ACTE IV
Non, mais il lJa dit. Et je trouve que c'était vilain de la part de père ; car je dis ma prière tous les soirs pour le canard sauvage, et je demande qu’il soit préservé de la mort et de tout mal.
GREGERS, la regarde .
Vous avez l’habitude de dire la prière du soir?
HEDVIG
Mais oui.
GREGERS
Oui vous y a habituée?
HEDVIG
Moi-même ; c’était une fois que père était très malade, et avait des sangsues sur le cou ; et il disait qu’il était entre les mains de la mort.
GREGERS
Et alors?
HEDVIG
Alors j’ai prié pour lui, quand j’ai été couchée. Et j’ai continué depuis.
GREGERS
Et maintenant vous priez aussi pour le canard sauvage?
HEDVIG
J’ai pensé que c’était bien d'ajouter le canard sauvage ; il était si malade au commencement.
GREGERS
Dites- vous peut-être aussi la prière du matin?
Non, je ne le fais pas.
GREGERS
Pourquoi pas aussi bien la prière du matin?
HEDVIG
C’est que le matin, il fait clair ; et alors on n’a plus guère peur.
GREGERS
Et ce canard sauvage que vous aimez tant, votre père voulait lui tordre le cou.
HEDVIG
Non, il a dit que ce serait le mieux pour lui, s’il le faisait ; mais qu’il l’épargnerait à cause de moi ; et c’était gentil de la part de père.
GREGERS, se rapprochant un peu .
Et si, pour lui, vous faisiez le sacrifice de la cane sauvage?
HEDVIG, se levant.
Le canard sauvage !
GREGERS
Si, pour lui, vous sacrifiiez de plein gré ce que vous possédez de plus précieux au monde?
HEDVIG
Croyez- vous que ça servirait?
GREGERS
Essayez-le, Hedvig.
HEDVIG, à voix basse , les yeux brillants .
Oui, je l’essayerai.
GREGERS
Et croyez-vous avoir la fermeté d’âme qu’il faut?