Mlle Dankert. — J’ai vu qu’il est parti.

Rosmer. — Il ne reviendra plus jamais.

Mlle Dankert. — Vous lui avez tout dit.

Rosmer. — Oui.

Mlle Dankert. — Et alors?

Rosmer. — Rupture complète. Irrémédiable.

Mlle Dankert. — Pas irrémédiable. Attendez. Vous verrez.

Rosmer. — Les vieilles relations ne pourront jamais être rétablies.

Mlle Dankert. — Oh ! croyez -moi. C’est bien ce qui vaut le mieux pour vous.

Rosmer. — Oui, je sais que c’est votre avis. Mais à ces vieilles habitudes je suis fortement attaché.

Mlle Dankert. — Trop fortement. Vous ne seriez jamais devenu un homme libre si ce milieu avait continué à exercer son influence sur vous.

Rosmer. — J’ai le devoir de vous dire ceci. Maintenant que je me suis exprimé ouvertement, on ne verra plus nos relations telles qu’elles sont.

Mlle Dankert. — On ne verra plus nos relations... !

Rosmer. — De renégats on ne peut s’attendre à une vie pure, a-t-il dit.

Mlle Dankert. — Oh ! les forcenés !

Rosmer. — Qu’y a-t-il à faire?

Mlle Dankert. — Désirez-vous que je m’en aille?

Rosmer. — Si je le désire !

Mlle Dankert. — En ce qui me concerne, ce n’est pas nécessaire.

LES MANUSCRITS 675

Rosmer. — Non, n’est-ce pas, Rebekka. Vous avez l’esprit libre et fier. Votre propre conscience vous suffit.

Mlle Dankert. — Oui, elle suffit. Pourquoi céder devant la basse et abjecte façon de penser de quelques gens? Nous rendre malheureux? Car nous le serions...

Rosmer. — Oui, oui.

Mlle Dankert. — Non, nous restons ensemble en bons amis et nous nous donnerons mutuellement aide et appui de notre mieux. Mais voyez donc... !

Rosmer, avec un cri.

(Le proviseur Gylling a ouvert la porte du fond.)

Gylling. — Je ne sais si j’ose venir encore une fois.

Rosmer. — Viens donc.

(Le proviseur entre et garde son manteau.)

Gylling. — Ce qui est arrivé ne peut être changé ; mais écoute, Rosmer.

Rosmer. — J’écoute, j’écoute.

Gylling. — Est-il nécessaire que ta lamentable apostasie soit proclamée dans tout le pays?

Rosmer. — Je veux et il me faut sortir de la situation fausse où je suis resté si longtemps. Mon livre est achevé.

Gylling. — Et tu ne regardes pas aux conséquences que cela aura pour toi. Toute la presse conservatrice va se jeter sur toi et sur le livre...

Mlle Dankert. — Mais comment pouvez-vous le savoir, monsieur le proviseur? Vous ne connaissez pas le livre.

Gylling. — Hm ! vous nous accuserez sans doute de fanatisme et d’hostilité pour divergence d’opinions. Mais on ne peut éviter cela en un temps aussi troublé que le nôtre. C'est nettement un devoir, pour tout bon citoyen qui peut le faire, d’arracher les mauvaises herbes, n’importe où elles poussent.

Rosmer, — Bien, bien, je sais donc à quoi je dois m’attendre.

Gylling. — Non, tu ne le sais pas. Cela viendra avec une

violence bien plus grande que tu ne l’imagines. Aussi, je t’en prie, Rosmer... arrête-toi, hein... toi, paisible homme d’études vivant à l’écart;... tout cela n’est pas pour toi.

Rosmer. — Peux-tu donc vouloir que je me montre si lâche?

Gylling. — C’est ton devoir envers ton entourage. Rappelle-toi la haute situation que ta famille a si longtemps occupée. La considération dont tu jouis toi-même. Tu vas rendre bien des gens sans défense hésitants, incertains, malheureux.

Rosmer. — Tu crois?

Gylling. — Tu n’en doutes pas toi-même?

Rosmer. — Je ne peux pourtant pas rester éternellement en dehors. Partout s'agite une vie aux germes abondants de toutes sortes. Il faut que je commence à vivre, moi aussi. Je veux être heureux ici dans le monde.

Gylling. — Je comprends d’où provient cette chasse au bonheur. Ne le comprenez-vous pas aussi, mademoiselle?

Mlle Dankert. — Elle est de l’époque. C’est une part de ce qu’il y a de plus grand dans notre jeune temps, que nous osons proclamer ouvertement le bonheur comme but de la vie.

Gylling. — Vous le proclamez?

Mlle Dankert. — Oui, certes.

Gylling. — Est-ce des principes de ce genre qui sont publiés dans ton nouveau livre?

Rosmer. — Oui, s’il est bien compris.

Gylling. — Pauvre homme,... toi, avec ta conscience bourrelée de remords,... tu crois trouver le bonheur par ces voies-là.

Mlle Dankert. — Bourrelée de remords? Qu’est-ce que cela.

Rosmer. — Je me sens libre et pur.

Gylling. — Tu le crois peut-être. Mais tu te trompes. Tu t’es trahi. Et la malheureuse t’a donné sa vie en sacrifice... Tu bâtis ton bonheur sur l’eau. Rappelle-toi l’étang du moulin.

(II sort.)

LES MANUSCRITS

Rosmer. — Mais cela n’est pas vrai, Rebekka.

Mlle Dankert. — Je le sais bien.

Rosmer. — Et cependant... oui, ceci doit être dit une fois. Est-ce que vraiment je vous aimais déjà?

Mlle Dankert. — Aimais ! Vous, Rosmer !

Rosmer. — Voulez- vous partir maintenant?

Mlle Dankert lui tend la main. — Non, mon ami, maintenant surtout, je reste chez vous.

Rosmer. — Merci, Rebekka.

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