IC .NUMISMATIQUE
comle du Mans, puis par le comte de Gicn, et enfin par le seigneur de Montiuçon. L'examen des monnaies de tous ces barons ne me laisse aucun doute à cet égard.
Le prétendu Lambel n'est autre chose que le G du mot FVLCO, attaché par le milieu aux autres lettres qui forment le monogramme, ainsi que cela se voit sur les monnaies carlovingiennes.
Je ne m'arrêterai qu'à la première des monnaies frappées au nom d'Eudes, à cause de la bizarrerie de ses légendes. Elle me parait une imitation des monnaies de Mahaut II, comtesse de Nevers. La première lettre du droit, que M. Bouillel prend pour un H et qu'il rapproche de l'aspiration germanique qui précède les noms de quelques empereurs, me semble être un M que je crois avoir été mis là pour compléter la ressemblance du denier d'Eudes avec celui de Mahaut. J'en dirai autant de l'interversion des lettres du revers, qui ferait croire à la première vue que la monnaie porte la légende NI VERNIS, etc.
Une circonstance qui n'a pas échappé à M. Bouillet, c'est que cette monnaie d'Eudes a été à son tour imitée à Souvigny. Nous en avons la preuve dans ce denier assez bien gravé dans Duby (pi. 17 n** 2), et que le Cabinet du roi possède, où Ton voit une fasce et deux hermines ou feuilles, placées au-dessus de la tête de Saint-Mayeul.
Je vous ferai remarquer, à ce propos, monsieur, qu'aucune des monnaies de Souvigny que j'ai pu voir, ne présente un Lambel sur la poitrine de Saint-Mayeul, mais une étole ou broderie de chape, qui a pu induire en erreur le graveur de M. de Boze, dont les dessins sont au reste tous remplis d'inexactitudes. En voilà bien long sans doute sur quelques monnaies d'une fort petite seigneurie ; mais vous voudrez bien me pardonner, Monsieur, en faveur de notre communauté de zèle pour nos antiquités nationales.
Adrien de Longpérier.
Au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale, 4 juin 1838.
(Extrait du tome III de la Revue du Dauphinè, 1838.)
I. Quoiqiîe les archevêques d'Embrua aient joui pendant fort longtemps du droit de battre monnaie, puisqu'il leur fut concédé, en 1147, par l'empereur Conrad III, cependant jusqu'ici une seule de leurs monnaies nous était parvenue, car j'ai tout lieu de croire que le n° 2 de la pi. II de Duby, copié dans l'ouvrage de de Boze, n'est qu'un dessin infidèle de cette même pièce (gravée sous le n» 1). Peut-être ces prélats ne commencèrent-ils à battre monnaie qu'après la confirmation de leur droit, en 1276, par l'empereur Rodolphe. Je crois la pièce de Duby, de Raymond IV, archevêque en 1308, à cause de là croix du revers, qui est du même style que celle do la pièce que je vais décrire.
N*» 1. PASTOR-ARChIEP/6-6o/?MS- Figure milrée debout, tenant la crosse d'une main, l'autre levée pour bénir.
Revers : EBREDVnEnSIS- Croix fleuronnée. — Billon. — 44 grains 1/2. — Cabinet du Roi.
On peut remarquer que sur cette belle monnaie la figure épiscopale de Pastor offre beaucoup de ressemblance avec celle du gros de Thierry V, de Metz, qui vivait presque à la même époque (1369-1383). Quant à la croix du revers, elle est tout à fait méridionale de style.
i8 MOiNiNAlES DE ULELQUES PRÉLATS DAUPHINOIS.
Cette pièce pèse précisément le double de Texemplaire de Raymond, qui existe au cabinet du roi.
Pastor d'Aubenas, cinquante- sixième archevêque d'Embrun, cardinal d'Albignac, né à Sarrats, dans le Vivarais, d'abord moine et docteur de l'université de Paris, fut nommé évéque d'Assise par le pape Benoit XII, puis succéda, sur le siège d'Embrun, à Bertrand d'Eux, le 4 février 1338. En qualité de légat, il reçut le dauphin Humbert à hommage pour les fiefs que celui-ci tenait de l'Eglise.
Pastor composa plusieurs ouvrages sur les auteurs sacrés et profanes, et une histoire ecclésiastique de son temps. Il mouf ut à Avignon, en 1354.
U. M. le marquis de Pina pense que l'on pourrait regarder comme municipaux ceux des deniers de Valence qui ne portent que la légende VRBS VALENTIA, sans nom d'évêque.
L'observatiou faite par ce savant est aussi applicable aux monnaies de Vienne, car parmi celles-ci il s'en trouve sur lesquelles on lit VRBS'VIENNA^ et qui peuvent par conséquent appartenir à la ville plutôt qu'à l'évêché. Quant à celles où l'on voit la légende PRIMA ou MAXIMA-GALLIA- RUM, qui peut se compléter par le mot sedeSy aussi bien que par le mot urbSy leur attribution demeure plus incertaine encore (1). Et cependant on ne peut pas supposer qu'il ne nous reste aucune des monnaies des archevêques de Vienne, qui jouissaient du droit d'en fabriquer dès les premières années du XI® siècle, et qui l'exercèrent, à n'en pas douter. La pièce suivante, fort précieuse à cause de son module, n'est malheureusement pas plus explicite que les deniers connus.
N» 2. t SANCTVS-MAVRICIVS- Tête du saint, tournée à gauche, dans un entourage formé d'arcs et d'angles.
Revers: fMAXIMA-GALLIARUM* Croix dans un entourage et cantonnée des lettres : V'TE'N- — Argent. — 48 grains.
(1) La jolie petite obole publiée par M. de Pina, et qae le cabioet da roi possède, porte au droit la légende NOBILIS dont le sens m'échappe, à moins qu'on n'en fasse l'épilhète de VI£NNA qui est au revers. U faudrait dire alors Nobilis Vienna, la noble Vienne.
20 MOiNiNAlES INÉDITES
Celte curieuse pièce fait partie de la collection de mon ami, M. Louis Deschamps, qui a bien voulu me permettre de la décrire.
Mader, dans ses Kristiche Beitrœge zur Mtmzkunde, en a donné une qui se rapproche de celle-ci pour le module ; mais la tète du saint n'est pas placée comme ici dans un entourage ; le revers aussi est différent.
III. Duby n'a décrit aucune monnaie de Gap. M. de Pina, le premier, en fit graver une dans la planche qu'il publia pour faire suite au recueil de Duby. Comme la planche parut sans texte, je vais donner la description de ce denier :
t SMEPISCOPVS- Tête à gauche.
Revers : f VAPINCENSIS* Croix cantonnée de quatre points. — Denier de billon. — 14 grains.
Je n'ai trouvé dans le catalogue des évéques de Gap aucun nom qui commençât par un M ou un N. Aucun des saints révérés dans cette ville n'a ces initiales. D'ailleurs, la tète qui paraît au droit de ce denier n'est pas celle d'un évèque. Il est donc probable que le but du graveur a été d'imiter les deniers de \ienne, qui avaient un cours établi dans tout le pays.
M. Champollion-Figeac, avec une obligeance dont je m'empresse de lui témoigner ici ma gralitude, a bien voulu me communiquer deux pièces d'un type analogue, mais avec des légendes différentes. Les voici :
N« 3. t S-N-EPISCOPVS- Tète à gauche.
Revers : f VAPINCENSIS* Croix cantonnée de quatre points. — Billon. — 11 grains.
N« 4. t ESPIQOPVS- Tète à gauche.
Revers : t VAPITENSIS* Croix cantonnée de quatre points. — Billon. — 17 grains 1/2.
Je ne puis encore interpréter les lettres S'N (U ou N) de la première de ces pièces. Quant à la seconde, je me bornerai à faire remarquer la singulière incorrection de ses légendes, qui pourrait faire prendre ce denier pour Tœuvre d'un faussaire, si son poids très fort et la bonne qualité du métal ne venaient détruire cette supposition.
La ville de Gap, en latin Vapincum, devînt épiscopalc au IV' siècle. En 1058, Grégoire, un de ses évêques, obtint de l'empereur Frédçricle titre de prince avec divers autres privilèges, parmi lesquels était probablement le droit de battre monnaie. En 1184, Tévêque Guillame prit le titre de seigneur et de comte de Gap; mais il fut obligé de partager les privilèges de la suzeraineté avec le dauphin.
Voici encore une monnaie de Gap, mais d'un type tout différent.
N'' 5. t BEATE-MARIE- rétrograde. Crois,
Revers : f VAPIENSIS • Rosace à six branches. — Argent. — 32 grains 1/2. — Cabinet du Roi.
L'église de Gap est sous l'invocation de la Vierge. La rosace du revers pourrait bien n'être qu'une altération du monogramme du Christ, que Ton trouve sur un denier de Vienne (Duby, n** 1), et qui, par conséquent, était un type usité en Dauphiné. Duby donne une pièce du même genre que celle-ci, qu'il attribue à Mario, princesse d'Orange (n° 11), d'après Fauris de Saint-Vincens. Je ne sais comment ces deux savants ont compris les légendes de ce denier ; car, en supposant que PRINSEPS • AR ' signifiât Princeps aurasicensù, ce qui est au moins douteux (1), il faudrait donc croire que le mot princeps se rapporte à Jean de Chalon, époux de Marie. D'ailleurs, dans aucun cas, BEATE 'MARIE ne peut être Marie de Baux, il eût fallu Manm de Bantio. Je ne crois pas non plus que cette princesse ait frappé de monnaie en son nom, car elle était mariée depuis cinq ans h Jean de Chalon dont on a des monnaies, lorsqu'elle hérita de son père Raymond IV.
Au reste, je n'ai jamais vu cette monnaie en nature; ainsi
(1) A la vérité, l'ancien nom d'Orange est Arausio Cavat^um; mais il faut croire qne cette forme avait été abandonnée au moyen âge, puisque sur lu totalité des monnaies que j'ai consultées le nom d'Orange est toujours écrit Aurasica, Je comptais sur le secours des chartes pour étayer mon opinion: je n'ai pu m'en procurer qu'une seule ; elle est de 1185, et le nom d'Orange y est orthographié aussi Aurasica, Je regrette vivement de ne pouvoir ou co moment m'appuyer sur des témoignages plus nombreux de la même nature : mais, au reste, je reviendrai sur cette question en publiant un denier d'Orange frappé au nom de l'empereur Frédéric I".