ACTE V
HJALMAR, prenant des ciseaux .
Une simple bande de papier derrière...
(Il coupe et colle.)
Loin de moi l'idée d'attenter au bien d’autrui,... et surtout au bien d’un vieillard sans ressources. Heu ! ni... au bien de l’autre, non plus... Voilà. Laisse-le là en attendant. Et quand ce sera sec, tu l’emporteras. Je ne veux plus avoir ce document sous les yeux. Jamais !
( Gregers Werle entre par la porte du palier.)
GREGERS, un peu étonné .
Comment,... tu es ici, Hjalmar?
HJALMAR, se lève vite.
J’étais accablé de fatigue.
GREGERS
Tu as pourtant déjeuné, je vois.
Le corps aussi fait parfois valoir ses droits.
GREGERS
Et alors, à quoi t’es-tu résolu?
HJALMAR
Pour un homme comme moi, il n’y a qu’une voie. Je suis en train de rassembler mes affaires les plus importantes. Mais ça prend du temps, tu penses bien.
GÏNA, avec un peu d'impatience.
Faut-il que je te prépare le salon, ou faut-il que je fasse la valise?
HJALMAR, après un rapide regard irrité sur Gregers.
Emballe,... et fais la chambre !
GINA, prenant la valise .
Bien, bien, je mettrai la chemise et le reste.
(Elle entre au salon et ferme la porte.)
GREGERS, après un court silence .
Jamais je n’aurais cru que ça finirait ainsi. Est-ce vraiment pour toi une nécessité d’abandonner maison et foyer?
HJALMAR, allant et venant , agité.
Hé ! que veux-tu que je fasse?... Je ne suis pas fait pour être malheureux, Gregers. Il faut que j’aie autour de moi du bien-être, de la régularité, du calme.
GREGERS
Mais ne peux-tu les avoir? Tu n’as qu’à essayer. Il me semble maintenant qu’il y a un fondement solide pour construire,... et tu n’as qu’à t’y mettre. Et rappelle-toi que tu as aussi l’invention à laquelle tu peux te consacrer.
HJALMAR
Oh ! ne parle pas de l’invention. Elle se fera peut-être attendre longtemps.
GREGERS
Vraiment?
HJALMAR
Oui, mon Dieu, que veux-tu que j’aille inventer? Les autres ont déjà presque tout inventé. Ça devient de jour en jour plus difficile...
GREGERS
Et dire que cela t’a coûté un si grand travail.