ACTE III
HJALMAR
Oui, c'est ce que j’ai dit tout le temps.
EKDAL
Hm !... hm !... hm !
(Il s'éloigne de nouveau de la porte.) (Hjalmar travaille un peu , regarde furtivement le grenier , se lève à demi.)
(Hedvig entre , venant de la cuisine.)
HJALMAR, se rassied rapidement.
Qu’est-ce que tu veux?
HEDVIG
Je voulais seulement venir près de toi, père.
HJALMAR, au bout d'un moment.
Il me semble que tu fouines partout. Viens-tu me surveiller, peut-être?
Oh ! pas du tout.
HJALMAR
A quoi mère est-elle occupée maintenant?
HEDVIG
Oh ! mère est toute à la salade de hareng.
(Elle va jusqu'à la table.)
N’y a-t-il rien à quoi je puisse t’aider, père?
HJALMAR
Oh ! non. Il vaut mieux que je fasse tout ça moi-même,... tant que mes forces y suffiront... Il n;y a rien à craindre, Hedvig; tant que ton père conservera la santé, il...
T. XIII
HEDVIG
Oh ! non, père ; ne dis pas de vilaines choses comme ça.
(Elle circule çà et là, s'arrête à la porte du fond et regarde dans le grenier.)
Qu'est-ce qu'il est en train de faire, dis?
HEDVIG
Il y aura sûrement un nouveau chemin pour monter au baquet.
HJALMAR
Il ne pourra pas s'en tirer tout seul, jamais de la vie ! Et dire que je suis condamné à rester là... !
HEDVIG, se dirige vers lui.
Donne-moi le pinceau, père ; je sais faire ça.
HJALMAR
Des bêtises ; tu ne ferais que t’abîmer les yeux.
HEDVIG
Pas du tout. Donne le pinceau.
HJALMAR, se levant.
Enfin, ça ne va durer qu'une minute ou deux.
HEDVIG
Pfut ! qu'est-ce que ça peut faire, alors?
( Elle prend le pinceau.)
Voilà.
Et voici le modèle.
( Elle s'assied.)
HJALMAR
Mais ne t'abîme pas les yeux ! Tu m'entends ! Je ne veux pas de responsabilité ; il faut que tu prennes la responsabilité sur toi,... je te le dis.
HEDVIG, retouchant.
Oui, oui, je la prends.
HJALMAR
Tu es très adroite, Hedvig. Deux minutes seulement, tu comprends.
(Il se glisse par le coin du rideau dans le grenier. Hedvig est à son travail . On entend Ekdal et Hjalmar se disputer.)
HJALMAR, apparaissant derrière le filet.
Hedvig, passe-moi donc les tenailles qui sont sur les rayons. Et puis le marteau.
(Il se tourne vers l’intérieur.)
Si, tu vas voir, père. Laisse-moi d'abord te montrer quelle est mon idée.
( Hedvig a pris les outils et les lui glisse.)
Merci. Eh bien ! il était temps que j'arrive, tu sais.
( Il s'éloigne ; bruit de marteau et de bavardage dans le grenier.)
(Hedvig reste debout à les regarder . Un moment après y on frappe à la porte d'entrée ; elle n'y fait pas attention.)
GREGERS WERLE, tête nue et sans pardessus , entre et s'arrête un instant à la porte.
Hm... !
HEDVIG, se retourne et va au-devant de lui.
Bonjour. Entrez, je vous prie.
Merci.
GREGERS
(Il regarde vers le grenier.)
On dirait que vous avez des ouvriers dans la maison.
HEDVIG
Non, ce n'est que père et grand-père. Je vais les prévenir GREGERS
Non, non, n'en faites rien ; j’attendrai plutôt un peu.
(Il s’assied sur le canapé.)
HEDVIG
Il y a un désordre...
(Elle veut enlever les photographies.)
Oh ! laissez donc. Ce sont des photographies qu'il faut mettre en état?
HEDVIG
Oui, un petit travail, pour aider père.
GREGERS
Il ne faut pas que je vous dérange.
HEDVIG
Oh ! non.
(Elle attire à soi les objets et se met au travail • Gregers la regarde sans mot dire.)
GREGERS
Le canard sauvage a-t-il bien dormi cette nuit?
HEDVIG
Oui, merci, je le crois.