APRES L>E LECTURE DE DANTE
y lanJ le pr^^te p»eLQt Teufer, il peint sa vie.
Sa \ie, ombre *\ui fuit de spectres poursuivie;
F.>rtM mystérieuse ou ses pas effrayés
SV -Tarent à tàtoas hors des chemins frayés ;
Nuir voyage obstrué de rencontres difformes ;
b|inile aux bords douteux^ aux profondeurs énormes»
bnni les cercles hideux vont toujours plus avant
Oans une ombre oii se meut l'enfer vague et vivant!
(-cite rampe se perd dans la brunie indécise;
Au bas de chaque marche une plainte est assise.
Et Ton y voit passer avec un faible bruit
I)(^s grincements de dents blancs dans la spmbre nuit.
Là sont les visions, les rêves, les chimères ;
Los yeux que la douleur change en sources amèros ;
L'amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant,
\im dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;
Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies.
Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ;
Puis la pâle misère, au sourire appauvri ;
L'ambition, Torgueil, de soi-même nourri,
Et la luxure immonde, et l'avarice infâme.
Tous les manteaux de plomb dont peut se charger Tàme !
Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison
Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre.
Le masque grimaçant de la haine qui souffre !
Oui, c'est bien là la vie, ô poëte inspiré. Et sou chemin brumeux d'obstacles encombré. Mais, pour que rien n'y manque, en cette route étroite. Vous nous montrez toujours debout à votre droite Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons. Le Virgile serein qui dit : Continuons !
6 août 1837.
PENSAR, DUDAR
Je vous l'ai déjà dit, noire incurable plaio, Notre nuage noir qu'aucun vent ne balaie, Notre plus lourd fardeau, notre pire douleur, Ce qui met sur nos fronts la ride et la pâleur. Ce qui fait naniboyer l'enfer sur nos murailles. C'est l'àpre anxiété qui nous tient aux entrailles, C'est la fatale angoisse et le trouble profond Uui fait que notre cœur en abimcs se fond. Quand un matin le sort, qui nous « dans sn spit Nous mettant face à face avec nol Nous jette brusquement, lui notre Cette question sombre : — Ame, i
C'est l'hésitation redoutable et profonde
Qui prend, devant ce sphinx qu* on appelle le monde.
Notre esprit effrayé plus encor qu*ébloui,
Qui n'ose dire non et ne peut dire oui !
C'est là rinfirmité de toute notre race.
De quoi l'homme est-il sûr? qui demeure? qui passe?
Quel est le chimérique et quel est le réel?
Quand l'explication viendra-t-elle du ciel?
D'où vient qu'en nos sentiers que le sophisme encombre
Nous trébuchons toujours? d'où vient qu'esprits faits d
Nous tremblons tous, la nuit, à l'heure où lentement
La brume monte au cœur ainsi qu'au firmament?
Que l'aube môme est sombre et cache un grand problème
Et que plus d'un penseur, ô misère suprême !
Jusque dans les enfants trouvant de noirs écueils.
Doute auprès des berceaux comme auprès des cercueils ?
Voyez. Cet homme est juste, il est bon ; c'est un sage. Nul fiel intérieur ne verdit son visage ; Si par quelques endroits son cœur est déjà mort. Parmi tous ses regrets il n'a pas un remord ; Les ennemis qu'il a, s'il faut qu'il s'en souvienne. Lui viennent de leur haine et non pas de la sienne ; C'est un sage — du temps d'Aurèle ou d'Adrien. Il est pauvre, et s'y plait. Il ne tombe plus rien De sa tète vieillie aux rumeurs apaisées. Rien que des cheveux blancs et de douces pensées. Tous les hommes pour lui d'un seul flanc sont sortis. Et, frère aux malheureux, il est père aux petits.
FENSÂR, DUDAR. 337
Sa vie est simple, et fuit la ville qui bourdonne.
Les champs où tout guérit, les champs où tout pardonne.
Les villageois dansant au bruit des tambourins.
Quelque ancien livre grec où revivent sereins
Les vieux héros d'Athène et de Lacédémone,
Les enfants rencontrés à qui Ton fait Taumône,
Le chien à qui Ton parle et dont Tœil vous comprend,
Letude d'un insecte en des mousses errant,
Le soir, quelque humble vieille au logis ramenée ;
Voilà de quels rayons est faite sa journée.
Chaque jour, car pour lui chaque jour passe ainsi,
Uuand le soleil descend, il redescend aussi;
D regagne, abordé des passants qui Taccueillent,
Son toit sur qui, Thiver, de grands chênes s'effeuillent.
Si sa table, où jamais rien ne peut abonder,
N a qu'un maigre repas, il sourit, sans gronder
La servante au front gris, qui sous les ans chancelle,
A qui manque aujourd'hui la force et non le zèle.
Puis il rentre à sa chambre où le sommeil l'attend.
Et là, seul, que fait-il? lui, ce juste content?
Loi, ce coeur sans désirs, sans fautes et sans peines
11 pense, il rêve, il doute... — 0 ténèbres humaines
Sombre loi ! tout est donc brumeux et vacillant t
Oh! surtout dans ces jours où tout s'en va croulant, Où le malheur saisit notre âme qui dévie. Et souffle affreusement sur notre folle vie, Où le sort envieux nous tient, où l'on n'a plus Que le caprice obscur du flux et du reflux,
roisiB. — ni. M
Qu'un livre déchiré, qu'une nuit ténébreuse. Qu'une pensée en proie au gouffre qui se creuse, Qu*un cœur désemparé de ses illusions, Frêle esquif démâté, sur qui les passions. Matelots furieux, qu'en vain l'esprit écoute. Trépignent, se battant pour le choix de la route ; Quand on ne songe plus, triste et mourant effort. Qu'à chercher un salut, une boussole, un port. Une ancre où l'on s'attache, un phare où l'on s'adresse. Oh î comme avec terreur, pilotes en détresse. Nous nous apercevons qu'il nous manque la foi, La foi, ce pur flambeau qui rassure l'effroi. Ce mot d'espoir écrit sur la dernière page. Cette chaloupe où peut se sauver l'équipage !
Comment donc se fait-il, ô pauvres insensés.
Que nous soyions si fiers? — Dites, vous qui pensez.
Vous que le sort expose, âme toujours sereine.
Si modeste à la gloire et si douce à la haine.
Vous dont l'esprit, toujours égal et toujours pur.
Dans la calme raison, cet immuable azur.
Bien haut, bien loin de nous, brille, grave et candide.
Comme une étoile fixe au fond du ciel splendide.
Soleil que n'atteint pas, tant il est abrité.
Ce roulis de l'abime et de l'immensité,
Où flottent, dispersés par les vents qui s'épanchent.
Tant d'astres fatigués et de mondes qui penchent!
Hélas ! que vous devez méditer à côté
De l'arrogance unie à notre cécité !
Que vous devez sourire en voyant notre gloire !
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