ACTE III
GREGERS
Je suis justement en train de le regarder. Il traîne un peu l’aile, il me semble.
HJALMAR
Ce n’est pas étonnant ; il a été blessé.
GREGERS
Et il traîne un peu la patte aussi, n’est-ce pas?
HJALMAR
Peut-être un tout petit peu.
HEDVIG
Oui, c’est la patte par où le chien l’a mordue.
HJALMAR
Mais à part cela il est intact ; et c’est vraiment eu- rieux, pour une bête qui a reçu dans le corps une charge de plombs, et qui a été prise entre les dents d’un chien...
GREGERS, avec un coup d* œil à Hedvig.
... et qui a été au fond des mers... si longtemps.
HEDVIG, souriant.
Oui.
GINA, mettant le couvert.
L maudit canard sauvage, oui. On en fait, des embarras, pour il.
HJALMAR
Hm !... la table va être prête?
GINA
Oui, tout de suite. Hedvig, il faut venir m'aider.
( Gina et Hedvig sortent dans la cuisine.)
HJALMAR, à mi-voix.
Je crois qu'il vaut mieux que tu ne restes pas là à regarder père ; il n'aime pas ça.
( Gregers s'éloigne de la porte du grenier.)
Et je ferai bien de fermer avant que les autres arrivent..
(Il frappe des mains pour effrayer.)
Houche !... houche ! voulez-vous bien vous en aller !
(Il relève le rideau et fait glisser les portes.)
Ces mécaniques-là sont de mon invention. C'est vraiment très amusant d'avoir à s'occuper de ça et à le réparer quand ça se détraque. Et d'ailleurs c'est tout à fait nécessaire, vois-tu ; car Gina ne voudrait pas avoir des lapins et des poules dans l'atelier.
Non ; et c'est peut-être ta femme qui a la haute main ici?
HJALMAR
Je lui laisse en général le soin des affaires courantes ; car je peux ainsi me réfugier dans le salon et réfléchir à des choses plus importantes.
GREGERS
Quelles sont ces choses, Hjalmar?
HJALMAR
Je m'étonne que tu ne l'aies pas encore demandé. Ou bien peut-être n’as-tu pas entendu parler de la découverte?
GREGERS
La découverte? Non.