NOCES ET FESTINS
Le plaisir, fils des nuits, dont Tœil brûlant d'espoir Languit vers le matin et se rallume au soir; Les meutes, les piqueurs, les chasses effrénées Tout le jour par les champs au son du cor menées; La soie et l'or; les lits de cèdre et de vermeil, Faits pour la volupté plus que pour le sommeil, Où, quand votre maîtresse en vos bras est venue. Sur une peau de tigre on peut la coucher nue ; Les palais effrontés, les palais imprudents Qui, du pauvre enviés, le font grincer des dents ; Les parcs majestueux, pleins d'horizons bleuâtres, Où l'œil sous le feuillage entrevoit des albâtres. Où le grand peuplier tremble auprès du bouleau. Où l'on entend la nuit des musiques sur l'eau ; La pudeur des beautés facilement vaincue ; La justice du juge à prix d'or convaincue; La terreur des petits, le respect des passants, Cet assaisonnement du bonheur des puissants ; La guerre ; le canon tout gorgé de mitrailles Qui passe son long cou par-dessus les murailles; Le régiment marcheur, polype aux mille pieds ; La grande capitale aux bruits multipliés ; Tout ce qui jette au ciel, soit ville, soit armée, Des vagues de poussière et des flots de fumée ; Le budget, monstre énorme, admirable poisson A qui de toutes parts on jette l'hameçon. Et qui, laissant à flots l'or couler de ses plaies. Traîne un ventre splendide, écaillé de monnaies ; Tels sont les mets divins que sur des plats dorés Leur servent à la fois cent valets affairés.
Et que dans son fourneau, laboratoire sombre. Souterrain qui flamboie au-dessous d'eux dans Tombre, Prépare nuit et jour pour le royal festin Ce morose alchimiste, appelé le Destin !
Le sombre amphitryon ne veut pas de plats vides, Et la profusion lasse les plus avides ; Et, pour choisir parmi tant de mets savoureux. Pour les bien conseiller, sans cesse derrière eux, Ils ont leur conscience ou ce qu'ainsi Ton nomme, Compagnon clairvoyant, guide sûr de tout homme, A qui, par imprudence et dès les premiers jeux. Les nourrices des rois crèvent toujours les yeux.
Oh! ce sont là les grands et les heureux du monde! 0 vie intarissable où le bonheur abonde ! 0 magnifique orgie! ô superbe appareil!
Gomme on s'enivre bien dans un festin pareil ! Comme il doit, à travers ces splendeurs éclatantes. Vous passer dans l'esprit mille images flottantes ! Que les rires, les voix, les lampes et le vin Vous doivent faire en l'àme un tourbillon divin ! Et que l'œil ébloui doit errer avec joie De tout ce qui ruisselle à tout ce qui flamboie !
Mais tout à coup, tandis que l'échanson rieur Leur verse à tous l'oubli du monde extérieur;