ACTE V
HJALMAR
Pas besoin de les couper pour moi.
(Court silence.)
GINA
Alors, c'est décidé que tu vas nous quitter, Ekdal?
HJALMAR, qui tripote les brochures .
Oui, cela va de soi, il me semble.
GINA
Bien, bien.
HJALMAR, violemment .
Je ne peux pas rester là et avoir le cœur transpercé à toute heure du jour !
GINA
Dieu te pardonne d’avoir sur moi de si vilaines idées. HJALMAR
Des preuves... !
GINA
Il me semble que c’est à toi d’en donner.
Après un passé comme le tien? Il y a certaines exigences... ; je serais tenté de les appeler les exigences de l’idéal...
GINA
Mais grand-père, alors? Qu’est-ce qu’il va devenir, le pauvre?
HJALMAR
Je connais mon devoir ; le vieillard sans ressources déménage avec moi. Je vais aller en ville prendre des dispositions... Hm!...
T. XIII
( Hésitant.)
N’y a-t-il personne qui ait trouvé mon chapeau dans l’escalier?
GINA
Non. Tu as perdu ton chapeau?
HJALMAR
Je l’avais, naturellement, quand je suis rentré cette nuit ; là-dessus, il n'y a pas de doute ; mais aujourd'hui je n'ai pas pu le trouver.
GINA
Mon Dieu, où donc as-tu été avec ces deux noceurs?
Oh ! ne me questionne pas sur des choses insignifiantes* Crois-tu que je sois en disposition de me rappeler des détails?
GINA
Pourvu que tu ne te sois pas enrhumé, Ekdal.
(Elle sort dans la cuisine.)
HJALMAR, se parlant à lui-même , à mi-voix , et furieux , tout en vidant le tiroir de la table.
Tu es une canaille, Relling !... Tu es un vaurien !... Misérable séducteur! Si je pouvais amener quelqu’un à le poignarder !
(Il met de câtê quelques vieilles lettres , trouve le papier déchiré la veille , le prend et regarde les morceaux; il les écarte vivement lorsqu'il voit Gina entrer.)
GINA, pose sur la table un plateau avec du café.
Voilà une goutte de café chaud, si tu en as envié. Et puis des tartines et un peu de viande salée.