‹ Œuvres complètesChapitre 71 sur 190 · ACTE III. - IVRES MORTS. 4t · texte numérisé non relu

ACTE III. - IVRES MORTS. 4t

jointes et à deux genoux. — Tenez, voici un fauteuil qui est bon pour cela.

DONA LUGREZIA.

Non. Je vous dis que c'est impossible. Non, parmi If^ plus terribles idées qui me traversent Tespnt, jamais «•elUvH-i ne me serait venue. — Hé bien ! hé bien ! vous levez le C4iuteau! Attendez! Gennaro!J*ai quelque chose a \oiis dire!

GENXARO.

Vite.

Jette ton couteau, malheureux! Jette-le, te dis-je! Si tu savai«i... — Gennaro ! Sais-tu qui tu es? Sais-tu qui je s^uis?Tu ignores combien je te tiens de près. Faut -il tout lui dire? Le môme sang coule dans nos «etnes, Gennaro! Tu as eu pour père Jean Borgia, duc de Gandia !

GEN.NARO.

Votre frère! Ah! vous êtes ma tante ! Ah! madame !

DO.N'A Lt'CREZIA, à part.*

Sa tante!

GENNARO

\hî je suis votre neveu! Ah! c'est ma mère, cette inf«*rtunée duchesse de Gandia, que tous les Borgia ont reniiue ^\ malheureuse! Madame Lucrèce, ma mère m»' [arle de vous dans ses lellres. Vous êtes du nombre <lt» co^ [larents dénaturés dont elle m'entretient avec Lorr»*ur. ot qui ont tué mon père, et qui uni noyé sa destinée, a elle, de larmes et de sang. Ah ! j'ai de plus mon (»ere à venger, ma mère à sauver de vous mainte-

nanl ! Âh ! vous êtes ma tante ! Je suis un Borgia ! Oh ! cela me rend fou ! — Écoutez-moi, dona Lucrezia Borgia, vous avez vécu longtemps, et vous êtes si couverte d'attentats que vous devez en être devenue odieuse et abominable à vous-même. Vous êtes fatiguée de vivre, sans nul doute, n'est-ce pas? Eh bien, il faut en unir. Dans les familles comme les nôtres, où le crime est héréditaire et se transmet de père en fils comme le nom, il arrive toujours que cette fatalité se clôt par un meurtre, qui est d'ordinaire un meurtre de famille, dernier crime qui lave tous les autres. Un gentilhomme n'a jamais été blâmé pour avoir coupé une mauvaise branche à l'arbre de sa maison. L'espagnol Mudarra a tué son oncle Rodrigue de Lara pour moins que vous n'avez fait. Cet espagnol a été loué de tous pour avoir tué son oncle, entendez-vous, ma tante? — Allons! en voilà assez de dit là-dessus ! Recommandez votre âme à Dieu, si vous croyez à Dieu et à votre âme.

Gennaro ! par pitié pour toi ! Tu es innocent encore ! Ne commets pas ce crime !

GENNARO

Un crime ! Oh ! ma tête s'égare et se bouleverse ! Sera-ce un crime? Eh bien ! quand je commettrais un crime ! Pardieu ! je suis un Borgia, moi ! A genoux, vous dis-je ! ma tante ! à genoux !

Dis-tu en efifet ce que tu penses, mon Gennaro? Est-ce ainsi que tu payes mon amour pour toi?

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