ACTE II
EKDAL
Hm !... « un oiseau »...
GREGERS
N'est-ce pas un canard?
EKDAL, froissé.
Oui, évidemment, c’est un canard.
HJALMAR
Mais quelle sorte de canard crois-tu?
HEDVIG
Ce n’est pas un canard ordinaire...
EKDAL
Chut!
GREGERS
Et ce n’est pas non plus un canard turc.
EKDAL
Non, monsieur... Werle ; ce n’est pas un canard turc; car c’est un canard sauvage.
Non, vraiment? Un canard sauvage?
EKDAL
Hé oui, c’en est un. Cet « oiseau », comme vous l’appelez,... c’est un canard sauvage. C’est notre canard sauvage, mon bon.
HEDVIG
Mon canard sauvage. Car il est à moi.
GREGERS
Et il peut vivre ici dans le grenier? Et s’y plaire?
EKDAL
Vous pensez bien qu'il a un baquet d'eau pour y barboter.
HJALMAR
De l'eau fraîche tous les deux jours.
GINA, se tournant vers Hjalmar.
Mais, cher Ekdal, le froid devient glacial ici.
EKDAL
Hm ! eh bien ! fermons. Pas la peine, d'ailleurs, de les déranger dans leur sommeil. Pousse, Hedvig.
( Hjalmar et Hedvig font glisser la porte du grenier .)
Une autre fois vous pourrez le voir tout à fait.
(Il s'assied dans le fauteuil près du poêle.)
Oh ! ils sont très curieux, les canards sauvages, vous savez.
GREGERS
Mais comment l'avez-vous pris, lieutenant Ekdal?
EKDAL
Ne l'ai pas prise, moi. Il y a un homme de la ville à qui nous le devons.
GREGERS, avec un léger sursaut.
Cet homme ne serait pas mon père?
EKDAL
Oui, c'est vrai. Justement votre père, Hm !
HJALMAR
C'est drôle que tu l'aies deviné, Gregers.