COUR ROYALE DE PARIS
priSside:«cb de m. séciien, prbiiieb pb^sident
Audience da 5 décombro 1837.
A rouverttjre dcn [K>rti.'H, une foiile anittUU'.nhlti M9 prédplU) d«n« la *•• e. On remarque dans !•:•» raiiKn du public un grand nonibnt d» liti/î* ratc-urs et d'arii.tosdramatiqiMm.
-«. \ii t/.r Hijjfo a qiiciquiî iHuit-Unt planT daiii la tribune pailir«li*r« •'• ré«M:rvé«; <:t qui fHt d^Ja fruvabi^i par d<'» avicat».
M' Delangle prend la parole en ces termes :
« En 1829, M. Victor Hugo présenta à la Comédie Marion de Lorme; il était le chef de cette école qui, se frayant des routes noQTelles, annonçait la prétention et manifestait Tespérance de raviver la littérature. L'onrrafe fut lu, reçu, le contrat était formé; mais la censure emp6cha la représentation; cette intervention établissait la force majeure, et la pièce fot retirée.
« En 1830, nernani fut accepté et monté avec soin ; mademoiselle Mars y remplissait le principal rôle; tout fat mis en œuvre pour exciter li curiosité. Un journal, donnant son opinion sur ma plaidoirie devant le tribunal de commerce, a dit que je n'étais pas un homme littéraire. Je n*ai pas de prétention à ce titre; mais il me sera permis de rappeler, comme un fait notoire, que certains spectateurs, à Toccasion de la pièce nouvelle, dépassèrent toutes les limites connues de Tadmiration, et qae. dans leur enthousiasme, ils voulurent imposer leur sentiment d*nne Ciçoo peu littéraire; il faut le dire, on se battit au parterre; ce fut. du reste, un nouvel attrait pour Tavide curiosité du public. Quarante-huit représentations produisirent de bonnes recettes.
« Survint la révolution de juillet et Tabolition de la censure. Les comédiens se rappelèrent la déconvenue de Marion de Lorme, ils la redeman* dèrent à l'auteur, qui refusa, par Thonorable motif qu*on pourrait voir dans cet ouvrage des allusions à la récente expulsion du roi Charles X. Depuis, Marion de Lorme fut par lui donnée à la Porte-Saint-Martin, où elle eut soixante-huit représentations. Le contrat originaire, deux fois brisé, cessait donc d*encbalner aucune des parties à regard de cet ouvrage.
a Le 12 août 1832, le Bot s'amuse devint, entre M. Victor Hugo et M. Dcsmousseaux, artiste du Théâtre-Français, agissant au nom du comité d*administration,Toccasion d'un traité spécial. M. Desmonsseaux promettait de reprendre Hernani pour le courant du mois de janvier 1833. H était nécessaire de distribuer de nouveau les rôles, mademoiselle Mars reuonçant à celui de dona Sol, et Michelot, charge de celui de Charles-Quint, ayant quitté le théâtre. En outre, pour plaire à Tauteur, on engageait madame Dorval ; puis on lui accordait une prime avantageuse dès avant la lecture.
« II n*y eut aucun retard dans l'exécution de la première de ces promesses; le Roi s'amuse fut représenté; mais la pièce fut défendue parla censure après la première représentation. Fut-ce par Teffet d'une intngae littéraire? Ce qui est certain, c'est qu^un proct^, fait par Tautear au ministre de l'intérieur, devant le tribunal de commerce, demeura sans succès, et que les comédiens, qui avaient dépensé pour monter la pièce vingt mille francs et beaucoup de temps, en furent pour leur temps et leur argent.
• Un nouveau traité intervint, le 24 février 1835, avec M. Lasalle. Quel était M. Jousiin de Lasalle? Il remplaçait le
PROCËS D'ANGELO ET D'HERNAM. 489
ÎD^oquéi* pAr M. Hugo, pose d'imporUnU principes en matière de littératun.* dramatique :
« I«e tribunal,
« Kn cv qui touchfl les représentation» d*Hemani :
m Attendu que, par les conventions Terbalcs du 12 août 183^, Victor Hu^ro (l'une part, et, d'autre |>art, Dosmous^oaui représentant la G>médie>Françaii»o, se sont onfragés, le premier à livrer à la Comédie-Française* un drame intitulé le Hoi s'amuse; le second, à faire Jouer le drame, et, de pluH, à préparer la reprise (ïUernani pour le courant du mois de jan- \i«r 1K33;
• Attendu que Victor Hufro a satisfait à cette convention par la livrai- %on du drame U Hoi s'amuse, tandis que la Comédie-Françaine s*e*>t bomèe à Jouer ce drame, et a négligé de remplir l'obligation relative à la reprise dV/cmani ;
• Attendu qu*à la date du i5 Janvier 1K35, par un autre traitô verbal, intervenu entre Victor Hugo et Jouslin de Lasatle, alors directeur du TbéÀtre-Frauçais, traitant au nom de la Comédie-Française, il a été stipulé denuuveau qu'Hernani serait repris, et c<' dans les sii mois qui suivraient le 10 avril lors prochain, sans que la Comédie-Française ait rempli ce nounel en Jugement :
• Attendu qu'il résulte de la correspondance entre Victor Hugo et Vé<lei, directeur actuel du Théâtre-Français, que, le 2 avril 1837, celui-ci sViit engagé à son Umr à effectuer la reprise d7/eriuifii, et que ce iroikième engagement n*a point reçu Jusqu'à aujourd'hui l'exécution pro* mise;
m Que c'est à tort que Ton reproche à Victor Hugo de n*aToir point dittribué, conformément aux K'^lements, les rôles d7/enuifii en premier et en double, parce que, dans Tusage, cette distribution se fait de concert par l'auteur et le directeur, et que, dans re'*pi''ce, il y a eu une distribution de cck rôles;
• En ce qui touche la représentation de Marion de Lorme :
• Attendu que, dans le traité verbal ci-dessus mentionné entre Victor Hugo et Jouslin de Lasalle. Victor Hugo, en prometunt de livrer à la <^<fmé(lio-Française un nouveau drame intitulé Angelo ou Padoue en 1549, ce qu'il a exécuté, a stipulé en sa faveur, non seulement qu*//#rfiafii serait repris, mais encore que Marion de ijorme serait Joué deux fuis au moins par la Comédie- Françaises dans l'année, à compter du mois de novembre 1>35, lors prochain;
• Attendu que Jusqu'à ce Jour aucune diligence n*a été faite par la Comédie-Française pour représenter Marion de Lorme; que si cette pièce, apn*s a\oir été nçue au Théâtre- Français en 18i9, a été retin'*e et portée* au théâtre de la Porte-Saint-Martin, où elle a eu soiiante-huit représenrations, on ne peut trouver, dins cette circonstance, un motif suffisant pour la t>>mé<li(*-Française de se soustraire à ses obligations, puisque c'éuil longtemps après, et nonobstant les repréaentations de Marion d» Lorme
»& NOTBS.
» de gloire pluUt qno d'argent, coecourir toni eiuemble i rillaglralioa dh ■ lettre! rruiç>i»e« >, c'est Tort poétique et Tort liMr*l udi doute. S'il b't avait risque et péril que pour iei autoun. paaae eocore ; mais qui »e troait eiposéT lea comédieDi, et c'en k leurs dépens que ic [ait la poésie H Ulibéraiisme. >
L'avocat, s'expliquani Hurle traité dont le Thèàtre-Français demande la nullité, bit remarquer qu'on ne peut impater aucune mauvaise roi i H. Védel, qui n'est pas l'auteur de ce traité, qui a voulu l'eiéculer, a tant qu'il eût élé etÉculable, et qui eaSti ne Tait que auivre la directioa ijui lui est imprimée par le conseil Judiciaire du thé&tre.
U* Delangle résume rapidement les moyens qu'il a présentée.
M* PailUrd de Villeneuve prend la' parole pour M. Victor Hugo. ■ McBlieurs, dit-il, on vous a dit que c'était une question commerciaKque TOUS aviei a juger. On a eu raison; car la propriété littéraire, quelle que soient la noblesse de sou origine et la gloire de ses résultats, en l'absence de lois particulières qui la régissent, n'est autre chose, dans dr pareils débais, qu'une marchandise. Soit donc, plaidona sur celte marchao' dise, mais an moins ne la rejetons pas an-dessous des marchandises In plus vulgaires. Plaidons sur une question commerciale, mais n'oublions pas alors qu'en pareille matière il faut, avant tout, bonne foi, lojtuié. principes incontestable! et sacrés qu'il semble que dans toute celte dis' cussion on ait voulu prendre k t&che de méconnaître et de violer. ÉI^uod^ donc pour un moment de cette cause ainsi rélrécïe o< le nom glorieui àe l'auteur que Je représente et les graves conséquences que la liberté litti'raire attend de votre décision.
a 11 s'sgit do savoir si les traités que la G)médie-Frantaise a demandé-, implorés comme une grâce, doivent être eiéculés au profil de M. Victor Hugo, oimmc ils l'ont été au profit du théltre. Telle est la seule question ilu procès. Avant d'y arriver, quelques mots sur les faits.
n En 1829, M. Victor Hugo composa Marion de Lnrmr, dont les n'iirvseutatioDs furent arrêtées par un vélo dp la censure. Ko iransmettaui cet ordre II M. Viclur Hugo, H. le ministre de l'iolérieur lui envoya, cnmmc compensation, l'ampliaiion d'une ordonnance qui portail â six mille fnnc» la pension de deui mille francs qu'il tenait de la volonté spontani^ di- Louis XVIII. Kl. Hugo refusa cette pension; quelles que fussent les insistances du ministre, il persista dans ce refus; et. plus lard, en 1833, lorsqu'à rorrasioD du Roi a'amust il se vit contraint de plaider contre le mini<tre de l'intérieur, il rcnonçade lui-même à celle pension de dcui mille francs, dont on semblait lui faire reproche pnur l'arréler dans la lulle qu'il loulenait. Ces faits me semblent de nature à Être rappcli si on où l'on parait nous a'"c user d'élever des question ■ . u rappeler aussi, hu nom d'un auteur qu'on représente ■ nii' a être joué par autorité de justice, qii" M. Hugo, e de la censure, refusa de laisser jouer Marion de Lorme. pal convenait pas de faire servir une Œuvre lillérairc t
PROCÈS DANGËLO ET DHERNANI. 404
cf. |iAr unt* lutu* do k'Ioirc plutôt que d*argent, concourir tout ensomhlo a rillu-t ration de« lettres française» ;
■ Ait«ïndii que. par suilo de Tinoxôcution de be» obligations, la Comôdi**-l'>ançai<te a cau^è à Victor llufrr» iiii préjudice dont elle lui doit la rt^fiaraiiun; que, de plus, il est Ju»te que les engagements pris reçoivent pleine l'i eniiêre f\t*c ut ion ;
- Par ce» mol if a.
• \j* tribunal, admettant, d'apri'*! U> information* de la cauMc, li- tort «ouflTtTt i»ar \ictrir Hugo, f*t Jugeant en dernier ressort,
■ Condamne \édel, et par curps. à pa>er à Victor lluf^l six mille fninc< a titre de dommagest-intêrùK:
• Ordonne que, dant le délai de deux inni«. à compter de ce Jour, Vrdel, i*n sa qualité de directeur do la Conu>di(*-Françaite, sera tenu de représenter Hetnani;
m Que dans le délai de trois moi<«, aussi à compter de ce jour, ledit Védol Hcra tt>nu de représenter Manon de Lorme;
« Que. dans le délai de cinq moi«, Védcl complétera K^ quinie repn> ^entatifiiit d'Anyelo;
• Sinon, «'t faute par lui de le faire dans lendits délai*, condamne, dè< a pn''^*ut, \t'dfl, |uir le* \oies de dioit et nn'-me |>ar cor]i>». â frayer à \ictor U\ï*o cvnt cinquante franco |Mir chaque Juur de retard;
• (londamne VtWJel aux dépt.'ns: 'tnlonDe Pext-cutioD pro\i!»oire itan* caution. »