‹ Œuvres complètesChapitre 38 sur 190 · ACTE II. — LE COUPLE · texte numérisé non relu

ACTE II. — LE COUPLE

vou« et moi, qui sont assis côte à côte sur le plus l>eau Irùne ducal qui soit au monde, et qui s*ainien(, aient été sur le point de se quereller pour un misérahlo |)etit capitaine aventurier vénitien! 11 faut chasser cet homme, et n'en plus parler. Qu'il aille où il voudra, ce drôle, n'est-ce pas, Alphonse? Le lion et la lionne ne se courroucent pas d'un moucheron. — Savoz-vous, monseigneur, que si la couronne ducale t'-lait donnée en concours au plus beau cavalier de votre duché de Ferrare, c'est encore vous qui l'aunvz. — Attendez, que j'aille dire à Bautisla de votre l»art qu'il ait à chasser au plus vite de Ferrare ce tiennaro.

DON ALPHONSE

Rien ne presse.

DONA Lt'CREZIA, d'un «ir enjoué.

Je voudrais n'avoir plus à y songer. — Allons. tuuoMeur, laissez- moi terminer cette affaire à ma piise !

DON ALPHONSE

Il faut que celle-ci se termine à la mienne*.

DONA LLCREZIA.

iî« enfin, mon Alphonse, vous n*avez pas de rai Hm pour vouloir la mort de cet homme.

DON ALPHONSE

Et U parole que je vous ai donnée? Le serment •l'un roi est sacré.

Cela est bon à dire au peuple. Mais de vous à moi, Alphonse, nous savons ce que c'est. Le Saint-Père avait promis à Charles VIII de France la vie de Zizimi, sa sainteté n'en a pas moins fait mourir Zizimi. Monsieur de Valentinois s'était constitué sur parole otage du même enfant Charles VIII, monsieur de Valentinois s'est évadé du camp français dès qu'il a pu. Vousmême, vous aviez promis aux Petrucci de leur rendre Sienne. Vous ne l'avez pas fait, ni dû faire. Hé ! l'histoire des pays est pleine de cela. Ni rois ni nations ne pourraient vivre un jour avec la rigidité des serments qu'on tiendrait. Entre nous, Alphonse, une parole jurée n'est une nécessité que quand il n'y en a pas d'autre.

DON ALPHONSE

Pourtant, dona Lucrezia, un serment...

Ne me donnez pas de ces mauvaises raisons-là. Je ne suis pas une sotte. Dites -moi plutôt, mon cher Alphonse, si vous avez quelque motif d'eu vouloir à ce Gennaro. Non? Eh bien! accordez-moi sa vie. Vous m'aviez bien accordé sa mort. Qu'est-ce que cela vous fait? S'il me plaît de lui pardonner. C'est moi qui suis l'offensée.

DON ALPHONSE

C'est justement parce qu'il vous a offensée, mon amour, que je ne veux pas lui faire grâce.

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