ACTE II
GREGERS
Pas aussi belle que de votre temps. On y a coupé beaucoup.
Coupé?
EKDAL
(Plus bas , et comme effrayé.)
C'est dangereux, ça. Y a des suites. La forêt se venge.
HJALMAR, lui remplit son verre .
Encore un peu, père.
GREGERS
Comment un homme tel que vous,... un homme du grand air,... peut-il vivre ici dans l'atmosphère étouffante d'une ville, entre quatre murs?
EKDAL, rit en clignant de V œil à Hjalmar.
Oh ! on n'est pas si mal ici. Pas du tout si mal.
Mais tout ce milieu auquel vous étiez fait? Ce bon air vivifiant, cette vie libre dans les bois et sur les plateaux, parmi le gibier à poil et à plume...?
EKDAL, souriant.
Hjalmar, allons-nous le lui montrer?
HJALMAR, vite et avec un peu de confusion .
Oh ! non, non, père ; pas ce soir.
GREGERS
Qu'est-ce qu'il veut me montrer?
HJALMAR
Oh! ce n'est qu'une sorte...; tu pourras voir ça une autre fois.
GREGERS, $’ adressant toujours au vieux.
Oui, voilà quelle était mon idée, lieutenant Ekdal ; vous devriez venir avec moi là-haut à l’usine ; car je vais sûrement y retourner bientôt. Vous pourriez facilement avoir quelques écritures, là-haut aussi. Et ici vous n'avez rien qui vous attache et vous réconforte.
EKDAL, le regarde , étonné.
N’ai-je rien qui... !
GREGERS
Oui, vous avez Hjalmar ; mais il a les siens, lui. Et un homme comme vous, qui s’est toujours senti attiré vers ce qui est libre et sauvage...
EKDAL, frappant sur la table .
Hjalmar, il faut qu’il le voie !
HJALMAR
Non, mais, père, est-ce bien la peine? Il fait sombre...
EKDAL
Des bêtises ; y a clair de lune.
(Il se lève.)
Il faut qu’il le voie, je te dis. Laisse-moi passer. Viens m’aider, Hjalmar.
HEDVIG
Oh ! oui, fais-le, père !
HJALMAR, se lève.
Bien, allons !
GREGERS, à Gina.
Qu’est-ce que c’est?