ÉCRIT
SDR LE TOMBEAU D*CJN PETIT ENFANT
AU BORD DE LA IIBIl
Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles ; Église où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles A l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;
Vents, flots, hymne orageux, chœur sans fin, voix sans nombre; Bois qui faites songer le passant sérieux ; Fruits qui tombez de l'arbre impénétrable et sombre ; Étoiles qui tombez du ciel mystérieux ;
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes ; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ;
Fleur, lumineuse à Tombre épanouie.
Cette \ision S'est évanouie !
Si, près de toi, quelqu'un pleure en rêvant. Laisse pleurer sans en chercher la cause. Pleurer est doux, pleurer est bon souvent Pour l'homme, hélas ! sur qui le sort se pose
Toute larme, enfant,
Lave quelque chose.
'i juin 1830.
CiERULEUM MARE
Quand je rèvc sur la falaise, Ou dans les bois, les soirs d'été, Sachant que la vie est mauvaise, Je contemple l'éternité.
A travers mon sort môle d'ombres.
J'aperçois Dieu distinctement, Gomme à travers des branches sombres On entrevoit le firmament.
Le firmament! où les faux sages Cherchent comme nous des conseils !
Le firmament plein de nuages.
Le firmament plein . de soleils !
Un souille épure notre fange.
Le monde est à Dieu, je le sens.
Toute fleur est une louange.
Et tout parfum est un encens.
La nuit on croit sentir Dieu même Penché sur Thomme palpitant.
La terre prie et le ciel aime.
Quelqu'un parle et quelqu'un entend.
Pourtant, toujours à notre extase, 0 Seigneur, tu te dérobas !
Hélas ! tu mets là-haut le vase, Et tu laisses la lèvre en bas !
Mais un jour ton œuvre profonde, Nous la saurons. Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde S'épanouir ton unité,
Cherchant dans ces cieux que tu règles L'ombre de ceux que nous aimons.
Gomme une troupe de grands aigles Qui s'envole à travers les monts.
Car, lorsque la mort nous réclame.
L'esprit des sens brise le sceau.
CiERULEUH MARE. 553
Car la tombe est un nid où rame Prend des ailes comme Toiseau.
0 songe ! ô vision sereine !
Nous saurons le secret de tout, £t ce rayon qui sur nous traîne, Nous en pourrons voir Tautre bout.
0 Seigneur! Thumble créature Pourra voir erifin à son tour L'autre côté de la nature Sur lequel tombe votre jour.
Nous pourrons comparer, poètes, Penseurs croyant en nos raisons, A tous les mondes que vous faites Tous les rêves que nous faisons !
En attendant, sur cette terre.
Nous errons, troupeau désuni, Portant en nous ce grand mystère :
Œil borné, regard infini.
L'homme au hasard choisit sa route ; Et toujours, quoi que nous fassions.