MONNAIE DE GUILLAUME
et révocables suivant la volonté du souverain. Cet état de choses existait encore au commencement de la seconde race. Charlemagne ôta le comté de Bourges à Humbert, pour le donner à Sturmin ; Charles le Chauve remplaça Girard par Bozon. Mais à la fin de la seconde race, les comtes profitant des troubles que suscitaient les prétentions de princes rivaux à la couronne, aussi bien que les invasions des hommes du Nord, Danois et Hongrois, inféodèrent dans leurs familles une dignité qui n'avait été jusque-là que personnelle.
Guillaume, deuxième comte d'Auvergne, et qui reçut de Carloman ou de Charles le Gros, le comté de Bourges et le marquisat de Neyers^ peut être considéré comme ayant mis la dernière main à cette usurpation. On va voir en effet qu'il résista au roi Eudes, lorsque celui-ci voulut le déposséder de son comté. Le neveu de ce seigneur, qui porte aussi le nom de Gurllaume, succéda à son oncle dans tous ses États ; ce fut le dernier comte de Bourges. Il est assez difficile de décider auquel de ces deux barons appartient la monnaie que je publie.
La présence d'un monogramme qui n'est pas celui de Guillaume, mais qui parait être une copie altérée du nom de Charles, doit faire supposer que cette pièce est une imitation des deniers royaux carlovingiens. Si on la rapproche de ces deniers, on trouvera que sa fabrique présente quelque ressemblance avec les plus récents do tous. Je pencherais donc pour Tattribution à Guillaume U.
Je vais donner le tableau chronologique des événements qui se sont accomplis pendant la vie des deux Guillaume. Le lecteur jugera auquel d'entre eux les circonstances ont pu permettre l'usage des droits régaliens.
886 — Guillaume V^ succède à son père Bernard.
887 — Règne d'Eudes. Guillaume se déclare contre lui.
888 — Eudes dépouille Guillaume de son comté, el nomme Hugues à sa place.
EUDES / / 892 — Guerre entre Eudes et Guillaume.
893 — Guillaume fait la paix avec Eudes, qui lui restitue Bourges, et le crée duc d*Aquitaine.
898 — Mort d'Eudes.
COMTE DR nOURr.ES.
i — Mort d(! Guillaume.
Guillaume II enlre on possession de la ville de rtfARLBS LF ! Bottrgos. Biciili^l apr>''S il csl chassé par \es
SiMPLK \ habilanls. (I rpprisnri celte ville.
022 — Elle lui est enleïpe df noiivenii.
ncf^p. de Itobeii.
923— Ht^piie do Raoul.
92i — ;Raoul rend Roiirges à (iuillannio.
ftîfi — Guillaume fait la {igerre au roi Raoul. Il esl (■liasse de ses possessions. Rif-nidt après, il rcnlre dans Bour{;cs, le roi ayant été obligé de s'éloisnpr pour aller (■omballro les Horifrrois.
927 — Guillaume inpint (suivant la ehronique de Flo- \ doard).
Après la n^ort do ce prince, la ville de Bourge» fut gouvernée par des vicomtes Ixtt^dilaires, dont \c dernier, Rudes Arpin, céda sa vicomte au roi Philippe I", vers l'an HOO,
En supposant que noire pièce appartint au second des Guillaume, et qu'elle eût été frappée pendant la dernière année de sa vig, on a là encore un denier antérieur d'au moins quinze années à la monnaie de Richard I", duc de Nonnandie (9i2-96), jusqu'ici placée en tète de la coileclion de nos monnùes baronalcs. Il me semble que ce fait est de nature à intéresser vivemeol tous ceux qui s'occupent de l'histoire et dos usages de nos anciennes provinces.
TRIENS DE DOROVERNIS
(Extrait du toino V de la Revue mnnismatfque. 1840,
Le n" 2 du 3® volume de la Chromque Numismatique de Londres contient la letlre suivante que je traduis et que je ferai suivre de quelques réflexions.
« Sur un triens (For portant : DOROVERNIS CIVITAS.
« L'opinion de M. de Longpérier, exprimée dans le Numis^ matic Journal, vol. II, p. 232 (1), que le beau triens d'or avec la légende Dorovemis civitas au revers, est un spécimen de l'ancien monnayage saxon, frappé à Canterbury est, j'en suis persuadé, juste ; et je ne doute pas que les objections que vous avez faites contre son attribution, à cause de la désinence quelque peu inusitée IS, ne soient annulées par les preuves que j'ai rassemblées touchant la forme de l'ancien nom de la cité de Canterbury.
« Nous avons des cbartes d'Osuuini, A. D. 675 (voy. n"* vin dans le Codex diplomaticus delà Soc. historique) de Hlothari, 673 (n*»ix), de Suabhard, 676 (n^xiv), d'Eadric, 686 (n'^xxvn), de Wihtraed, 696 (n" xli), de Eadbcrht, 761 (n° cvu), d'^thilberht, 762 (n° cvin), et d'Ecgbehrt, 778 (n^cxxxn), tous rois de Kent; de Dumweald, ministre d'^thilberht, 762, et d'Offa, roi de Mercie, 764 ; dans toutes lesquelles nous trouvons la
(4) p. M du présent volume.
TRIKNS DK DOHOVEKMS. 43
forme Dorovemis ; et quant à cela nous ajoutons que partout où la cité de Canterbury est mentionnée dans Thistoire ecclésiastique de Bede, son nom est orthographié comme dans les chartes (excepté que nous avons un U à la place du second 0). On ne peut pas douter que pendant toute la durée du vii^ siècle, et la plus grande partie du <vin«, la cité mélropolitaine-ne fût connue sous le nom de Dorovemis, Vers la fin du viii° siècle le nom subit une altération. Dans une charte de 790, je trouve le premier exemple de Dorobeniia, attendu que je ne prends pas en considération les deux copies corrompues d'une charte d'^Ethilberht, en 603, où nous trouvons à la fois Dorovemis et Dorobemiaj ni la pièce fausse qui serait une charte de Tarchevêque Augustin.
« Dès lors qu'il est certain que durant le \if siècle le nom de la cité de Canterbury était écrit exactement comme sur la monnaie qui nous occupe, les arguments de M. de Longpérier, produits dans la Revue Numismatique (1838, p. 471), acquièrent une nouvelle force. La remarque que vous avez faite que, si les Anglo-Saxons eurent une monnaie d'or, c'était là l'espèce de denier qu'il fallait chercher, était parfaitement juste (1).
« Cette question longtemps débattue doit donc maintenant être considérée comme résolue. Et le triens de Canterbury, comme le sol d'or d'Edouard le Confesseur, du cabinet de M. Spurrier, doivent être admis comme des preuves que sous
(1) M. Cartier traduit ainsi le dernier passage de l'article de M. Akermun:
u En répudiant cette curieuse monnaie, nous dirons simplement que si les Saxons avaient réellement frappé des monnaies d'or, cette empreinte pourrait otre prise en considération; mais ce mounoyage, selon nous, n'a pas la moindre probabilité. »
Voici le texte : Jn dismissing this curions coin, we hâve merely to obsei^vp thaï, if the Saxofis really struck yold, this is ihe description of pièce which tnight be looked for; but ofsuch a coi nage we appcar to havc no évidence whafcrer.
Mot à mot : u Eu coni^édiant cette curieuse médaille, nous avons seulement a observer que, si les Saxons frappèrent réellement de l'or, celle-ci est Tespècc de pièce à laquelle on s'attendrait; mais d'un tel monnayage il semble que nous n'avons aucun exemple (témoignage]. »
To look for a toujours signifié : cJiercher, s'attendre à; après tout, je ne fais cette remarque que dans l'intérêt des études grammaticales.
46 TRIENS DE DOKOVERNIS.
THeptarchie aussi bien que sous la Monarchie, les monnayeries saxonnes ont émis des espèces d'or. En considérant que le nom du monétaire est grec, nous ne pouvons pas hésiter à faire remonter la date du triens au commencement du vu^ siècle, et à le regarder comme Touvrage de quelque artiste amené dans le pays par Augustin et ses frères de mission.
« Je ne veux pas terminer sans appeler votre attention sur une des plus intéressantes monnaies de la série anglo-saxonne. C'est un denier d'Ecgberht, publié sous le numéro 158 dans l'ouvrage de M. Hawkins, et qui, d'après la légende qu'il porte au revers : ZCZ ANDREAZ est, sans aucun doute, un reste de la monnaie ecclésiastique de Roch^ster, et, comme tel, unique. Saint- André est le saint patron de la cathédrale de cette ville.
« Tout à vous.
« Uaniel H. Haigu.
u Leeds, 10 juin i84i. »
Loi'squ'en 1838 l'éditeur du Numismatic Jowmal refusait d'admettre comme anglais le tiers de sol que je lui avais fait connaître (refus qui tenait à ce que celte pièce était d'or, ce qui dérangeait l'ancien système dans lequel on repousse toute monnaie de ce métal de la série saxonne), ce savant se fondait principalement sur la forme du nom de Canterbury, qui, suivant lui, ne paraissait dans aucun document avec la terminaison IS. Maintenant que, grâce aux recherches de M. Daniel Haîgh je me trouve avoir dix fois raison quant à la forme orthographique, je crois devoir ajouter une remarque, c'est que le mot civitas (qui n'a pas paru d'une grande importance à M. Cartier, puisqu'il l'a supprimé dans sa traduction) rend impossible toute attribution du triens à une ville de la Gaule. Les lieux qui s'intitulaient civitas n'ont pu, par cela même qu'ils étaient des résidences épiscopales, être complètement oubliés. Les annales ecclésiastiques nous en conservent toujours quelque trace. D est encore bon d'observer que le triens de Dorovernis est d'une fabrique complètement différente de celle
TRlEiSS DE DOKOVEKMS. +7
des monnaies mérovingiennes. Il n'est pas jusqu'à sa croix ancrée, qu'on ne retrouve sur aucun tiers de sol franc, qui ne vienne lui donner un caractère étrang^er à notre pays.
Voici ce que j'ai à présenter en faveur de mon opinion qui, je dois le dire, est partagée par des numismalistcs dont les lumières m'inspirent la plus grande confiance. Quant k la prétendue défense que j'aurais adressée, il y a deux ans, à M. Cartier, je puis afQrmer qu'il n'en est absolument rien. Une note informe, tracée à la bâte sur un fragment de papier, communiquée confidentiellement à M. de la Saussayc, qui m'avait demandé mon avis sur l'arLiclc de M. Akermann, voilà ce que l'on a donné comme ma réponse (1). Du reste, j'étais aussi loin de supposer que l'on put imprimer ma note, que de l'idée même que M. Cartier s'occupât le moins du monde de cette question.
(l) V. Rtvuenu,nhMaU.jue, 1838, ]>. ill.