‹ Œuvres complètesChapitre 26 sur 190 · ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT · texte numérisé non relu

ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT

GENNARO

Messeigneurs ! si vous me parlez encore de cette borrible femme, il y aura des épées qui reluiront au soleil!

DONA LUCREZIA, tar le balcon.

Hélas !

MAFFIO

O^t pure plaisanterie, Gennaro. Mais il me semble qu'on peut bien te parler de cette dame, puisque tu portes se<i couleurs.

GENNARO

Que veux-tu dire?

MAFFIO, lai montrant l'écharpe qu'il porte*

Cette écharpe?

JEPPO.

Ce sont en eflet les couleurs de Lucrèce Borgia.

GENNARO

C'est Fiammetta qui me Ta envoyée.

MAFFIO

Tu le crois. Lucrèce te Ta fait dire. Mais c'est Lucrèce qui a brodé Técharpe de ses propres mains pour toi.

GENNARO

En es-tu sur, Maffio? Par qui le sais-tu ?

MAFFIO

Par ton valet qui t*a remis Técharpe et qu'elle a

54 LUGBÈCE BORGIA.

GENNARO

DamnaUoD !

Il amdio réchâipe, U déchira et U foui* aux pieds. DONA LUCREZIA, à part.

Hélas!

Bile nfenne la jalousie et te retire.

MAFFIO

Cette femme est belle pourtant!

JEPPO.

Oui, mais il y a quelque chose de sinistre empreint sur sa beauté.

MAFFIO

C'est un ducat d*or à reifigie de Satan.

GENNARO

Oh ! maudite soit cette Lucrèce Borgia ! Vous dites qu'elle m'aime, cette femme! Ëh bien, tant mieux! que ce soit son châtiment! elle me fait horreur! Oui, elle me fait horreur! Tu sais, MafDo, cela est toujours ainsi. Il n'y a pas moyen d'être indifférent pour une femme qui nous aime. Il faut l'aimer ou la haïr. Et comment aimer celle-là? Il arrive aussi que, plus on est persécuté par l'amour de ces sortes de femmes, plus on les hait. Celle-ci m'obsède, m'investit, m'assiège. Par où ai-je pu mériter l'amour d'une Lucrèce Borgia? Cela n'est-il pas une honte et une calamité? Depuis cette nuit où vous m'avez dit son nom d'une façon si éclatante, vous ne sauriez croire à quel point la pensée de cette femme scélérate m'est odieuse.

Ai:TE I. - AFFRONT SUR AFFRONT. 53

Viilroroi'^ je ne voyais Lucrèce Borgia que de loin, à travers mille inlervalles, comme un fantôme terrible «l«»tM>ul sur toute rilalie, comme le spectre de tout le mon«ie. Maintenant ce spectre est mon spectre à moi, il vient s'asseoir à mon chevet, il m*aime, ce spectre,

• t veut se coucher dans mon lit. Par ma mère, c'est

• iHiuvantable! Ah! MafTio! elle a tué monsieur de «înivina, elle a lue Ion frère! Eh bien, ton frère, je !•* remplacerai près de loi, et je le vengerai près l\-Uo! — Voilà donc son exécrable palais! palais de la lu\urt*, palais de la trahison, palais de Tassassinat, l*alai< de l'adultère, palais de Tinceste, palais de lous IfH crimes, palais de Lucrèce Borgia! Oh! la marque •l'infamie que je ne puis lui mettre au front à cette femme, je veux la mettre au moins au front de son paiai<^!

.. njmi* «or W b«a<- 4« pierr* qoi ett aa-doMOOt du balcon, et ar^ ton poignard .: Uit «aut^r la première kCtre du oom d« Borgia graré «ur la mur, de façon qu'il -<p r^to plut qoe r^ mot : '> ROI A.

MAFFIO

<^e diable fait-il?

JEPPO.

tfeunaro, cette lettre de moins au nom de madame Lui^rëce, c'est la tète de moins sur tes épaules.

GUBCTTA.

Monsieur Gennaro, voilà un calembour qui fera m**Ure demain la moitié de la ville à la question.

GE?(NAIIO.

Si Ton rheri'he le coupable, je me présenterai.

GUBETTA, à part.

Je le voudrais, pardieu ! cela embarrasserait madame Lucrèce.

Depuii quelques instaott, deax hommes vètos de Doir m promènent tor U place

et obeerrent.

MAFFIO

Messieurs, voilà des gens de mauvaise mine qui nous regardent un peu curieusement. Je crois qu'il serait prudent de nous séparer. — Ne fais pas de nouvelles folies, frère Gennaro.

GENNARO

Sois tranquille, Maflio. Ta main. — Messieurs, bien de la joie cette nuit!

Il rentre chez lui. Les autres se dispersent.

Page 1