‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 34 sur 300 · IX · texte numérisé non relu

IX

HJALMAR

Non, pas de flûte; je n'ai besoin d’aucune joie en ce monde.

(Il marche çà et là.)

Oui, certes, je travaillerai demain ; le travail ne manquera pas. Je travaillerai tant que j’en aurai la force...

GINA

Voyons, mon bon Ekdal, ce n’est pas ça que j’ai voulu dire.

HEDVIG

Père, veux-tu que je t’apporte une bouteille de bière?

Non, pas du tout. Il ne faut rien pour moi...

(Il s'arrête.)

De la bière?... Tu as dit de la bière?

HEDVIG, empressée.

Oui, père ; de la bonne bière fraîche.

HJALMAR

Allons,... puisque tu y tiens, tu peux en apporter une bouteille.

GINA

Oui, va ; nous allons avoir du bon temps.

(Hedvig court à la porte de la cuisine.)

HJALMAR, près du poêle , l'arrête , la regarde , lui prend la tête et la serre contre lui.

Hedvig ! Hedvig !

HEDVIG, heureuse et en larmes.

Père chéri !

T. XIII

Non, ne m’appelle pas ainsi. Je me suis assis à la table de ce richard et me suis régalé,... je me suis gorgé à cette table surchargée... ! Et dire que j'ai pu... !

GINA, assise près de la table.

Oh ! des bêtises, Ekdal !

HJALMAR

Si fait ! Mais il ne faut pas m'en vouloir. Vous savez bien quelle affection j'ai pour vous tout de même.

HEDVIG, le prend dans ses bras.

Et nous t'aimons tant, père !

HJALMAR

Et s’il m’arrive parfois d’être peu aimable,... bon Dieu... rappelez- vous que je suis un homme assailli par une armée de soucis. Enfin !

(Il s’essuie les yeux.)

Pas de bière en un pareil moment. Donne-moi la flûte.

(Hedvig court à la bibliothèque et la rapporte.)

Merci. La flûte en mains et vous deux à mes côtés... Oh !

(Hedvig s’assied à la table près de Gina ; Hjalmar arpente la pièce. Il attaque fortement une danse populaire bohémienne , mais avec un rythme lenty élégiaque et sentimental. Puis il s’interrompt , tend la main gauche à Gina , et dit avec émotion :)

Il se peut que la vie soit médiocre et mesquine sous notre toit, Gina. Mais c'est tout de même le foyer. Et moi je dis : on est bien ici.

(Il recommence à jouer ; aussitôt on frappe à la porte d’entrée.)

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