‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 65 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

(Hjalmar et Relling sortent à droite; Gina emmène Hedvig dans la cuisine.)

GREGERS, après un court silence .

Eh bien ! nous voilà tête-à-tête.

WERLE

Tu as laissé tomber certains mots hier. Et comme tu t’es installé chez les Ekdal, je dois presque présumer que tu as quelque dessein contre moi.

GREGERS

J’ai dessein d’ouvrir les yeux de Hjalmar. Il faut qu’il voie sa situation telle qu’elle est. C’est tout.

WERLE

Est-ce là la tâche de ta vie, dont tu parlais hier?

GREGERS

Oui, tu ne m’en as pas laissé d’autre.

WERLE

Est-ce donc moi qui t’ai troublé l’esprit, Gregers.

GREGERS

Tu as troublé toute ma vie. Je ne pense pas à toute l’histoire de ma mère... Mais c’est à toi que je dois d’être poursuivi et rongé par une conscience bourrelée de remords.

WERLE

Aha ! c’est la conscience qui ne va pas.

J’aurais dû m’élever contre toi, quand des pièges ont été tendus au lieutenant Ekdal. J’aurais dû le mettre en garde ; car je me doutais bien de ce qui sortirait de là.

T. XIII. 12

WERLE

Oui, à ce moment-là, tu aurais vraiment dû parler.

GREGERS

Je n’osais pas; j’étais trop lâche et intimidé. J’avais de toi une crainte indicible... dans ce temps-là, et longtemps après.

WERLE

Cette crainte est passée maintenant, à ce qu’il me semble.

GREGERS

Heureusement. Le mal causé au vieil Ekdal tant par moi que... par d’autres, est irréparable ; mais je peux libérer Hjalmar de tout le mensonge où il est en train de sombrer.

WERLE

Crois-tu que tu ferais ainsi une bonne action?

GREGERS

J’en suis convaincu.

WERLE

Tu penses peut-être que le photographe Ekdal est homme à te remercier pour un pareil service d’ami?

GREGERS

Oui ! Il est homme à cela.

WERLE

Hm !... nous verrons.

GREGERS

Et de plus... si je dois continuer à vivre, il faut que je cherche à guérir ma conscience malade.

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