ACTE IV
HJALMAR
Allume-moi la lampe !
GINA, allumant.
Et puis, nous ne pouvons pas savoir si c’est le négociant lui-même ; ça peut bien être Graaberg.
HJALMAR
Pourquoi parles- tu de Graaberg? Pourquoi ce fauxfuyant?
GINA
Je ne sais pas ; je me disais seulement...
HJALMAR
Hm!
GINA
Ce n'est pas moi qui ai procuré à grand-père ces écritures. C’est Berta, quand elle venait chez nous.
HJALMAR
Il me semble que ta voix tremble.
GINA, pose lJabat-jour.
Ma voix tremble?
HJALMAR
Tes mains aussi. N’est-il pas vrai?
GINA, fermement .
Dis-moi nettement, Ekdal. Qu’est-ce qu’il t’a raconté sur moi?
HJALMAR
Est-il vrai,... peut-il être vrai que... qu’il y ait eu quelque chose entre toi et le négociant Werle, quand tu servais dans sa maison?
GINA
Ce n’est pas vrai. Non, pas alors. Le négociant me poursuivait de ses assiduités ; ça, c’est exact. Et madame a cru que j’avais cédé ; elle a fait un terrible boucan, et elle m’a battue et m’a tiré les cheveux ; oui, elle a fait cela et alors j’ai quitté la maison.
HJALMAR
Mais ensuite?
GINA
Oui, alors je suis rentrée chez nous. Et ma mère... elle n’était pas aussi bien que tu l’as cru, Ekdal ; et elle n'a cessé de me parler d’une chose et d’une autre ; car le négociant était alors devenu veuf.
HJALMAR
Et alors?
GINA
Oui, il vaut mieux que tu le saches. Il n’a pas eu de cesse avant d’être parvenu à ses fins.
HJALMAR, joignant les mains .
Et c’est la mère de mon enfant ! Comment as-tu pu me cacher ça !
GINA
Oui, c’est le tort que j'ai eu ; j’aurais dû te le dire depuis longtemps.
Tu aurais dû me le dire tout de suite j’aurais su quelle femme tu étais.
GINA
Mais m'aurais-tu épousée tout de même?