ACTE II
GINA
Oh ! n'allez pas croire que c'est bien épatant.
(Ekdal et Hjalmar sont allés au mur du fond et ont écarté chacun une demi- porte; Hedvig aide le vieux; Gregers reste debout près du canapé; Gina continue à coudre sans se déranger. On voit par V ouverture un vaste grenier en longueur , irrégulier , avec des recoins , et deux tuyaux de cheminée. Le clair de lune tombe par des lucarnes sur certaines parties de la pièce; d’autres sont plongées dans V ombre.)
EKDAL, à Gregers.
Faut venir tout près, vous savez.
GREGERS, s’approchant.
Ou’est-ce que c'est?
EKDAL
Vous n'avez qu’à regarder. Hm !
HJALMAR, un peu confus .
Tout cela est à père, tu comprends.
GREGERS, à la porte du grenier , regardant.
Ah ! vous élevez des poules, lieutenant Ekdal !
EKDAL
Pense bien, que nous élevons des poules. Elles sont perchées pour le moment. Mais si vous les voyiez au jour, ces poules !
HEDVIG
Et puis il y a...
EKDAL
Chut !... chut ! ne dis rien encore.
GREGERS
Et vous avez aussi des pigeons, je vois.
EKDAL
Ah ! oui ; ça se peut bien, que nous ayons des pigeons ; ils ont leur nichoir là-haut, sous l'avant-toit, eux ; car les pigeons aiment nicher haut, vous savez.
HJALMAR
Ce ne sont pas tous des pigeons ordinaires.
EKDAL
Ordinaires ! Non, je pense bien ! Nous avons des culbutants ; et aussi un couple de grands-gosiers. Mais venez un peu ici. Pouvez-vous voir la huche, là-bas, contre le mur?
GREGERS
Oui ; qu'est-ce que vous en faites?
EKDAL
C'est là que les lapins dorment la nuit, mon bon.
GREGERS
Tiens ; avez- vous aussi des lapins?
EKDAL
Oui, que diable, vous pensez bien que nous avons des lapins ! Il demande si nous avons des lapins, dis donc, Hjalmar ! Hm ! Mais maintenant, voici le clou ! Nous y arrivons ! Range-toi, Hedvig ! Placez-vous ici ; bien ; et regardez là, en bas... Vous ne voyez pas un panier avec de la paille?
Si. Et je vois qu'il y a un oiseau dans le panier.