‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 62 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

KELLING

Tant mieux ; car Molvik était dans un triste état cette nuit.

GINA

C'est vrai, Molvik?

MOLVIK

Passons l'éponge sur les incidents de la nuit. Cela ne relève pas de mon meilleur moi.

RELLING, à Gregers.

Ça le prend comme un caprice ; et alors il faut que je sorte faire la bombe avec lui. Car le licencié Molvik est démoniaque, voyez- vous.

GREGERS

Démoniaque?

RELLING

Molvik est démoniaque, oui.

GREGERS

Hm!

RELLING

Et les natures démoniaques ne sont pas faites pour marcher droit dans le monde ; il leur faut faire des crochets de temps en temps... Eh bien ! vous êtes donc toujours làhaut dans cette affreuse usine noire?

GREGERS

J’y ai été jusqu’à présent.

RELLING

Et avez-vous encaissé la créance que vous présentiez partout?

La créance?

Ah, bien !

Tu as encaissé des

GREGERS

HJALMAR créances, Gregers?

(Il comprend.)

GREGERS

Peuh ! Des bêtises.

RELLING

Oui, certes ; il s'en allait dans toutes les cabanes pauvres et présentait quelque chose qu'il appelait : « la créance de l'idéal. »

GREGERS

J'étais jeune alors.

RELLING

En cela vous avez raison ; vous étiez extrêmement jeune ; et la créance de l'idéal... vous ne l'avez jamais fait régler tant que j'ai été là-haut.

Depuis non plus.

RELLING

Bon, alors vous avez sans doute eu la sagesse d'en rabattre un peu le montant, je pense.

GREGERS

Jamais quand j'ai devant moi un homme digne de ce nom.

HJALMAR

Non, voilà qui me paraît très raisonnable... Un peu de beurre, Gina.

Page 1