‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 55 sur 100 · PASSE · texte numérisé non relu

PASSE

Celait un grand château du temps de Loiiin ir^''m* Le couchant rougissait ce palais oublié. Chaque fenêtre au loin, transformée en founi«i^<^ Avait perdu sa forme et n*était plus que hruitAi. Le toit disparaissait dans les rayons noyé.

Sous nos yeux s'étendait, gloire ariliqti^ ^)/iiU<ii'. Un de ces parcs dont l'herbe inond<; le é.u^'juiu, Où dans un coin, de lierre à demi rnshm*^ Sur un piédestal gris, l'hiver, moruK %UUhi\ Se chauffe avec un feu de marbre hf}U% %u ut^nt

0 deuil! le grand bassin dormait, l^tK v/liKi^i' Un Neptune verdâtre y moi*îj'>^.<îil d>ifit ) « wt>

Les roseaux cachaient Tonde et Teau rongeait la terre, Et les arbres mêlaient leur vieux branchage austère. D'où tombaient autrefois des rimes pour Boileau.

On voyait par moments errer dans la futaie De beaux cerfs qui semblaient regretter les chasseurs ; Et, pauvres marbres blancs qu'un vieux tronc d'arbre o Seules, sous la charmille, hélas ! changée en haie, Soupirer Gabrielle et Vénus, ces deux sœurs!

Les manteaux relevés par la longue rapière,

Hélas ! ne passaient plus dans ce jardin sans voix.

Les tritons avaient l'air de fermer la paupière.

Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses mâchoires de pierre,

Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.

Et je vous dis alors : — Ce château dans son ombre A contenu l'amour, frais comme en votre coeur, Et la gloire, et le rire, et les fêtes sans nombre, Et toute cette joie aujourd'hui le rend sombre. Comme un vase noircit rouillé par sa liqueur.

Dans cet antre, où la mousse a recouvert la dalle, Venait, les yeux baissés et le sein palpitant, Ou la belle Caussade ou la jeune Caudale* Qui, d'un royal amant conquête féodale.

En entrant disait Sire, et Louis en sortant.

Alors comme aujourd'hui, pour Caudale ou Caussade, La nuée au ciel bleu mêlait son blond duvet.

P.VSSE. :îî:i

Ud doux ravoa dorait le toit zrave -^t nausî^aan. Les Titres flambovaient sur toute .a arniit*.

Le soleil souriait, la nature rèv»it.

Alors comme aujourd'hui, -Ipux •o^nrs mw, îittix.mrr» ErraieDt sous ce feuillaixe ou ant r^inifiiir t au Il nommait sa «iuches^ie un uisp: rnfrr» (**• i'fnm/*t-.- El Fueil plein «le rayons **t 1' eii Tmr/.i i»r Liiumiri: SVblouis^ent Tun IVuitm, lior*^ omirur iiii-inr'i !^ii-

Au loin «lans le bois vaijne >n ^UrruLni i*f ir^-*. C'étaient d'autrpî^ amants». !;inii ^tir u.iihrTif >:o:t^'-:*. Par m^jQient't un iiltmcft irrf^itit e^jc i*-:..rr^* T^^D'ire, il lui demandait . !)* m iktiI. n.r' u t.uî..r'^- "^ I)«)Uoe, elle répomiait : D' mi 'u-nr rn^ v,.i<- ♦.fiur-z''

Tou^ deux, r.iHOT -^f p .'ni, k^ n^iri» mii'^î;u"''r^ Il'i marchaient, der^, n^N-^i!:, Viuuiiî k '*-rT £:aI^\^. lu mêlaient lenr^ r^^vis-. fir "Miiini-- t-n-v i*t:i>>t*t^ . <> trtcp^ évammin' \ 4nï*îniu^ir^ î'-:ii, •**/-.-

irr*i 2^.1*

SOIRÉE EN MKR

Près du pécheur qui mm^iU', Quand tous deux, au yatr (,4» ma' Xous errons dan» h fi;i/> m^-.

Laissant chanter rkornr/»/? tf ' ^ Et gémir le flot pMi>tt;i//.;

Sous Tabri que font kt ^'/^^ ' Lorsque nou<( wtn^ k^^.y/^^f, Dans cette ornl/r ^ o » *^â *a > v- • ' Quand ton nt'/jtri *w* < /^ *^ <t Semble cudilir d^r^ $<y/*y^ ;

Quand t/^tj% 'i^rvï i^/vt -«^vj'^-'^ * *^

Cji que U U'^Vjr*: 4<;«/.

Réponds, ô toi que j*admire, D'où vient que mon cœur soupire?

D'où vient que ton front sourit?

Dis, d'où vient qu'à chaque lame.

Gomme une coupe de fiel, La pensée emplit mon âme?

C'est que moi je vois la rame Tandis que tu vois le ciel.

C'est que je vois les flots sombres, Toi, les astres enchantés.

C'est que, perdu dans leurs nombres.

Hélas ! je compte les ombres Quand tu comptes les clartés.

Chacun, c'est la loi suprême.

Rame, hélas! jusqu'à la fin.

Pas d'homme, ô fatal problème !

Qui ne laboure ou ne sème Sur quelque chose de vain.

L'homme est sur un flot qui gronde.

L'ouragan tord son manteau.

Il rame en la nuit profonde.

Et l'espoir s'en va dans l'onde Par les fentes du bateau.

Sa voile que le vent troue Se déchire à tout moment.

2i»IREE EN MEK. i^w

»»* -d -«Mlle iVau S4Î joue, ^-î •uâiaete^ sar sa pn>iu* iL'.unent ineessamment.

Icias . lielasî tout travaillt> '*'»tis *es veu3L» o Jéhova !

J** roeique cùté qu*OQ aill»\ Pirtoiit un flot qui tresHailhî, P'irtout un homme qui va.

*Hi Tas-tu? — Vers la nuit nom* ^M\ vas-tu? — Ver* le prranfi lour Toi? — Je cherche s'il f«nf cr'>u'»- Et toi? — Je faij* à la $fU\^r*^, Et toi? — Je vaift à V^tt^nr

Vous allez tous à la tAmï**^ Vous allez à Tinronnu ' Aigle, Tautonr, on (*nUytïU,/' Vous allez ou font i*M#^n»t»/f Et d'où rien n*^t rv*nu

Vous allez on ^*\nf *ns'. ^^ Ceux q»ii fonr ^ vh.> t/* *'.»% Où Ta bu îTeiir tu «• 'i (/./•'

Vo-l* kÙi^ VI «ïi *« IiuJ

A Tli'J Ji#Vl iWU »*'?*' *.•" ^',i*i»-:

Buvez Fonde des fontaines, Secouez le gland des chênes.

Aimez, et rendormez-vous 1

Lorsqu'ainsi que des abeilles On a travaillé toujours.

Qu'on a rêvé des merveilles.

Lorsqu'on a sur bien des veilles Amoncelé bien des jours,

Sur votre plus belle rose, Sur votre lys le plus beau, Savez-vous ce qui se pose?

C'est l'oubli pour toute chose, Pour tout homme le tombeau.

Car le Seigneur nous retire Les fruits à peine cueillis.

11 dit : Échoue! au navire.

11 dit à la flamme : Expire !

Il dit à la fleur : PâUs !

Il dit au guerrier qui fonde :

— Je garde le dernier mot.

Monte, monte, ô roi du monde !

La chute la plus profonde

Pend au sommet le plus haut. —

Il a dit à la mortelle :

— Vite ! éblouis ton amant.

Cf«^2iiii tu rcilres^^os Ion ft\M\l AiD>i, >ur rondo inqui^lo, réeoule, sonibro po(^lo, Ce que les flots me iVitx^ul

A O illEE

Jeuue horam«», j>» tr: plî-i^* : ^t Cr:-?î:ij

Ton grand part: frî^iLiL*»:: z\i ^.iLilr t:u> >>urlre. yui fait, vu <le tOQ srr-J. Irr 1 . -T ie rL -rizvn. Grave ou iuveux s«aivsi.t I^r '■•Mr cl la siLis4.»D, Coupé d'herbe et 'r^âu vive, et rriLfIisîsiiit huit lieues I)e ses va^rues mas-îfs et «i^ ^r-s ombres bicues.

J*adniire ton domaine, et pourtant je te plains. Car dans ces bois touffus de tant de grandeurs pleins. Où le printemps épanche un faste sans mesure. Quelle plus misérable et plus pauvre masure Qu un homme usé, flétri, mort pour Tillusion, Riche et sans volupté, jeune et sans passion. Dont le Cteur délabré, dans ses recoins livides, N'a plus qu*un triste amas d'anciennes coupes vides,

Vases brisés qui n*ont rien gardé que Tennui, Et d*où Tamour, la joie et la candeur ont fui !

Oui, tu me fais pitié, toi qui crois faire envie ! Ce splendide séjour sur ton cœur, sur ta vie. Jette une ombre ironique, et rit en écrasant Ton front terne et chétif d*un cadre éblouissant.

Dis-moi, crois-tu, vraiment, posséder ce royaume D'ombre et de fleurs, où l'arbre arrondi comme un dôme, L'étang, lame d'argent que le couchant fait d'or. L'allée entrant au bois comme un noir corridor, Et là, sur la forêt, ce mont qu'une tour garde. Font un groupe si beau pour l'âme qui regarde ? Lieu sacré pour qui sait dans l'immense univers. Dans les prés, dans les eaux et dans les vallons verts, Retrouver les profils de la face éternelle Dont le visage humain n'est qu'une ombre charnelle !

Que fais-tu donc ici? Jamais on ne te voit, Quand le matin blanchit l'angle ardoisé du toit. Sortir, songer, cueillir la fleur, coupe irisée Que la plante à l'oiseau tend pleine de rosée. Et parfois t'arrêter, laissant pendre à ta main Un livre interrompu, debout sur le chemin, Quand le bruit du vent coupe en strophes incertaines Cette longue chanson qui coule des fontaines.

Jamais tu n'as suivi de sommets en sommets La ligne des coteaux qui fait rêver; jamais

Tu n'as joui de v-i-îr, $3nr Z-t'-hz jo. if ?*îd»^ f ^ C^uelque saule d-i-u^œx î^iirii ciimiD* xi lù <- f- Jamais* sévère esprit ^^ iLys^t-re t::Ur: 1.^^ Tu n as queslionoé le rie-n o?c*e petpvi>f yui regarde à ses p«ieJs ic^aîe la plaioe vixrv, (Aiinine un sage qui rêve atleoùf à son Ii\rv\

L'été, lorsque le jour est par midi frappé. Lorsque la lassitude a tout enveloppé, A rheure où Fandalouse et Foiseau font la 8iosl4\ Jamais le faon peureux, tapi dans Tautre a^^iTsIo, Ne te voit, à pas lents, loin de rhoinme iinporliiii, Grave, et comme ayant peur de réveiller c|u<«|(|irini, Errer dans les forêts ténébreuses et doucoM Où le silence dort sur le velours des mouHH(*H<

Que te fait tout cela? Les nuages des cireux,

La verdure et Tazur sont Tennui de U*n y(*M%.

Tu n'es pas de ces fous qui vont, et qui ntn ^nni* fj.

Tendant partout Toreille aux voix qui \f'^iriotil / li m»^ >/<

Rendant grâce au Seigneur d'avoir f;iit U- pn/iO t»,*.

Qui ramassent un nid, ou cont^^mpl^nt lotr/h f/,;,.

Quelque noir champignon, monslnf /-u-^rr/'- »\

Toi, comme un sac d'argent, tu ^*>^^ (/ .- * f . /

Ta futaie, en avril, sous ses hr?j* \,\ a, i,^,'t .

A lair de réclamer bien d^*s [,>,\ hu^*, ,* .

Bien des cœurs soupirant, hy.u 'î * % .

Toi qui jouis aussi s^ju4 vr^ h.M'. •- / •

Tu songes, calculant le tj....« '.- ,. * a - . ,

Que Paris, ce vieillard q,., ; ;.

t' I ti^ I f

Attend, sous ses vieux quais percés de rampes neuves.

Ces longs serpents de bois qui descendent les fleuves .

Ton regard voit, tandis que notre œil flotte au loin.

Les blés d'or en farine et la prairie en foin ;

Pour toi le laboureur est un rustre qu'on paie ;

Pour toi toute fumée ondulant, noire ou gaie.

Sur le clair paysage, est un foyer impur

Où Ion cuit quelque viande à Tan^e d*un vieux mur.

Quand le soir tend le ciel de ses moires ardentes.

Au dos d'un fort cheval assis, jambes pendantes.

Quand les bouviers hâlés, de leurs bras vigoureux

Piquent tes bœufs géants qui par le chemin creux

Se hâtent pêle-mêle et s'en vont à la crèche.

Toi, devant ce tableau, tu rêves à la brèche

Qu'il faudra réparer, en vendant tes silos.

Dans ta rente qui tremble aux pas de don Carlos..

Au crépuscule, après un long jour monotone. Tu t'enfermes chez toi. Les tièdes nuits d'automne Versent leur chaste haleine aux coteaux veloutés. Tu n'en sais rien. D'ailleurs, qu'importe ! A tes côtés, Belles, leurs bruns cheveux appliqués sur les tempes, Fronts roses empourprés par le reflet des lampes. Des femmes aux yeux purs sont assises, formant Un cercle frais qui brode et cause doucement; Toutes, dans leurs discours oii rien n'ose apparaître. Cachant leurs vœux, leur âme et leur cœur que peul-èlro Embaume un vague amour, fleur qu'on ne cueille pas, Parfum qu'on sentirait en se baissant tout bas. Tu n'en sais rien. Tu fais, parmi ces élégies.

A LX RICHE. m:

Tomber ton froid sourire* ou, sou> tju.itrt' hou^iir:^, £>*autres hommes et toi, dans un coin att.iLlr:^ Aiilour iïun tapis vert, bruyants, vou4 »jiirf>:llf:i Les caprices du whist, du brelan uu dt: l h«iCaLfr: — La fenêtre est pourtant pleine de Imu: r.t d^^uAirv. !

i} ri'iible insensé ! vraiment, je le I»r din, i'etle terre, ces prés, ces vallons arr»>fidi«», Nitis «le feuilles et d'herbe où jasenl If.s vilLi/»:^, Ces blés où les moineaux font leurs yj\rux piilài/i::», Ces champs qui, l'hiver même, ont d'au^^ti-r»:^ appa:», Ne t'appartiennent point; tu ne Ic^ ruiupnMidi» pas!

Vois-tu, tous les passants, les enfanta, li:s po»!li.'>,

Sur qui ton bois répand ses ombres inquiètes.

Le pauvre jeune peintre épris de ciil et d'air,

Lamant plein d'un seul nom, le sa;.'ijf au eo*ur arner,

Qui viennent rafraîchir dans cette solilu'li*.

Hélas! l'un son amour et Taulre son étij<ie,

Tous ceux qui, savourant la beauté de ce liifu,

Aiment, en quittant l'homme, à s'approcher de Dieu,

Et qui, laissant ici le bruit vague et morose

Des troubles de leur âme, y prennent quelque chose

De rimmense repos de la création.

Tous ces hommes, sans or et sans ambition,

Et dont le pied poudreux ou tout mouillé par Therbe

Te fait rire emporté par ton landau superbe,

Sont dans ce parc touffu^ que tu crois sous ta loi.

Plus riches, plus chez eux, plus les maîtres que toi,

Quoique de leur forêt que ta main grille et mure

Tu puisses couper l'ombre et vendre le murmure !

Pour eux rien n'est stérile en ces asiles frais. Pour qui les sait cueillir tout a des dons secrets. De partout sort un flot de sagesse abondante. L'esprit qu'a déserté la passion grondante, Médite à l'arbre mort, aux débris du vieux pont. Tout objet dont le bois se compose répond A quelque objet pareil dans la forêt de l'àme. Un feu de pâtre éteint parle à l'amour en flamme. Tout donne des conseils au penseur, jeune ou vieux. On se pique aux chardons ainsi qu'aux envieux ; La feuille invite à croître ; et l'onde, en coulant vite. Avertit qu'on se hâte et que l'heure nous quitte. Pour eux rien n'est muet, rien n'est froid, rien n'est mort. Un peu de plume en sang leur éveille un remord ; Les sources sont des pleurs ; la fleur qui boit aux fleuves. Leur dit : Souvenez-vous, ô pauvres âmes veuves ! Pour eux l'antre profond cache un songe étoile ; Et la nuit, sous l'azur d'un beau ciel constellé. L'arbre sur ses rameaux, comme à travers ses branches Leur montre l'astre d'or et les colombes blanches, Choses douces aux cœurs par le malheur ployés. Car l'oiseau dit : 4imez ! et l'étoile : Croyez !

Voilà ce que chez toi verse aux âmes souflrantes

La chaste obscurité des branches murmurantes !

Mais toi, qu'en fais-tu? dis. — Tous les ans, en flots d or.

Ce murmure, cette ombre, ineflable trésor.

Ces bruits de vent qui joue et d'arbre qui tressaille,

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Ti viw U'.i-.- M'?Tzir 1. ails i .•i-..r •* i ^^

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I*jj\Te r.'.lfi ! — Vj> i o:. :..: >:.:-^ v*.''j^ xv,;; ^.^>

Vis f-.ur r.>r, ^l.>se ii:t\ oî IV-rcv^x^ï*. <hxvv,^ \,^i,^o Vi'Z»'le, toi qai n'a> qje x\\\ >.\\\^ x\m\^ \a \\^\\\^\ Toi qui ne sen> pAs Dieu friMuir ^l;m< lo i\x>o>uu Regarder dans Taurore et chautor d;u^H TxM'^o.u^ î

Car, — et bien que tu sois celui qui rit aux belles Et, le soir, se récrie aux romances nouvelles, — Dans les coteaux penchants où fument les hameaux. Près des lacs, près des fleurs, sous les larges rameaux, Dans tes propres jardins, tu vas aussi stupide. Aussi peu clairvoyant dans ton instinct cupide. Aussi sourd à la vie, à l'harmonie, aux voix. Qu'un loup sauvage errant au milieu des grands bois !

22 mai 1837.

Regardez. Les enfants se sont assis en rond. Leur mère est à côté, leur mère au jeune front

Qu'on prend pour une sœur atnée ; Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus. De sentir s*agiter leurs chiflfres inconnus

Dans l'urne de la destinée.

Près d'elle natt leur rire et finissent leurs pleurs. Et son cœur est si pur et si pareil aux leurs.

Et sa lumière est si choisie.

Qu'en passant à travers les rayons de ses jours, La vie aux mille soins, laborieux et lourds.

Se transfigure en poésie.

Toujours elle les suit, veillant et regardant ; Soil que janvier rassemble au coin de l'àtre ardenl Leur joie aux plaisirs occupée ;

Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau « Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau D'où tombe une ombre découpée.

Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent Contemple avec envie un beau hochet d'argent

Que sa faim dévorante admire, La mère est là; pour faire, au nom du Dieu vivant. Du hochet une aumône, un ange de l'enfant.

Il ne lui faut qu'un doux sourire.

Et moi qui, mère, enfants, les vois tous sous mes yeux. Tandis qu'auprès de moi les petits sont joyeux

Gomme des oiseaux sur les grèves.

Mon cœur gronde et bouillonne, et je sens lentement. Couvercle soulevé par un flot écumant,

S'entr'ouvrir mon front plein de rêves.

Juin 1834.

Enfants ! oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent, Je vous ai de ma chambre exilés en grondant, Rauque et tout hérissé de paroles moroses. Et qu*aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses? Quel crime? quel exploit? quel forfait insensé? Quel vase du Japon en mille éclats brisé? Quel vieux portrait crevé ? quel beau missel gothique Enrichi par vos mains d*un dessin fantastique? Non, rien de tout cela. Vous aviez seulement. Ce matin, restés seuls dans ma chambre un moment, Pris, parmi ces papiers que mon esprit colore, Quelques vers, groupe informe, embryons près d'éclore, Puis vous les aviez mis, prompts à vous accorder, Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder Dans une cendre noire errer des étincelles. Comme brillent sur Teau de nocturnes nacelles.

Ou comme, de fenêtre en fenêtre, on peut voir Des lumières courir dans les maisons le soir.

Voilà tout. Vous jouiez et vous croyiez bien faire.

Belle perte, en effet! beau sujet de colère!

Une strophe, mal née au doux bruit de vos jeux.

Qui remuait les mots d'un vol trop orageux !

Une ode qui chargeait d'une rime gonflée

Sa stance paresseuse en marchant essoufllée !

De lourds alexandrins Tun sur l'autre enjambant

Comme des écoliers qui sortent de leur banc !

Un autre eût dit : — Merci ! Vous ôtez une proie

Au feuilleton méchant qui bondissait de joie

Et d'avance poussait des rires infernaux

Dans l'antre qu'il se creuse au bas des grands journaux. —

Moi, je vous ai grondés. Tort grave et ridicule!

Nains charmants que n'eût pas voulu fâcher Hercule,

Moi, je vous ai fait peur. J'ai, rêveur triste et dur,

Reculé brusquement ma chaise jusqu'au mur.

Et, vous jetant ces noms dont l'envieux vous nomme,

J'ai dit : — Allez-vous-en ! laissez-moi seul ! — Pauvre honi!»

Seul ! le beau résultat ! le beau triomphe ! seul !

Comme on oublie un mort roulé dans son linceul,

Vous m'avez laissé là, l'œil fixé sur ma porte.

Hautain, grave et puni. — Mais vous, que vous importe!

Vous avez retrouvé dehors la liberté.

Le grand air, le beau parc, le gazon souhaité.

L'eau courante où l'on jette une herbe à l'aventure,

Le ciel bleu, le printemps, la sereine nature.

Ce livre des oiseaux et des bohémiens.

Ce poème de Dieu qui vaut mieux que les miens,

Où 1 enfant peut cueillir la fleur, strophe vivante,

Saus qu'une grosse voix tout à coup Tépouvante !

Moi, je suis resté seul, toute joie ayant fui.

Seul avec ce pédant qu'on appelle Tennui.

Car, depuis le matin assis dans l'antichambre.

Ce docteur, né dans Londre, un dimanche, en décembre,

C!ui ne vous aime pas, ô mes pauvres petits.

Attendait pour entrer que vous fussiez sortis.

Dans l'angle où vous jouiez il est là qui soupire,

Et je le vois bâiller, moi qui vous voyais rire !

Que faire? lire un livre? oh non! Dicter des vers?

A quoi bon? Émaux bleus ou blancs, céladons verts.

Sphère qui fait tourner tout le ciel sur son axe.

Les beaux insectes peints sur mes tasses de Saxe,

Tout m'ennuie, et je pense à vous. En vérité,

Vous partis, j'ai perdu le soleil, la gaité,

Le bruit joyeux qui fait qu'on rêve, le délire

De voir le tout petit s'aider du doigt pour lire,

Les fronts pleins de candeur qui disent toujours oui.

L'éclat de rire franc, sincère, épanoui,

Qui met subitement des perles sur les lèvres,

Les beaux grands yeux naïfs admirant mon vieux sèvres,

La curiosité qui cherche à tout savoir.

Et les coudes qu'on pousse en disant : Viens donc voir!

Oh ! certes, les esprits, les sylphes et les fées

Que le vent dans ma chambre apporte par bouffées,

Les gnomes accroupis là-haut, près du plafond. Dans les angles obscurs que mes vieux livres font. Les lutins familiers, nains à la longue échine. Qui parlent dans les coins à mes vases de Chine, Tout rinvisible essaim de ces démons joyeux A dû rire aux éclats, quand là, devant leurs yeux, Ils vous ont vus saisir dans la boite aux ébauches Ces hexamètres nus, boiteux, difformes, gauches, Les traîner au grand jour, pauvres hiboux fâchés, Et puis, battant des mains, autour du feu penchés. De tous ces corps hideux soudain tirant une âme, Avec ces vers si laids faire une belle flamme !

Espiègles radieux que j'ai fait envoler. Oh ! revenez ici chanter, sauter, parler. Tantôt, groupe folâtre, ouvrir un gros volume, Tantôt courir, pousser mon bras qui tient ma plume. Et faire dans le vers que je viens retoucher Saillir soudain un angle aigu comme un clocher Qui perce tout à coup un horizon de plaines. Mon âme se réchauffe à vos douces haleines. Revenez près de moi, souriant de plaisir. Bruire et gazouiller, et sans peur obscurcir Le vieux livre où je lis de vos ombres penchées. Folles tètes d'enfants ! gaîtés effarouchées !

J'en conviens, j'avais tort, et vous aviez raison. Mais qui n'a quelquefois grondé hors de saison? Il faut être indulgent. Nous avons nos misères. Les petits pour les grands ont tort d'être sévères.

Enfants ! chaque matin, votre âme avec amour

S'ouvre à la joie ainsi que la fenêtre au jour.

Beau miracle, vraiment, que Tenfant, gai sans cesse,

Ayant tout le bonheur, ait toute la sagesse !

Le destin vous caresse en vos commencements.

Vous n'avez qu'à jouer et vous êtes charmants.

Mais nous, nous qui pensons, nous qui vivons, nous sommes

Haineux, tristes, mauvais, ô mes chers petits hommes !

On a ses jours d'humeur, de déraison, d'ennui.

Il pleuvait ce matin. II fait froid aujourd'hui.

Un nuage mal fait dans le ciel tout à l'heure

A passé. Que nous veut cette cloche qui pleure?

Puis on a dans le cœur quelque remords. Voilà

Ce qui nous rend méchants. Vous saurez tout cela,

Quand l'âge à votre tour ternira vos visages,

Quand vous serez plus grands, c'est->à-dire moins sages.

J'ai donc eu tort. C'est dit. Mais c'est assez punir,

Mais il faut pardonner, mais il faut revenir.

Voyons, faisons la paix, je vous prie à mains jointes.

Tenez, crayons, papiers, mon vieux compas sans pointes.

Mes laques et mes grès, qu'une vitre défend.

Tous ces hochets de l'homme enviés par l'enfant.

Mes gros chinois ventrus faits comme des concombres,

Mon vieux tableau trouvé sous d'antiques décombres ,

Je vous livrerai tout, vous toucherez à tout !

Vous pourrez sur ma table être assis on debout,

Kt chanter, et traîner, sans que je me récric,

Mon grand fauteuil de chêne et de tapisserie,

El sur mon banc sculpté jeter tous à la fois

3iO LES VOIX INTÉRIEURES.

Vos jouets anguleux qui déchirent le bois ! Je vous laisserai même, et gaiement, et sans crainte, 0 prodige! en vos mains tenir ma bible peinte, Que vous n'avez touchée encor qu'avec terreur, Où Ton voit Dieu le père en habit d'empereur !

Et puis, brûlez les vers dont n)a table est semée,

Si vous tenez à voir ce qu'ils font de fumée !

Brûlez ou déchirez ! — Je serais moins clément

Si c'était chez Méry, le poète charmant.

Que Marseille la grecque, heureuse et noble ville,

Blonde fille d'Homère, a fait fils de Virgile.

Je vous dirais : — Enfants, ne touchez que des yeux

A ces vers qui demain s'envoleront aux cieux.

Ces papiers, c'est le nid, retraite caressée.

Où du poëte ailé rampe encor la pensée.

Oh ! n'en approchez pas ! car les vers nouveau-nés,

Au manuscrit natal encore emprisonnés.

Souffrent entre vos mains innocemment cruelles.

Vous leur blessez le pied, vous leur froissez les ailes:

Et, sans vous en douter, vous leur faites ces maux

Que les petits enfants font aux petits oiseaux. —

Mais qu'importe les miens ! — Toute ma poésie, C'est vous, et mon esprit suit votre fantaisie. Vous êtes les reflets et les rayonnements Dont j'éclaire mon vers si sombre par moments. Enfants, vous dont la vie est faite d'espérance. Enfants, vous dont la joie est faite d'ignorance, Vous n'avez pas souffert et vous ne savez pas.

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A quoi je songe? — Hélas! loin du toit où vous êtes,

Enfants» je songe à vous ! à vous, mes jeunes tètes, -

Espoir de mon été déjà penchant et mûr,

Rameaux dont, tous les ans, Tombre croit sur mon mur!

Douces âmes à peine au jour épanouies,

Des rayons de votre aube encor tout éblouies !

Je songe aux deux petits qui pleurent en riant,

Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant.

Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entre elles.

Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles.

Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aînés

Qui s*avancent déjà de plus de flot baignés.

Laissant pencher parfois leur tète encor naïve,

L'un déjà curieux, l'autre déjà pensive.

Seul et triste au milieu des chants des matelots, Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flols,

Là-bas, à la côte, Le ciel est bien noir, La mer est bien haute !

On dirait l'hiver ; Parfois on s'y trompe... — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

Oh ! marins perdus !

Au loin, dans cette ombre.

Sur la nef qui sombre, Que de bras tendus Vers la terre sombre !

Pas d'ancre de fer Que le flot ne rompe. — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

Nochers imprudents!

Le vent dans la voile Déchire la toile Gomme avec les dents !

Là-haut pas d'étoile I L'un lutte avec l'air.

L'autre est à la pompe. — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

' C'est toi, c'est ton feu Que le nocher rêve,

XE xriT nU'OX ENTENDAIT L\ MER. 317

Huand le îlot relève, (iandelier ^iie Dieu Pose <ur la irrève.

Phare au pouge éclair Que la brame estompe! — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

17 uiilei 1830.

TEMANDA VIA EST

Ne vous effrayei f»aç, dooc^ mère iDqui'i'te

Dont la bonté paitoul dans la maison ç'émiette.

De le voir si j>etit, si grave et si f»ensif.

Comme un pauvre oiseau Liane qui, seul sur un récif.

Voit Tocéan vers lui monter du fc^nd de Tombre,

II regarde déjà la vie immense et s<»mbre.

D rêve de la \oir s'avancer pas à pa«i,

0 mère au co&ur divin, ne vous eflrayez pas.

Vous en qui, — tant votre âme est un charmant mélange

L^ange voit un enfant et l'enfant voit un ange.

Allons, mère, sans trouble et d^un air triomphant Baisez-moi le grand front de ce petit enfant. Ce n'est pas un savant, ce n'est pas un prodige. C'est un songeur ; tant mieux. Soyez fière, vous dis-je ! La méditation du génie est la sœur, Mère, et l'enfant songeur fait un homme penseur, Et la pensée est tout, et la pensée ardente Donne à Milton le ciel, donne l'enfer à Dante !

Un jour il sera grand. L'avenir glorieux Attend, n'en doutez pas, l'enfant mystérieux Qui veut savoir comment chaque chose se nomme. Et questionne tout, un mur autant qu'un homme. Qui sait si, ramassant à terre sans effort Le ciseau colossal de Michel-Ânge mort, Il ne doit pas, livrant au granit des batailles, Faire au marbre étonné de superbes entailles? Ou, comme Bonaparte ou bien François premier, Prendre, joueur d'échecs, l'Europe pour damier? Qui sait s'il n'ira point, voguant à toute voile. Ajoutant à son œil, que l'ombre humaine voile. L'œil du long télescope au regard effrayant. Ou l'œil de la pensée encor plus clairvoyant, Saisir, dans l'azur vaste ou dans la mer profonde. Un astre comme Herschell, comme Colomb un monde?

Qui sait? Laissez grandir ce petit sérieux.

Il ne voit même pas nos regards curieux.

Peut-être que déjà ce pauvre enfant fragile

Rêve, comme rêvait l'enfant qui fut Virgile,

Au combat que poursuit le poète éclatant;

Et qu'il veut, aussi lui, tenter, vaincre, et, sortant

Par un chemin nouveau de la sphère où nous sommes.

Voltiger, nom ailé, sur les bouches des hommes.

9 Juin 1835.

Jeune fille, Famour, c*est d*abord un miroir Oii la femme coquette et belle aime à se voir,

Et, gaie ou rêveuse, se penche ; Puis, comme la vertu, quand il a voire cœur. Il en chasse le mal et le vice moqueur,

Et vous fait l'àme purô et blanche ;

Puis on descend un peu, le pied vous glisse... — Alors Cest un abime ! en vain la main s'attache aux bords,

On s'en va dans l'eau qui tournoie ! — L'amour est charmant, pur, et mortel. N'y crois pas! Tel l'enfant, par un fleuve attiré pas à pas. S'y mire, s'y lave et s'y noie.

25 février 1837.

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