‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 4 sur 100 · DICTÉ APRÈS JUILLET · texte numérisé non relu

DICTÉ APRÈS JUILLET

c Les insensés qui font ce rêve N'ont-ils donc pas des yeux pour voir, Depuis que leur pouvoir s*élève.

Comme notre horizon est noir?

N'ont-ils pas vu dans leur folie Que déjà la coupe est remplie, Qu'on les suit des yeux en rêvant, Qu'un foudre lointain nous éclaire, Et que le lion populaire Regarde ses ongles souvent? »

Alors tout se leva. — L'homme, l'enfant, la femme. Quiconque avait un bras, quiconque avait une âme, Tout vint, tout accourut. Et la ville à grand bruit Sur les lourds bataillons se rua jour et nuit. En vain boulets, obus, la balle et les mitrailles. De la vieille cité déchiraient les entrailles ; Pavés et pans de murs croulant sous mille efforts Aux portes des maisons amoncelaient les morts ; Les bouches des canons trouaient au loin la foule, Elle se refermait comme une mer qui roule ; Et, de son râle affreux ameutant les faubourgs, l^ tocsin haletant bondissait dans les tours.

POiSII. — llf.

Trois jours, trois nuits, dans la fournaise

Tout ce peuple en feu bouillonna,

Crevant Fécharpe béarnaise

Du fer de lance d'Iéna.

En vain dix légions nouvelles

Vinrent s'abattre à grand bruit d*ailes

Dans le formidable foyer;

Chevaux, fantassins et cohortes

Fondaient comme des branches mortes

Qui se tordent dans le brasier.

Comment donc as-tu fait pour calmer ta colère, Souveraine cité qui vainquis en trois jours ? Comment donc as-tu fait, ô fleuve populaire. Pour rentrer dans ton lit et reprendre ton cours? 0 terre qui tremblais, ô tempête, ô tourmente. Vengeance de la foule au sourire effrayant. Comment donc as-tu fait pour être intelligente Et pour choisir en foudroyant?

C'est qu'il est plus d'un cœur stoïque Parmi vous, fils de la cité; C'est qu'une jeunesse héroïque Combattait à votre côté.

DICTÉ APftES JUILLET 4^3u. i9

Désormais, dans toute furluDe« Vous avez mie àme comiDuue Qui dans tous vos eiLpluîLs a lui.

Honneur au grand jour qui sVcoulo !

Hier vous n'étiez qu'une foule ; Vous êtes un peuple aujourd'hui.

Oes mornes conseillers de parjure et d'audace. Voilà donc à quel peuple ils se sont attaqués ! Fléaux qu aux derniers rois d'une fatale race Toujours la Providence envoie aux jours marqués ! Malheureux qui croyaient, dans leur erreur profonde Car Dieu les voulait perdre, et Dieu les aveuglait), Qu on prenait un matin la liberté d'un monde Comme un oiseau dans un filet !

N'effacez rien. — Le coup d'épée Embellit le front du soldat.

Laissons à la ville frappée Les cicatrices du combat.

Adoptons héros et victimes.

Emplissons de ces morts sublimes Les sépulcres du Panthéon.

Que nul souvenir ne nous pèse ; Rendons sa tombe à Louis seize, Sa colonne à Napoléon I

Oh ! laissez-moi pleurer sur cette race morte Que rapporta l'exil et que l'exil remporte, Vent fatal qui trois fois déjà les enleva! Keconduisoos au moins ces vieux rois de nos pères. Kends, drapeau de Fleuras, les honneurs mihtaires A l'oriflamme qui s'en va !

Je ne leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents!

C'est une piété d'épargner les ruines.

Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines

Que la main du malheur met sur des cheveux. blancs!

D'ailleurs, infortunés ! ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne. L'exil et les tombeaux dans mes chants sont bénis ; Et, tandis que d'un règne on saluera l'aurore. Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène à Saint-Denis.

Mais que la leçon reste, éternelle et fatale, A ces nains, étrangers sur la terre natale, Qui font régner les rois pour leurs ambitions,;

Page 1