ACTE III
(Hjalmar et Ekdal font glisser chacun une moitié de la porte du fond. Le soleil matinal brille par les lucarnes ; des pigeons volent çà et là; d’autres roucoulent sur les poutres; les poules caquètent par moments , plus loin dans le grenier.)
Voilà, tu peux entrer, père.
* EKDAL, entrant.
Tu ne viens pas avec moi?
Si, après tout... je crois presque...
(Apercevant Gina à la porte de la cuisine.)
Moi? Non, je n’ai pas le temps ; il faut que je travaille... Voyons, le mécanisme...
(Il tire une corde; un rideau descendy dont le bas est une bande de vieille toile à voile, et le haut , un. morceau de filet de pêche. Le plancher du grenier n’est ainsi plus visible. Hjalmar revient à sa table.)
Voilà ; maintenant je vais bien pouvoir rester tranquille un moment.
GINA
Est-ce qu’il va encore fureter là dedans?
HJALMAR
Valait-il mieux, peut-être, qu’il courût en bas, chez madame Eriksen?
(Il s’assied.)
Veux-tu quelque chose? Tu disais...
GINA
Je voulais seulement demander si tu crois que nous pouvons mettre le couvert ici?
HJALMAR
Oui, personne ne s'est annoncé de si bonne heure?
GINA
Non, je n'attends personne autre que les fiancés qui doivent poser ensemble.
HJALMAR
Diable, que ne posent-ils ensemble un autre jour !
GINA
Non, cher Ekdal, je leur ai donné rendez-vous l'aprèsmidi, pendant que tu dors.
HJALMAR
Bon, alors ça va. Oui, nous mangeons ici.
GINA
C est ça, bien ; mais je ne suis pas pressée de mettre le couvert ; tu peux te servir de la table encore un moment.
HJALMAR
Oh ! tu vois bien que je me sers de la table tant que je peux.
GINA
Car tu seras libre ensuite, vois-tu.
( Elle rentre dans la cuisine .
Court silence.)
EKDAL, à la porte du grenier , derrière le filet.
Hjalmar !
Quoi?
EKDAL
Faudra déplacer le baquet, j’en ai peur.