OCEANO >0X
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Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve. Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus !
On s'entretient de vous parfois dans les veillées. Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées. Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures, Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures. Tandis que vous dormez dans les goëmons verts !
On demande : — Oii sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile? — Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire. Sur le sombre océan jette le sombre oubli.
Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue? Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur. Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encor de vous en remuant la cendre De leur foyer et de leur cœur!
Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière. Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond. Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne.
OCEANO NOX. o()3
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à Tangle d'un vieux pont !
Où sont-ils, les marins sombres dans les nuits noires? 0 flots, que vous savez de lugubres histoires ! Flots profonds, redoutés des mères à genoux ! Vous vous les racontez en montant les marées. Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !
Juillet 1836.
A MADEMOISELLE LOUISE B
— Ainsi donc rien de grand, rien de saint, rien de pur. Rien qui soit digne, ô ciel ! de ton regard d'azur. Rien qui puisse ennoblir le vil siècle où nous sommes, Ne sortira du cœur de Thomme enfant des hommes ! Homme ! esprit enfoui sous les besoins du corps ! Ainsi, jouir; descendre à tâtons chez les morts; Être à tout ce qui rampe, à tout ce qui s'envole, A rintérêt sordide, à la vanité folle ;
Ne rien savoir — qu*emplir, sans souci du devoir.
Une charte de mots ou d*écus un comptoir ;
Ne jamais regarder les voûtes étoilées ;
Rire du dévouement et des vertus voilées ;
Voilà ta vie, hélas ! et tu n*as, nuit et jour.
Pour espoir et pour but, pour culte et pour amour,
Qu*une immonde monnaie aux carrefours traînée
Et qui te laisse aux mains sa rouille empoisonnée !
Et tu ne comprends pas que ton destin, à toi,
C'est de penser ! c'est d'être un mage et d'être un roi ;
C'est d'être un alchimiste alimentant la flamme
Sous ce sombre alambic que tu nommes ton âme.
Et de faire passer par ce creuset de feu
La nature et le monde, et d'en extraire Dieu !
Quoi ! la brute a sa sphère et l'élément sa règle !
L'onde est au cormoran et la neige est à l'aigle.
Tout a sa région, sa fonction, son but.
L'écume de la mer n'est pas un vain rebut ;
Le flot sait ce qu'il fait; le vent sait qui le pousse ;
Comme un temple où toujours veille une clarté douce.
L'étoile obéissante éclaire le ciel bleu;
Le lys s'épanouit pour la gloire de Dieu ;
Chaque matin, vibrant comme une sainte lyre.
L'oiseau chante ce nom que l'aube nous fait lire.
Quoi ! l'être est plein d'amour^ le monde est plein de foi I
Toute chose ici-bas suit gravement sa loi.
Et ne sait obéir, dans sa fierté divine.
L'oiseau qu'à son instinct, l'arbre qu'à sa racine !
Quoi ! l'énorme océan qui monte vers son bord.
Quoi ! rhirondelle au sud et raimant vers le nord,
La graine ailée allant au loin choisir sa place,
Le nuage entassé sur les iles de glace.
Qui, des cieux tout à coup traversant la hauteur,
Croule au soufïïe d'avril du pôle à l'équateur.
Le glacier qui descend du haut des cimes blanches,
La sève qui s*épand dans les fibres des branches.
Tous les objets créés, vers un but sérieux.
Les rayons dans les airs, les globes dans les cieux,
Les fleuves à travers les rochers et les herbes,
Vont sans se détourner de leurs chemins superbes !
L*homme a seul dévié ! — Quoi ! tout dans l'univers.
Tous les êtres, les monts, les forêts, les prés verts.
Le jour dorant le ciel, l'eau lavant les ravines.
Ont encor, comme au jour où de ses mains divines
Jéhova sur Adam imprima sa grandeur,
Toute leur innocence et toute leur candeur !
L'homme seul est tombé ! — Fait dans l'auguste empire
Pour être le meilleur, il en devient le pire.
Lui qui devait fleurir comme l'arbre choisi.
Il n'est plus qu'un tronc vil au branchage noirci,
Que l'âge déracine et que le vice efleuille,
Dont les rameaux n'ont pas de fruit qiie Dieu recueille.
Où jamais sans péril nous ne nous appuyons,
Où la société grefle les passions !
Chute immense ! il ignore et nie, ô providence !
Tandis qu'autour de lui la création pense !
0 honte ! en proie aux sens dont le joug l'asservit,
L'homme végète auprès de la chose qui vit!
Comme je m'écriais ainsi, vous m'enteudites ; Et vous, dont l'âme brille en tout ce que vous dites. Vous tournâtes alors vers moi paisiblement Votre sourire triste, ineffable et calmant :
— L'humanité se lève. Elle chancelle encore,
Et, le front baigné d'ombre, elle va vers l'aurore.
Tout homme sur la terre a deux faces, le bien
Et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien.
Les âmes des humains d'or et de plomb sont faites.
L'esprit du sage est grave, et sur toutes les têtes
Ne jette pas sa foudre au hasard en éclats.
Pour le siècle où Ton vit — comme on y souffre, hélas!
On est toujours injuste, et tout y parait crime.
Notre époque insultée a son côté sublime.
Vous l'avez dit vous-même, ô poëte irrité ! —
Dans votre chambre, asile illustre et respecté. C'est ainsi que, sereine et simple, vous parlâtes. Votre front, au reflet des damas écartâtes. Rayonnait, et pour moi, dans cet instant profond. Votre regard levé fit un ciel du plafond.
L'accent de la raison, auguste et pacifique,
L'é«:iuilcr, U f iiic, U l>c>Dté sérapliiquo, L*uubli «ies ton> d'autruî, cet ouMi vertueux Qui ren 1 à leur iD>o les fi\»nl5 majestueux, DoDnaifi'Ct à tos «iiscours, pleins de clartés si K ;\^, La lran«:iuilie srandeur des choses naturelles. Et f»ar momeuts semblaient mcler à votre voiv Ce chant doux et voilé qu'un entend dans les Ih«i^.
Pourquoi devant mes yeux revt»nt*7-v<in*» «^an»» era*»*».
O jours «le mon enfance cl de mon allt\:n'^5'*''*
Qui donc toujours vuus r«>uvre on n«»* ohmii* |>ii a jui- 01» mu,
O lumineuse fleur des souNonii-^ loint.ûnu*
Oh! que j'étais heureux! nli ! qm* j'ii.na i ;ii)<IpIi' * En classe, un banc de rh***»**, u-^*\ lii*ir»', *j.lffid •'!•-, Une table, un [»u|'itre, un lourd «U'iMr ri'»?». Une Lmpe. humble «o-ur d«' r«'i«.il« dii «'jm. M'accueillaient imi\f'tn*'tti fi »|oii'*iii«nl M'»o ffi^M»' Comme je vous Tai dit *'/^l^< nt^ «'i.oi imi jmO*. A racc«'nt «aime «'t Ir^fU, ^o r<i<«»d m'* l..«M^t 0,1 Najf C'^mme un *•a^^rll^ r/i: imi t/.utttît- «m> « 'd«»M< Qui m'emLr?is«ï^;U 0,>^ot^ i.>r t^^ /I',î/< *.*'M^'
Puis, près d'Eugène, esprit qu'hélas! Dieu submergea. Je travaillais dans Tombre, et je songeais déjà. Tandis que j'écrivais, — sans peur, mais sans système. Versant le barbarisme à grands flots sur le thème. Inventant aux auteurs des sens inattendus. Le dos courbé, le front touchant presque au Gradus, - Je croyais, car toujours l'esprit de l'enfant veille, Ouïr confusément, tout près de mon oreille, Les mots grecs et latins, bavards et familiers. Barbouillés d'encre, et gais comme des écoliers. Chuchoter, comme font les oiseaux dans une aire. Entre les noirs feuillets du lourd dictionnaire. Bruits plus doux que le bruit d'un essaim qui s'enfuit, Souflles plus étouffés qu'un soupir de la nuit. Qui faisaient par instants, sous les fermoirs de cuivre, Frissonner vaguement les pages du vieux livre !
Le devoir fait, légers comme de jeunes daims.
Nous fuyions à travers les immenses jardins.
Éclatant à la fois en cent propos contraires.
Moi, d'un pas inégal je suivais mes grands frères;
Et les astres sereins s'alhimaient dans les cieux.
Et les mouches volaient dans l'air silencieux.
Et le doux rossignol, chantanf dans l'ombre obscure.
Enseignait la musique à toute la nature,
Tandis qu'enfant jaseur aux gestes étourdis,
Jetant partout mes yeux ingénus et hardis
D'oii jaillissait la joie en vives étincelles.
Je portais sous mon bras, noués par trois ficelles,
Horace et les festins, Virgile et les forêts.
Tout l'olympe, Thésée, Hercule, et toi. Gérés, La cruelle Junon, Lerne et Thydre enflammée, Et le vaste lion de la roche Némée.
Mais, lorsque j'arrivais chez ma mère, souvent, Grâce au hasard taquin qui joue avec l'enfant, J'avais de grands chagrins et de grandes colères. Je ne retrouvais plus, près des ifs séculaires, Le beau petit jardin par moi-même arrangé. Un gros chien en passant avait tout ravagé. Ou quelqu'un dans ma chambre avait ouvert mes cages. Et mes oiseaux étaient partis pour les bocages, Et, joyeux, s'en étaient allés de fleur en fleur Chercher la liberté bien loin, — ou l'oiseleur. Ciel ! alors j'accourais, rouge, éperdu, rapide. Maudissant le grand chien, le jardinier stupide, Et l'infâme oiseleur et son hideux lacet. Furieux!' — D'un regard ma mère m'apaisait.
Aujourd'hui, ce n'est plus pour une cage vide. Pour des oiseaux jetés à l'oiseleur avide. Pour un dogue aboyant lâché parmi des fleurs. Que mon courroux s'émeut. Non, les petits malheurs Exaspèrent l'enfant ; mais, comme en une église,
Dans les grandes douleurs l'homme se tranquillise.
Après l'ardent chagrin, au jour brûlant pareil,
Le repos vient au cœur comme aux yeux le sommeil.
De nos maux, chiffres noirs, la sagesse est la somme.
En réprouvant toujours. Dieu semble dire à l'homme :
— Fais passer ton esprit à travers le malheur ;
Comme le grain du crible, il sortira meilleur. —
J'ai vécu, j'ai souffert, je juge et je m'apaise.
Ou si parfois encor la colère mauvaise
Fait pencher dans mon âme avec son doigt vainqueur
La balance où je pèse et le monde et mon cœur;
Si, n'ouvrant qu'un seul œil, je condamne et je blâme.
Avec quelques mots purs, vous, sainte et noble femme.
Vous ramenez ma voix qui s'irrite et s'aigrit
Au calme sur lequel j'ai posé mon esprit ;
Je sens sous vos rayons mes tempêtes se taire ;
Et vous faites pour l'homme incliné, triste, austère.
Ce que faisait jadis pour l'enfant doux et beau
Ma mère, ce grand cœur qui dort dans le tombeau !
Écoutez à présent. — Dans ma raison qui tremble, Parfois l'une après l'autre et quelquefois ensemble. Trois voix, trois grandes voix murmurent.
SAGESSE- >.r:s
— € Courroucè-lMî, (i:*cle. M<û, l'erjer aj-j haàu
Tout ce que celle éfvyae êhsiuche, crvo ou l05^:;\
Reste iodigné. Ce siècle esl uoe impure lonle
Où rhomme ap]:*eUe à lui, voyaut le soir \euu«
La volupté, la chair^ le vice iufàuie el uu.
La vérité, qui fil jadis resplendir Rome«
Est toujours dans le ciel; Tamour nVsl plus dans ThoMuno.
Tout rayon jaillissant trouve tout œil fermé.
Oh ! ne repousse pas la muse au bras armé
Qui visitait jadis conune une austère amie
Ces deux sombres géants, Amos et Jérémie !
Les hommes sont ingrats, méchants, menteurs, jaloux.
Le crime est dans plusieurs, la vanité dans tous ;
Car, selon le rameau dont ils ont bu la sé\i\
Ils tiennent, quelques-uns de CaYn, et tou!% d*j\vt\
« Seigneur! ta croix chancelle et le respect 8*ou v«.
La prière décroit. Jéhova I Jéhova !
On va parlant tout haut de toi-môme en ton toniplo.
Le livre était la loi, le prêtre était rexiMuplo ;