ACTE IV
GREGERS
Croyez-vous, madame Ekdal, que j’ai voulu tout faire pour le mieux?
GINA
Oui, je peux le croire; mais que Dieu vous pardonne, tout de même.
HEDVIG, étendue sur le canapé .
Oh, il me semble que je vais mourir de ça ! Qu’est-ce que je lui ai donc fait? Maman, il faut que tu le ramènes !
Oui, oui, oui ; sois tranquille, je vais sortir et le chercher.
(Elle met son manteau.)
Peut-être est-il entré chez Relling. Mais tu ne vas pas rester là à sangloter. Me le promets-tu?
HEDVIG, pleure convulsivement.
Non, je ne pleurerai plus; pourvu que père revienne.
GREGERS, à Gina} qui va sortir.
Ne vaudrait-il pas mieux, tout de même, lui laisser d’abord soutenir jusqu’au bout son douloureux combat?
GINA
Oh, ça viendra ensuite. Avant tout, il nous faut calmer l’enfant.
(Elle sort par la porte du palier.)
HEDVIG, se redresse et essuie ses larmes.
Maintenant vous allez me dire ce qu’il y a. Pourquoi père ne veut-il plus de moi?
GREGERS
Il ne faut pas questionner là-dessus avant que vous soyez grande.
HEDVIG, avec un sanglot
Mais je ne peux pas garder un si terrible chagrin jusqu'à ce que je sois grande... Je comprends bien ce que c'est... Je ne suis peut-être pas le véritable enfant de père?
GREGERS, agité .
Comment ça se ferait-il?
HEDVIG
Maman m'a peut-être trouvée. Et père l'a peut-être appris maintenant ; j'ai lu une histoire de ce genre.
GREGERS
Mais s'il en était ainsi...
HEDVIG
Oui, il me semble qu'il pourrait m'aimer tout autant. Même presque davantage. Le canard sauvage aussi, nous l'avons reçu en cadeau, et pourtant je l'aime tellement.
GREGERS, déviant la conversation .
Oui, le canard sauvage, c'est vrai ! Parlons un peu du canard sauvage, Hedvig.
HEDVIG
Le pauvre canard sauvage. Il ne supporte pas non plus de le voir. Songez donc, il a eu envie de lui tordre le cou !
GERGERS
Oh, il ne le fera certainement pas.