IO
HEDVIG
Oui, car ils sont fortement ondulés.
HJALMAR
En réalité bouclés.
HEDVIG, au bout d'un moment , le tirant par sa veste.
Père !
HJALMAR
Eh bien, qu'est-ce?
Oh ! tu sais bien ce que c'est.
HJALMAR
Certes non, je n'en sais rien.
HEDVIG, riant et d'une voix plaintive.
Oh ! si, père, ne me tourmente pas davantage.
HJALMAR
Mais qu'est-ce qu'il y a?
HEDVIG, le secouant.
Voyons, donne-les moi, père ! Tu sais bien, toutes les bonnes choses que tu m'as promises.
HJALMAR
Oh!... Non, crois-tu, dire que j'ai oublié ça!
HEDVIG
Non, tu veux me taquiner, père ! Tu devrais avoir honte ! Où les as-tu?
HJALMAR
Si, vraiment, j’ai oublié. Mais attends! J'ai autre chose pour toi, Hedvig.
IIO
(Il va chercher dans les poches de V habit.) HEDVIG, sautant et battant des mains.
Oh ! maman, maman !
GINA
Vois-tu, avec un peu de patience...
HJALMAR, avec un bout de carton.
Tiens, le voilà.
HEDVXG
Ça? ce n'est que du papier.
HJALMAR
C'est le menu, tout le menu. Tu vois, c’est écrit dessus. HEDVIG
C'est tout ce que tu as?
HJALMAR
J'ai oublié le reste, je te dis. Mais tu peux m'en croire : c'est un médiocre plaisir, toutes ces friandises. Allons, va t'asseoir à la table, et lis le menu, ensuite je te décrirai le goût des plats. Tiens, Hedvig.
HEDVIG, avalant ses larmes.
Merci.
(Elle s'assied, mais ne lit pas; Ginalui fait un signe , que Hjalmar surprend.)
HJALMAR, arpentant la pièce.
C’est incroyable, toutes les choses auxquelles doit penser un père de famille ; et si l'on en oublie la moindre, on lui fait tout de suite grise mine. Enfin, il faut se faire à ça aussi.
(Il s'arrête auprès de son père , à côté du poêle.)
As-tu jeté un coup d’œil là-dedans, père?
EKDAL
Oui, tu penses bien. Il est entré dans le panier.
HJALMAR
Non, il est entré dans le panier ! Il commence donc à s’habituer.
EKDAL
Mais oui ; c’est bien ce que je prévoyais. Mais maintenant, vois-tu, il y a de menus arrangements que...
HJALMAR
Des perfectionnements, oui.
EKDAL
Mais il faut les faire, tu sais.
HJALMAR
Oui, parlons un peu des perfectionnements, père. Viens, asseyons-nous sur le canapé.
EKDAL
Si tu veux. Hm ! crois que je vais d’abord bourrer ma pipe... faut la nettoyer aussi. Hm !
(Il entre dans sa chambre .)
GINA sourit à Hjalmar.
Nettoyer sa pipe, dis donc.
HJALMAR
Hé oui ! oui, Gina, laisse-le faire... ; le pauvre vieux naufragé... Oui, ces perfectionnements, le mieux est d’en être quitte demain.
GINA
Demain tu n'auras sûrement pas le temps, Ekdal.
HEDVIG, intervenant.
Oh ! que si, maman !
GINA
... car rappelle-toi les épreuves à retoucher; on a si souvent envoyé ici les demander.
HJALMAR
Allons ; encore ces épreuves? C'est bon, elles seront rêtes. Est-il venu aussi de nouvelles commandes?
GINA
Non, malheureusement ; demain je n'ai que les deux portraits que tu sais.
HJALMAR
C'est tout? Oh ! non, quand on ne se met pas en quatre...
GINA
Mais que puis- je faire? Je mets des annonces dans les journaux tant que je peux, il me semble.
HJALMAR
Oui, les journaux, les journaux ; tu vois à quoi ça sert. Et la chambre, personne n'est venu la voir non plus?
GINA
Non, pas encore.
HJALMAR
Il fallait s'y attendre. Quand on ne se remue pas... Il faut se secouer, Gina !
HEDVIG, s'approche de lui .
Faut-il te donner la flûte, père?