‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 83 sur 300 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

HEDVIG

Oui. Quelque chose qui sera pour demain matin.

GINA

Berta a toujours eu un petit objet pour toi ce jour-là. HJALMAR

Qu’est-ce que c’est?

HEDVIG

Non, tu ne le sauras pas maintenant ; car maman me le donnera dans mon lit demain matin.

Oh, toutes ces combinaisons dont je suis tenu à l’écart ! HEDVIG, promptement .

Non, tu peux bien voir. C’est une grande lettre.

( Elle sort la lettre de la poche de son manteau.) HJALMAR

Une lettre aussi?

HEDVIG

Oui, il n’y a que la lettre. Le reste viendra sans doute plus tard. Mais pense donc... une lettre ! Je n’ai jamais reçu de lettre encore. Et il y a « mademoiselle » dessus.

( Lisant.)

« Mademoiselle Hedvig Ekdal ». Pense donc... c’est moi. HJALMAR

Montre-moi cette lettre.

HEDVIG, la lui tend .

Tu n’as qu’à voir.

HJALMAR

C'est récriture du négociant Werle.

GINA

En es-tu sûr, Ekdal?

Regarde toi-même.

GINA

Oh, crois-tu que je m'entende à cela?

HJALMAR

Hedvig, puis- je ouvrir la lettre... et la lire?

HEDVIG

Oui, tu peux bien le faire, si tu veux.

GINA

Non, pas ce soir, Ekdal ; çe doit être pour demain matin. HEDVIG, à voix basse.

Oh, laisse-le donc lire ! C'est sûrement quelque chose de bon ; et père sera content ; et tout va redevenir agréable

HJALMAR

Alors, je peux l'ouvrir?

HEDVIG

Oui, je t’en prie, père. Ce sera amusant de savoir ce que c'est.

HJALMAR

Bien.

(Il ouvre la lettre , prend un papier , qu’il lit , et a Vair perplexe.)

Qu’est-ce que c’est que ça...?

GINA

Qu’y a-t-il donc là?

HEDVIG

Oh ! oui, père,... dis-le !

HJALMAR

Tiens-toi tranquille.

(Il relit toute la lettre ; il a pâli , mais dit en se maîtrisant :)

C’est une donation, Hedvig.

HEDVIG

Non, pense donc ! Et qu’est-ce qu’on me donne? HJALMAR

Lis toi-même.

(Hedvig va lire un moment près de la lampe. Hjalmar serre les poings et dit à demi-voix :)

Les yeux ! Les yeux,... et puis cette lettre !

HEDVIG, interrompant sa lecture .

Oui, mais il me semble que c’est pour grand-père, ça.

HJALMAR, lui prend la lettre .

Dis donc, Gina,... peux- tu comprendre cela?

Je ne sais rien du tout ; dis ce qu’il y a.

HJALMAR

Le négociant Werle écrit à Hedvig que son vieux grandpère n’a plus besoin de se fatiguer à des écritures, et que désormais il pourra toucher cent couronnes par mois au bureau...

GREGERS

Aha!

HEDVIG

Cent couronnes, maman ! J'ai lu ça.

GINA

Bonne affaire pour grand-père.

HJALMAR

... cent couronnes, tant qu’il en aura besoin,... ce qui signifie évidemment jusqu’à ce qu’il ait fermé les yeux.

GINA

Bon, le voilà pourvu, le pauvre.

HJALMAR

Mais il y a la suite. Tu ne l’as sans doute pas lue, Hedvig. Après, cette donation doit passer à toi.

A moi ! Tout ça?

HJALMAR

Tu es assurée de la même somme ta vie durant, écrit-il. Tu entends cela, Gina?

GINA

Oui, j’entends bien.

HEDVIG

Pense donc... tout l’argent qu’on me donne !

(Elle le secoue .)

Père, père, n’es-tu pas content...?

HJALMAR, se dégageant.

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