ACTE II
GREGERS
C'est que tu m'as raconté que tu avais à mon père tant et tant d’obligations, et alors je me suis dit..,
Mais nous n’avons pas reçu le canard du négociant luimême...
EKDAL
C'est tout de même à Haaken Werle que nous le devons, Gina.
( A Gregers.)
Il était en barque, vous comprenez, et il le tira. Mais il a la vue faible, votre père. Hm ! en sorte qu'il fut seulement mutilé.
GREGERS
Ah ! oui ; il a eu quelques plombs dans le corps.
HJALMAR
Oui, elle a eu deux ou trois plombs.
HEDVIG
Il les a eus sous l’aile, en sorte qu'il ne pouvait voler.
GREGERS
Alors, il a dû plonger au fond?
EKDAL, somnolent , la langue pâteuse.
Je sais bien. Toujours, les canards sauvages. Piquent au fond, tant qu’ils peuvent, mon bon;... s’accrochent avec le bec aux varechs ...et à toutes les saletés qu'ils trouvent là. Et jamais ils ne remontent.
Mais, lieutenant Ekdal, votre canard sauvage est remonté. t. xiii. 9
EKDAL
Il avait un fameux chien, votre père... Et ce chien... a plongé après le canard et Ta remonté.
GREGERS, tourné vers Hjalmar.
Et alors vous l'avez eu ici?
HJALMAR
Pas tout de suite; il est allé d’abord chez ton père; mais il ne s’y plaisait pas; et alors Pettersen eut ordre de le tuer.
EKDAL, à demi endormi.
Hm!... oui, Pettersen,... l’imbécile...
HJALMAR, parlant plus bas.
Voilà comment nous l’avons eue, vois-tu ; car père connaît un peu Pettersen ; et lorsqu’il a entendu raconter l’histoire du canard sauvage, il s’est arrangé pour se le faire remettre.
GREGERS
Et maintenant il se plaît tout à fait, là, dans le grenier.
HJALMAR
Oui, parfaitement bien. Il a engraissé. Il est vrai qu’il n’a pas été là encore assez longtemps pour oublier la véritable vie sauvage ; et c’est de cela que tout dépend.
GREGERS
En cela tu as sûrement raison, Hjalmar. Qu’il ne voie jamais le ciel ni la mer... Mais je n’ose pas rester plus longtemps ; car je crois que ton père dort.
HJALMAR
Oh ! pour cela...