A L'HOMME QUI A LIVRÉ UNE FEMME
0 honte ! ce n*est pas seulement cette femme. Sacrée alors pour tous, faible cœur, mais grande âme, Mais c*est lui, c'est son nom dans l'avenir maudit, Ce sont les cheveux blancs de son père interdit, Cest la pudeur publique en face regardée Tandis qu'il s'accouplait à son infâme idée, Cest l'honneur, c'est la foi, la pitié, le serment. Voilà ce que ce juif a vendu lâchement !
Juif! les impars traitants à qui Ton vend v/o irth': Attendront bien longtemps avant qu'un pl>j% iuf^^o
Vienne réclamer d'eux, dans quelque jour d'effroi. Le fond du sac plein d'or qu'on fit vomir sur toi !
Ce n'est pas même un juif! C'est un païen immonde.
Un renégat, l'opprobre et le rebut du monde,
Un fétide apostat, un oblique étranger
Qui nous donne du moins le bonheur de songer
Qu'après tant de revers et de guerres civiles
Il n'est pas un bandit écume dans nos villes.
Pas un forçat hideux blanchi dans les prisons.
Qui veuille mordre en France au pain des trahisons !
Rien ne te disait donc dans l'âme, ô misérable !
Que la proscription est toujours vénérable,
Qu'on ne bat pas le sein qui nous donna son lait.
Qu'une fille des rois dont on fut le valet
Ne se met point en vente au fond d'un antre infâme.
Et que, n'étant plus reine, elle était encor femme!
Rentre dans l'ombre ou sont tous les monstres flétris Qui depuis quarante ans bavent sur nos débris ! Rentre dans ce cloaque! et que jamais ta tète. Dans un jour de malheur ou dans un jour de fête. Ne songe à reparaître au soleil des vivants ! Qu'ainsi qu'une fumée abandonnée aux vents, Infecte, et dont chacun se détourne au passage. Ta vie erre au hasard de rivage en rivage !
A L'HOMME QUI A LITBÉ UXE FEMME. 69
Et tais-toi ! que veux^tu balbutier eucor? Dis, n*as-tu pas vendu rhonnenr, le Yrai trésor? Garde tous les soufflets entassés sur ta joue. Que fait Texcuse au crime et le fard sur la boue ?
Sans qu*un ami Cabrite à Tombre de son toit, Marche, autre juif errant ! marche avec Tor qu'on voit Luire à travers les doigts de tes mains mal fermées ! Tous les biens de ce monde en grappes parfumées Pendent sur ton chemin, car le riche ici-bas A tout, hormis Thonneur qui ne s'achète pas ; Hàte-toi de jouir, maudit ! et sans relâche Marche ! et qu'en te voyant on dise : C'est ce lâche ! Marche ! et que le remords soit ton seul compa;rnori ! Marche ! sans rien pouvoir arracher de U>n nom ! Car le mépris public, ombre de la bassesse. Croit d'année en année et repousse sans cess^. Et va s'épaississant sur les traîtres perven» Comme la feuille au front des sapins toujoun» %^,n».
Et quand la tombe un jour, cette eai:. !. ,L-: '^r/ r. >,
Qui s'ouvre tout à coup sous ks *:Lo-sr% ^^ tu/'.^-
Te fera, d'épouvante et d'horreur ixvr.
Passer de cette vie à la réalité,
La réalité sombre, étemelk, irr.'*. - ^ -,
Quand, d^instant en instajit pl«^ <t<^ '^ ^r -^ '^ ''
Tu te cramponnefas en vain a v/l \^^p^
Quand la mort, t"aç/ro^ur.t <5o>'V- i» .* ^<* u.- ^ >-
Videra brusquement ta main crispée et pleine
Comme une main d'enfant qu'un homme ouvre sans peine,
Alors, dans cet abîme où tout traître descend.
L'un roulé dans la fange et l'autre teint de sang.
Tu tomberas, perdu sur la fatale grève
Que Dante Alighieri vit avec l'œil du rêve !
Tu tomberas damné, désespéré, banni !
Afin que ton forfait ne soit pas impuni.
Et que ton âme, errante au milieu de ces âmes,
Y soit la plus abjecte entre les plus infâmes !
Et lorsqu'ils te verront paraître au milieu d'eux,
Ces fourbes dont l'histoire inscrit les noms hideux,
Que l'or tenta jadis, mais à qui d'âge en âge
Chaque peuple en passant vient cracher au visage.
Tous ceux, les plus obscurs comme les plus fameux,
Qui portent sur leur lèvre un baiser venimeux.
Judas qui vend son Dieu, Leclerc qui vend sa ville,
Groupe au louche regard, engeance ingrate et vile.
Tous en foule accourront joyeux sur ton chemin.
Et Louvel indigné repoussera ta main !
Juillet 1835.