ACTE IV
GREGERS
Ces deux-là ne seront pas démolis, monsieur Relling. Je ne dirai rien de Hjalmar. Lui, nous le connaissons. Mais elle aussi a sûrement au fond de sa nature une loyauté, une probité...
GINA, sur le point de pleurer.
Vous n’aviez, alors, qu’à me laisser passer pour ce que j’étais.
RELLING, à Gregers.
Est-il indiscret de vous demander ce que c’est, au juste, que vous venez faire dans cette maison?
GREGERS
Je veux fonder une véritable union conjugale.
RELLING
Vous ne trouvez donc pas que le ménage d’Ekdal soit assez bon, tel qu’il est?
C’est sûrement un aussi bon ménage que des quantités d’autres, malheureusement. Mais il n’est pas encore une véritable union.
HJALMAR
Tu n’as jamais tenu compte des droits de l'idéal, toi, Relling.
RELLING
Sornettes, mon garçon!... Permettez, monsieur Werle ; combien... comme ça, à vue de nez... combien de véritables unions avez- vous vues en votre vie?
HJALMAR
Je ne crois pas en avoir vu une seule.
RELLING
Moi non plus.
GREGERS
Mais j 'ai vu d'innombrables ménages du genre opposé. Et j'ai eu l'occasion de voir de près ce qu'un pareil ménage peut causer de dégâts dans un couple humain.
HJALMAR
Tout le fondement moral d'un homme peut s’écrouler sous lui ; c’est là ce qui est terrible.
Oui, je n'ai jamais été marié à proprement parler ; je ne peux donc pas me prononcer là-dessus. Mais ce que je sais, c'est que le mariage comporte aussi l'enfant. Et l'enfant, il faut que vous le laissiez en paix.
HJALMAR
Oh!... Hedvig ! Ma pauvre Hedvig !
RELLING
Oui, veuillez laisser Hedvig en dehors de tout cela. Vous deux, vous êtes adultes, tous les deux ; vous pouvez, pardieu, fouiller et barboter dans vos histoires, si ça vous fait plaisir. Mais Hedvig, il faut être prudent avec elle ; sans quoi vous pouvez attirer un malheur sur sa tête.
HJALMAR
Un malheur !
RELLING
Oui, ou bien elle peut l'attirer sur elle-même... et peutêtre sur d'autres aussi.
GINA
Mais comment pouvez-vous le savoir, Relling?