‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 84 sur 300 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

( Il arpente la pièce.)

Oh, quelle vision,... quelle perspective s’ouvre devant moi ! C’est pour Hedvig ; c’est Hedvig qu’il pourvoit si largement !

GINA

Oui, parce que c’est Hedvig qui a son anniversaire... HEDVIG

Et tu auras l’argent quand même, père. Tu penses bien que je donnerai tout à toi et à maman.

A maman, oui ! C’est là le point.

GREGERS

Hjalmar, ceci est un piège que l’on te tend.

HJALMAR

Crois-tu que ce serait encore un piège?

GREGERS

Quand il est venu ce matin, il a dit : Hjalmar n’est pas l’homme que tu t’imagines.

HJALMAR

... n’est pas l’homme... !

GREGERS

Tu verras, m’a-t-il dit.

HJALMAR

Tu devais voir que je me laisserais désarmer avec de l’argent... !

HEDVIG

Mais maman, qu’est-ce qu’il y a?

GINA

Va, et défais-toi de ton manteau.

( Hedvig , sur le point de pleurer , sort par la cuisine.)

GREGERS

Oui, Hjalmar,... maintenant on va voir qui a raison, de lui ou de moi.

HJALMAR, déchire lentement la lettre , pose les deux morceaux sur la table , £2 ;

Voilà ma réponse.

GREGERS

C’est ce que j’attendais.

HJALMAR, s'approche de Ginay qui est debout près du poêle , et du d'une voix contenue :

Et maintenant, plus de réticences. Si les relations entre toi et lui ont été complètement rompues, lorsque tu... tu t’es mise à m’aimer, comme tu dis,... pourquoi est-ce qu’il nous a mis en situation de nous marier?

GINA

Il pensait sans doute qu’il aurait ses entrées ici, dans la maison.

HJALMAR

C’est tout? Ne craignait-il pas certaine éventualité?

GINA

Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

HJALMAR

Je veux savoir si... ton enfant a le droit de vivre sous mon toit.

GINA, se dresse , les yeux flamboyants.

Et tu me demandes ça !

HJALMAR

Tu vas me répondre. Hedvig est-elle à moi,... ou bien...? Allons !

GINA, avec un regard de froid défi .

Je ne sais pas.

HJTLMAR, avec un léger tremblement dans la voix.

Tu ne sais pas !

GINA

Comment puis-je le savoir? Une femme comme moi...

HJALMAR, avec calme , se détournant d'elle.

Alors je n’ai plus rien à faire dans cette maison.

GREGERS

Réfléchis bien à cela, Hjalmar !

HJALMAR, mettant son pardessus .

Il n’y a pas ici à réfléchir pour un homme comme moi.

GREGERS

Si, il y a énormément à réfléchir. Il faut que vous restiez ensemble tous les trois, pour que tu puisses atteindre l’esprit de sacrifice qui inspire la grande miséricorde.

C’est ce que je ne veux pas. Jamais, jamais ! Mon chapeau !

(Il prend son chapeau.)

Mon foyer s’est écroulé autour de moi !

(Il éclate en sanglots.)

Gregers, je n’ai pas d’enfant !

HEDVIG, qui a ouvert la porte de la cuisine.

Qu’est-ce que tu dis là !

(Courant à lui.)

Père, père !

GINA

Bien !

HJALMAR

Ne m'approche pas, Hedvig ! Va-t’en bien loin. Je ne supporte pas de te voir. Oh, ces yeux... ! Adieu !

(Il veut gagner la porte.) HEDVIG, s’accroche à lui et crie très fort.

Oh ! non ! Non ! Ne me quitte pas !

GINA, criant .

Regarde l’enfant, Ekdal ! Regarde l’enfant !

Je ne veux pas! Je ne peux pas! Il faut que je m’en aille loin de tout cela !

(Il s’arrache à l’étreinte de Hedvig et sort par la porte du palier.)

HEDVIG, avec un regard désespéré .

Il nous quitte, maman ! Il nous quitte ! Il ne reviendra plus jamais.

GINA

Ne pleure pas, Hedvig. Père reviendra bien.

HEDVIG se jette sur le canapé en sanglotant.

Non, non, il ne reviendra plus jamais chez nous.

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