‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 5 sur 100 · DICTÉ APRÈS JUILLET 4830. SI · texte numérisé non relu

DICTÉ APRÈS JUILLET 4830. SI

Eu pétrifiant tout sous leur groupe immobile, Tourmentent accroupis, de leur souille débile, La cendre rouge encor des révolutions !

Oh ! Tavenir est magnifique !

Jeunes Français, jeunes amis, Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux affermis.

Chacpie jour aura sa conquête.

Depuis la base jusqu'au faite, Nous verrons avec majesté.

Comme une mer sur ses rivages.

Monter d'étages en étages L'irrésistible liberté !

Vos pères, hauts de cent coudées, Ont été forts et généreux.

Les nations intimidées Se faisaient adopter par eux.

Ds ont fait une telle guerre Que tous les peuples de la terre De la France prenaient le nom, Quittaient leur passé qui s'écroule.

Et venaient s*abriter en foule A l'ombre de Napoléon !

Vous n'avez pas Tâme embrasée

D'une moins haute ambition.

Faites libre toute pensée

Et reine toute nation ;

Montrez la liberté dans l'ombre

A ceux qui sont dans la nuit sombre ;

Allez, éclairez le chemin,

Guidez notre marche unanime,

Et faites, vers le but sublime,

Doubler le pas au genre humain.

Que l'esprit, dans sa fantaisie.

Suive d'un vol plus détaché Ou les arts, ou la poésie, Ou la science au front penché !

Qu'ouvert à quiconque l'implore Le trône ait un écho sonore Qui, pour rendre le roi meilleur, Grossisse et répète sans cesse Tous les conseils de la sagesse.

Toutes les plaintes du malheur !

Revenez prier sur les tombes.

Prêtres! que craignez-vous encor?

Qu'allez-vous faire aux catacombes Tous reluisants de pourpre et d'or?

Venez ! mais plus de mitre ardente, Plus de vaine pompe imprudente.

Plus de trône dans le saint lieu !

Rien que l'aumône et la prière !

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Elle accourt, elle rrreji: 1* :-:.t^ c>ni\;l>,\c : Elle deman ie rri^e ti t >.:»:; c-virr:-;j.x^ ; Point de grâce! an 1 -.ir ;eî -J-* c^r. i.n* ei .io fvîîuv Grandit incessamn^ent >ur la eîoje oaîutmnuv. Comme un coa de vautour hors do Taiïv dross<\

Soadain un éclair luit ! Hors du cratère immouso La sombre éraption bondit comme en dômonoe. Adieu le fronton grec et le temple toscan ! La flamme des vaisseaux empourpre la YoiUm\ La lave se répand comme une chevelure Sur les épaules du volcan.

Elle vient, elle vient, cette lave profonde

Qui féconde les champs et fait des porln duuM Tcntih* I

Plages, mer, archipels, tout tressaille à la fois. Ses flots roulent, vermeils, fumants, inexorables, Et Naple et ses palais tremblent, plus misérables Qu'au souflle de l'orage une feuille des bois.

Chaos prodigieux! la cendre emplit les rues, La terre revomit des maisons disparues.

Chaque toit éperdu se heurte au toit voisin, La mer bout dans le golfe et la plaine s'embrase, Et les clochers géants, chancelant sur leur base, Sonnent d'eux-mêmes le tocsin.

Mais — c'est Dieu qui le veut — tout en brisant des villes, En comblant les vallons, en eflaçant les îles, En charriant les tours sur son flot en courroux. Tout en bouleversant les ondes et la terre. Toujours Vésuve épargne en son propre cratère L'humble ermitage où prie un vieux prêtre à genoux.

10 août 1830.

Plunienn péttUoniiaires demandent que la Chambre intervienne pour faire transporter les cendres de Napoléon sous la colonne de la place Vendôme.

Après une courte délibération, la Chambre passe à Tordre du Jour.

(Chambre dbs vipvris, — Séance du 7 octobre 1830.)

Uh ! quand il bâtissait, de sa main colossale, Pour son trône, appuyé sur l'Europe vassale,

Ce pilier souverain, Ce bronze, devant qui tout n'est que poudre et sable, Sublime monument, deux fois impérissable,

Fait de gloire et d'airain ;

Oh ! quand par un beau jour sur la place Vendôme, Homme dont tout un peuple adorait le fantôme,

Tu vins grave et serein.

Et que tu découvris ton œuvre magnifique, Tranquille, et contenant d*un geste pacifique

Tes quatre aigles d*airain ;

A cette heure où les tiens t'entouraient par cent mille, Où, comme se pressaient autour de Paul-Émile

Tous les petits Romains, Nous, enfants de six ans, rangés sur ton passage. Cherchant dans ton cortège un père au fier visage.

Nous te battions des mains;

Oh! qui t'eût dit alors, à ce^ faite sublime, Tandis que tu rêvais sur le trophée opime

Un avenir si beau.

Qu'un jour à cet affront il te faudrait descendre Que trois cents avocats oseraient à ta cendre

Chicaner ce tombeau!

Attendez donc, jeunesse folle.

Nous n'avons pas le temps encor!

Que vient-on nous parler d'Ârcole, Et de Wagram et du Thabor?

Pour avoir commandé peut-être Quelque armée, et s'être fait maître De quelque ville dans son temps, Croyez-vous que l'Europe tombe S*il n'ameute autour de sa tombe Les Démosthènes haletants?

D'ailleurs le ciel n'est pas tranquille;

Les soucis ne leur manquent pas ;

L'inégal pavé de la ville

Fait encor trébucher leurs pas.

Et pourquoi ces honneurs suprêmes?

Ont-ils des monuments eux-mêmes?

Quel temple leur a-t-on dressé?

Étrange peuple que nous sommes!

Laissez passer tous ces grands hommes !

Napoléon est bien pressé !

Toute crainte est-elle étouffée?

Nous songerons à l'immortel Quand ils auront tous leur trophée.

Quand ils auront tous leur autel !

Attendons, attendons, mes frères.

Attendez, restes funéraires, Dépouille de Napoléon, Que leur courage se rassure

Et qu'ils aient donné leur mesure Au fossoyeur du Panthéon!

Ainsi, — cent villes assiégées ; Memphis, Milan, Cadix, Berlin ; Soixante batailles rangées; L'univers d'un seul homme plein; N'avoir rien laissé dans le monde, Dans la tombe la plus profonde, Qu'il n'ait dompté, qu'il n'ait atteint ; Avoir, dans sa course guerrière, Ravi le Kremlin au czar Pierre, L'Escurial à Charles-Quint;

Ainsi, — ce souvenir qui pèse Sur nos ennemis effarés ; Ainsi, dans une cage anglaise Tant de pleurs amers dévorés ; Cette incomparable fortune, Cette gloire aux rois importune, Ce nom si grand, si vite acquis.

Sceptre unique, exil solitaire, Ne valent pas six pieds de terre Sous les canons qu'il a conquis !

Encor si c'était crainte austère!

Si c'était Tàpre liberté

Qui d'une cendre militaire

N'ose ensemencer la cité !

Si c'était la vierge stoïque

Qui proscrit un nom héroïque

Fait pour régner et conquérir,

Qui se rappelle Sparte et Rome,

Et craint que l'ombre d'un grand homme

N'empêche son fruit de mûrir! —

^ais non; la liberté sait aujourd'hui sa force. ^n trône est sous sa main comme un gui sur Técoree Quand les races de rois manquent au droit juré. ^ous avons parmi nous vu passer, ô merveille !

La plus nouvelle et la plus vieille !

Ce siècle, avant trente ans, avait tout dévoré.

La France, guerrière et paisible, A de ux filles du même sang; —

3i LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

L*uQe fait l'armée invincible, L'autre fait le peuple puissant. La Gloire, qui n'est pas l'ainée, N'est plus armée et couronnée ; Ni pavois, ni sceptre oppresseur ; La Gloire n'est plus décevante.

Et n'a plus rien dont s'épouvante La Liberté, sa grande sœur!

Non, s'ils ont repoussé la relique immortelle,

C'est qu'ils en sont jaloux! qu'ils tremblent devant elle!

Qu'ils en sont tout pâlis !

C'est qu'ils ont peur d'avoir l'empereur sur leur tête, Et de voir s'éclipser leurs lampions de fête

Au soleil d'Austerlitz !

Pourtant, c'eût été beau! — Lorsque, sous la colonne, On eût senti présents dans notre Babylone

Ces ossements vainqueurs, Qui pourrait dire, au jour d'une guerre civile. Ce qu'une si grande ombre, hôtesse de la ville.

Eût mis dans tous les cœurs?

Si jamais 1 étranger, ô cité souveraine,

Eut ramené brouter les chevaux de l'Ukraine

Sur ton sol bien-aimé, Eorantant des soldats dans ton enceinte émue, Sans doute qu'à travers ton pavé qui remue

Ces os eussent germé !

Et toi, colonne ! un jour, descendu sous ta base, Le pèlerin pensif, contemplant en extase

Ce débris surhumain, Serait venu peser, à genoux sur la pierre. Ce qu'un Napoléon peut laisser de poussière

Dans le creux de la main !

0 merveille ! ô néant ! — tenir cette dépouille ! Compter et mesurer ces os que de sa rouille

Rongea le flot marin.

Ce genou qui jamais n'a ployé sous la crainte. Ce pouce de géant dont tu portes l'empreinte

Partout sur ton airain !

Contempler le bras fort, la poitrine féconde, Le talon qui, douze ans, éperonna le monde,

Et, d'un œU fiUal, L'orbite du regard qui fascinait la foule. Ce front prodigieux, ce crâne fait au moule

Du globe impérial !

potfsuu — m.

Et croire entendre, en haut, dans tes noires entrailles, Sortir du cliquetis des confuses batailles»

Des bouches du canon, Des chevaux hennissants, des villes crénelées. Des clairons, des tambours, du souffle des mêlées.

Ce bruit : Napoléon !

Rhéteurs embarrassés dans votre toge neuve, Vous n'avez pas voulu consoler cette veuve

Vénérable aux partis ! Tout en vous partageant Tempire d'Alexandre, Vous avez peur d'une ombre et peur d'un peu de cendre.

Oh ! vous êtes petits !

Hélas ! hélas ! garde ta tombe !

Garde ton rocher écumant.

Où t'abattant comme la bombe Tu vins tomber, tiède et fumant!

Garde ton âpre Sainte-Hélène Où de ta fortune hautaine L'œil ébloui voit le revers ; Garde l'ombre où tu te recueilles.

Ton saule sacré dont les feuilles S'éparpillent dans Tunivers !

Là, du moins, tu dors sans outrage.

Souvent tu t'y sens réveillé

Par les pleurs d'amour et de rage

D'un soldat rouge agenouiUé.

Là, si parfois tu te relèves,

Tu peux voir, du haut de ces grèves.

Sur le globe azuré des eaux.

Courir vers ton roc solitaire.

Gomme au vrai centre de la terre,

Toutes les voiles des vaisseaux !

Dors, nous t'irons chercher ! ce jour viendra peut-être ! Car nous t'avons pour dieu sans t'avoir eu pour maître ! Car notre œil s'est mouillé de ton destin fatal. Et, sous les trois couleurs comme sous roriflamme. Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme Qui t'arrache à ton piédestal !

Oh! va, nous te ferons de belles funérailles! .Nous aurons bien aussi peut-être nos batailles ;

Nous en ombragerons ton cercueil respecté! Nous y convierons tout, Europe, Afrique, Asie ! Et nous t'amènerons la jeune poésie Chantant la jeune liberté !

Tu seras bien chez nous! couché sous ta colonne, Dans ce puissant Paris qui fermente et bouillonne. Sous ce ciel, tant de fois d*orages obscurci. Sous ces pavés vivants qui grondent et s'amassent. Où roulent les canons, où les légions passent; — Le peuple est une mer aussi.

S'il ne garde aux tyrans qu'abîme et que tonnerre. Il a pour le tombeau, profond et centenaire (La seule majesté dont il soit courtisan). Un long gémissement, infini, doux et sombre. Qui ne laissera pas regretter à ton ombre Le murmure de l'océan!

9 octobre 1830.

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La reine de nos Tyrs et de nos Babylones,

Cette couronne de colonnes Que le soleil levant redore tous les jours !

Gloire à notre France éternelle !

Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourront comme ils sont morts !

Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe, En vain Toubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe, Passe sur leur sépulcre où nous nous inclinons. Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle,

La gloire, aube toujours nouvelle.

Fait luire leur mémoire et redore leurs noms !

Gloire à notre France éternelle !

Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! A ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourront comme ils sont morts !

Juillet 1831.

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