ACTE III
(Hjalmar et Relling sortent à droite; Gina emmène Hedvig dans la cuisine.)
GREGERS, après un court silence .
Eh bien ! nous voilà tête-à-tête.
WERLE
Tu as laissé tomber certains mots hier. Et comme tu t’es installé chez les Ekdal, je dois presque présumer que tu as quelque dessein contre moi.
GREGERS
J’ai dessein d’ouvrir les yeux de Hjalmar. Il faut qu’il voie sa situation telle qu’elle est. C’est tout.
WERLE
Est-ce là la tâche de ta vie, dont tu parlais hier?
GREGERS
Oui, tu ne m’en as pas laissé d’autre.
WERLE
Est-ce donc moi qui t’ai troublé l’esprit, Gregers.
GREGERS
Tu as troublé toute ma vie. Je ne pense pas à toute l’histoire de ma mère... Mais c’est à toi que je dois d’être poursuivi et rongé par une conscience bourrelée de remords.
WERLE
Aha ! c’est la conscience qui ne va pas.
J’aurais dû m’élever contre toi, quand des pièges ont été tendus au lieutenant Ekdal. J’aurais dû le mettre en garde ; car je me doutais bien de ce qui sortirait de là.
T. XIII. 12
WERLE
Oui, à ce moment-là, tu aurais vraiment dû parler.
GREGERS
Je n’osais pas; j’étais trop lâche et intimidé. J’avais de toi une crainte indicible... dans ce temps-là, et longtemps après.
WERLE
Cette crainte est passée maintenant, à ce qu’il me semble.
GREGERS
Heureusement. Le mal causé au vieil Ekdal tant par moi que... par d’autres, est irréparable ; mais je peux libérer Hjalmar de tout le mensonge où il est en train de sombrer.
WERLE
Crois-tu que tu ferais ainsi une bonne action?
GREGERS
J’en suis convaincu.
WERLE
Tu penses peut-être que le photographe Ekdal est homme à te remercier pour un pareil service d’ami?
GREGERS
Oui ! Il est homme à cela.
WERLE
Hm !... nous verrons.
GREGERS
Et de plus... si je dois continuer à vivre, il faut que je cherche à guérir ma conscience malade.