‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 16 sur 100 · IL N'AVAIT PAS VINGT ANS · texte numérisé non relu

IL N'AVAIT PAS VINGT ANS

Qui sy laissa tenter comme au soleil levant, Crovant la faim derrière et le bonheur devant : Qui voit son âme, hélas, qu'on mutile et qu'on foule, Éparse maintenant sous les pieds de la foule ; Oui pleure son parfum par ton souffle enlevé ; Pauvre vase de fleurs tombé sur le pavé !

Non, ce que nous plaindrons, ce n'est pas toi, vaine ombre.

Chiffre qu'on n'a jamais compté dans aucun nombre.

C'est ton nom jadis pur, maintenant avili.

Osl ton père expiré, ton père enseveli.

Vénérable soldat de notre armée ancienne.

Que ta tombe en s'ouvrant réveille dans la sienne !

Ce sont tes serviteurs, tes parents, tes amis.

Tous ceux qui t'entouraient, tous ceux qui s'étaient mis

Follement à ton ombre, et dont la destinée

Par malheur dans la tienne était enracinée.

C'est tout ce qu'ont flétri tes caprices ingrats.

C'est ton chien qui t'aimait et que tu n'aimais pas !

Pour toi, triste orgueilleux, riche au cœur infertile,

Qui vivais impuissant et qui meurs inutile.

Toi qui tranchas tes jours pour faire un peu de bruit.

Sans même être aperçu, retourne dans la nuit !

C'est bien. Sors du festin sans qu'un flambeau s'efiace!

Tombe au torrent, sans même en troubler la surface !

Ce siècle a son idée; elle marche à grand pas

El toujours à son but. Ton sépulcre n'est pas

De ceux qui la feront trébucher dans sa route. Ta porte en se fermant ne vaut pas qu'on l'écoute Va donc! Qu'as-tu trouvé, ton caprice accompli? Voluptueux, la tombe, et vaniteux, l'oubli !

Avril 1831.

Certe, une telle mort, ignorée ou connue,

N'importe pas au siècle, et rien n'en diminue ;

On n'en parle pas même et l'on passe à côte.

Mais lorsque, grandissant sous le ciel attristé,

L'aveugle suicide étend son aile sombre,

Et prend à chaque instant plus d'âmes sous son ombre ;

Quand il éteint partout, hors des desseins de Dieu,

Des fronts pleins de lumière et des cœurs pleins de feu ;

Quand Robert, qui voilait, peintre au pinceau de flamme.

Sous un regard serein l'orage de son âme.

Rejette le calice avant la fin du jour

Dès qu'il en a vidé ce qu'il contient d'amour ;

Quand Castlereagh, ce taon qui piqua Bonaparte,

Cet anglais mélangé de Carthage et de Sparte,

Se plonge au cœur l'acier et meurt désabusé ,

Assouvi de pouvoir, de ruses épuisé;

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iK? ^••ire- -le vertu. J* Amour, de liberté*

n? s^jct tombés le frout sur la so<:iêtê: —

.\k.rs le croyant prie et le penseur nullité !

Héla->! lliaiiianité va peut-être trop vite.

Oii tend ce siècle? où court le ln>upoau dos esprits?

Rien n'est encor trouvé, rien n'est eneor compris;

Car beaucoup ici-bas sentent que Tespoir tombe»

Et se brisent la tète à Fangle de la tombe*

G>aime vous briseriez le soir sur le pavé

Cn œuf où rien ne germe et qu'on n'a pas couvé I

Mal d'un siècle en travail où tout se déoomposi^ I

Quel en est le remède et quelle en est In cuuhi^ ?

Serait-ce que la foi derrière la raison

Décroit comme un soleil qui baisso h Thorixon?

Que Dieu n'est plus compté dans ce quo riuuumo lomloV

Et qu'enfin il se fait une nuit trop |)r()f()niln

Dans ces recoins du cœur, du monde inaperçus, Que peut seule éclairer votre lampe, ô Jésus ! Est-il temps, matelots mouillés par la tempête, De rebâtir l'autel et de courber la tête? Devons-nous regretter ces jours anciens et forts OU les vivants croyaient ce qu'avaient cru les morts, Jours de piété grave et de force féconde. Lorsque la i)ible ouverte éblouissait le monde !

Amas sombre et mouvant de méditations !

Problèmes périlleux ! obscures questions

Qui font que, par moments s'arrêtant immobile.

Le poôte pensif erre encor dans la ville

A l'heure où sur ses pas on ne rencontre plus

Que le passant tardif aux yeux irrésolus

Et la ronde de nuit, comme un rêve apparue.

Qui va tâtant dans l'ombre à tous les coins de rue !

i -eptembrc 1835.

Oh ! n insultez jamais une femme qui tombe !

Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme suceornlM* ^

Qui sait combien de jours sa faim a comballu ?

Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu,

Qui de nous n*a pas vu de ces femmes briH('*(;H

S'y cramponner longtemps de leurs mains (^pui --/•<' *

Comme au bout d'une branche on voit {tliticMlfi

Une goutte de pluie où le ciel vient brilKr,

Quon secoue avec l'arbre et qui trembh* fd qui lui h

Perle avant de tomber et fange âpnfs mh rliof/ '

La faute en est à nous. A toi, rif-U*: ! h t/wi ot ' Cette fange d'ailleurs contient ï^/^iu j/iif: ^:ri"/^

Pour que la goutte d'eau sorte de la poussière, Et redevienne perle en sa splendeur première, 11 suffit, c'est ainsi que tout remonte au jour. D'un rayon de soleil ou d'un rayon d'amour!

6 septembre 1835.

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