‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 36 sur 300 · II · texte numérisé non relu

II

GINA

Et puis nous avons une chambre de l’autre côté du palier, que nous pouvons louer.

GREGERS, à Hjalmar.

Tiens, tiens,... tu as aussi des locataires.

HJALMAR

Non, pas encore. Ça ne va pas si vite, vois-tu ; il faut se remuer.

(A Hedvig.)

Et cette bière, dis donc.

(Hedvig fait un signe de tête et va à la cuisine .)

C’est ta fille?

Oui, c’est Hedvig.

GREGERS

HJALMAR

GREGERS

Et elle est enfant unique?

HJALMAR

Nous n’avons qu’elle, oui. Elle est notre plus grande joie au monde, et...

(Baissant la voix.)

notre plus profond chagrin, Gregers.

GREGERS

Qu’est-ce que tu dis là?

Oui ; car il y a grand danger quelle vienne à perdre la

vue.

GREGERS

Qu'elle devienne aveugle !

HJALMAR

Oui. Les premiers symptômes ont seuls paru encore ; et ça peut aller bien quelque temps encore. Mais le médecin nous a prévenus. Cela viendra irrémissiblement.

GREGERS

C'est un terrible malheur. D'où cela lui est-il venu?

HJALMAR, avec un soupir .

Héréditaire, probablement.

GREGERS, sursautant.

Héréditaire?

GINA

La mère d’Ekdal avait la vue faible aussi.

HJALMAR

Oui, père le dit ; je ne peux me souvenir d'elle.

Pauvre enfant. Et comment prend-elle cela?

HJALMAR

Oh ! tu peux bien penser que nous n'avons pas le cœur de le lui dire. Elle ne soupçonne pas le danger. Gaie, insouciante, et gazouillant comme un petit oiseau, elle s'envolera vers la nuit éternelle.

(Accablé.)

Ah ! Gregers, quelle torture pour moi !

(Hedvig appârte un plateau avec de la bière et des verres , quelle pose sur la table.)

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