‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 74 sur 300 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

HJALMAR

Comment peux-tu le supposer !

GINA

Non ; et c'est pourquoi je ne pouvais rien te dire dans ce temps-là. Car je t’aimais très fort, tu le sais bien. Et je ne pouvais pas faire mon propre malheur.

HJALMAR, circulant.

Et c’est la mère de mon Hedvig ! Et savoir que tout ce que j’ai ici sous les yeux...

(Il donne un coup de pied dans une chaise.)

... tout mon foyer... je le dois à un prédécesseur favorisé ! Oh ! ce négociant Werle, quel séducteur !

GINA

Regrettes-tu les quatorze ou quinze ans que nous avons vécus ensemble?

HJALMAR, s'arrêtant devant elle.

Dis-moi si chaque jour, chaque heure, tu n'as pas regretté ce tissu de réticences, dont, comme une araignée, tu m'as enveloppé? Réponds à cela. N'as-tu vraiment pas été accablée de remords?

GINA

Oh ! mon cher Ekdal, j'avais bien assez à penser, avec la maison et toute la besogne quotidienne...

HJALMAR

Tu ne jettes donc jamais un regard d'examen sur ton passé !

GINA

Non, pardieu, j'avais presque oublié ces vieilles histoires, t. xiii. 13

HJALMAR

Oh ! ce calme engourdi, apathique ! Il y a là quelque chose de révoltant. Songe donc,... pas même de repentir!

GINA

Mais dis-moi, maintenant, Ekdal,... que serait-il advenu de toi, si tu n'avais pas eu une femme comme moi?

HJALMAR

Une femme comme... !

GINA

Oui, car j'ai toujours été un peu plus nette et positive que toi. Ça se comprend, du reste ; j'ai deux ans de plus.

Ce qu'il serait advenu de moi !

GINA

Car tu étais en train de mal tourner, dans le temps où tu m'as rencontrée ; ça, tu ne peux pas dire le contraire.

HJAlMAR

C'est là ce que tu appelles mal tourner? Oh ! tu ne comprends pas ce qu'éprouve un homme dans la douleur et le désespoir;... surtout un homme qui a mon tempérament fougueux.

GINA

Non, non, c'est bien possible, ça. Mais je n’y fais pas du tout allusion non plus ; car tu es devenu tout de suite un bien brave homme, dès que tu as eu maison et foyer... Et c'était devenu si gentil et agréable chez nous ; et nous allions bientôt commencer, Hedvig et moi, à faire un peu de frais pour notre nourriture et notre toilette.

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