ACTE III
HEDVIG
Oui. Et puis il y a de vieilles boîtes de couleurs et choses de ce genre ; et puis tous les livres.
GREGERS
Et vous les lisez, ces livres, n’est-ce pas?
HEDVIG
Oh ! oui, quand je peux. Mais la plupart sont en anglais, que je ne comprends pas. Mais alors, je regarde les images... Il y a un très grand livre qui s’appelle « Harrysons History of London » ; il a sûrement cent ans ; et il contient une énorme quantité d’images. En tête est représentée la mort avec un sablier, et une vierge. Ça, c’est vilain, je trouve. Mais après, il y a toutes les autres images avec des églises et des châteaux et des rues, et de grands vaisseaux qui vont sur la mer.
GREGERS
Mais, dites-moi, d’où tenez-vous toutes ces belles choses?
HEDVIG
Oh ! un vieux capitaine de bateau a autrefois habité ici, et les a rapportées chez lui. On l’appelait « le Hollandais volant ». Et c’est drôle ; car il n’était pas Hollandais.
GREGERS
Non?
Mais il a fini par disparaître ; et tout ça est resté là.
GREGERS
Dites-moi, maintenant,... lorsque vous êtes là dedans à regarder des images, n’avez-vous pas envie de partir et de voir vous-même le vrai vaste monde?
HEDVIG
Oh ! non ! Je veux rester toujours ici chez nous et aider père et mère.
GREGERS
A mettre les photographies en état?
HEDVIG
Non, pas ça seulement. Surtout, je voudrais apprendre à graver des images comme celles qui sont dans les livres anglais.
GREGERS
Hm ! qu'est-ce que votre père dit de cela?
HEDVIG
Je crois que ça ne plaît pas à père ; car père a de drôles d'idées là-dessus. Songez donc, il dit qu’il faut que j’apprenne à tresser des corbeilles et à rempailler ! Mais je trouve que ça ne peut être rien de bon.
GREGERS
Oh! non, je le trouve aussi.
Mais père a raison quand il dit que si j’avais appris à tresser des paniers, j’aurais pu faire le nouveau panier pour le canard sauvage.
GREGERS
Vous auriez pu, oui ; et cela vous revenait aussi.
HEDVIG
Oui ; car c’est mon canard sauvage, à moi.
Justement.
GREGERS