ACTE V
HEDVIG
Oui, je ne sais pas... Hier soir, sur le moment, il me semblait qu’il y avait là quelque chose de gentil ; mais après avoir dormi, je me le suis rappelé de nouveau, et alors j’ai trouvé que ce n’était pas grand-chose.
GREGERS
Ah ! non, vous n’avez pas été élevée ici sans que rien ait été gâté en vous.
HEDVIG
Oh ! ça m’est bien égal ; si seulement père remontait, je...
GREGERS
Ah ! si vous aviez les yeux ouverts sur ce qui donne valeur à la vie,... si vous aviez l’esprit de sacrifice véritable, joyeux, hardi, vous verriez alors comment il reviendrait vers vous... Mais je crois encore en vous, moi, Hedvig.
(Il sort par la porte du palier.)
(Hedvig va et vient ; puis elle va vers la cuisine ; à ce moment on frappe de l’intérieur du grenier ; Hedvig entr’ ouvre ; le vieil Ekdal sort; elle ferme la porte.)
EKDAL
Hm ! pas amusant, la promenade du matin tout seul, tu sais.
HEDVIG
Tu n’avais pas envie d'aller à la chasse, grand-père?
EKDAL
Pas un temps pour la chasse aujourd’hui. Fait si sombre ; on voit à peine devant soi.
HEDVIG
N’as-tu jamais envie de tirer autre chose que les lapins?
EKDAL
Les lapins ne sont pas assez bons, peut-être?
HEDVIG
Oui, mais le canard sauvage, donc?
EKDAL
Ho-ho ! as-tu peur que je tue ton canard sauvage? Jamais de la vie. Jamais.
HEDVIG
Non, tu ne pourrais pas, sans doute ; car il paraît que c’est difficile de tirer des canards sauvages.
EKDAL
Pourrais pas? Je te crois, que je pourrais.
HEDVIG
Comment t’y prendrais-tu, grand-père;... je ne dis pas avec mon canard sauvage, mais avec d’autres?
EKDAL
Tâcherais de les tirer sous la poitrine, vois-tu, car c’est le plus sûr. Et puis, il faut tirer dans le sens opposé aux plumes, vois-tu,... pas dans leur sens.
HEDVIG
Meurent-ils, comme ça, grand-père?
EKDAL
Bien sûr, qu’ils meurent... quand on tire juste. Allons ; faut bien aller s’habiller. Hm!... tu comprends... hm !