‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 59 sur 128 · RELIQUAIRE DE SAINT CIIARLEMAGNE · texte numérisé non relu

RELIQUAIRE DE SAINT CIIARLEMAGNE

zaine d'années de donner le nom de byzantin à tous les monuments que l'art a produits depuis le vi** siècle jusqu'au commencement duxm', en quelque pays que ce soit. Plus j'étudie les œuvres du moyen âge, plus je me convaincs de l'absurdité de cette appellation banale. Partout au contraire on retrouve rimitation plus ou moins grossière du style romain; c'est tout simplement la continuation dégénérée de Tart tel qu'il était né dans toute l'Europe sous l'influence du peuple conquérant.

Les gens du x* et du xn® siècle, pour construire et orner les grossiers monuments qu'ils nous ont laissés, n'ont pas eu besoin de l'intervention d'artistes grecs; ils n'avaient rien à •apprendre, il ne leur a fallu qu'oublier.

D'ailleurs il existe des sculptures et des peintures véritablement byzantines, et il est facile de les comparer avec les ouvrages contemporains exécutés dans TOccident.

Par exemple, le Musée des monuments français de l'Hôtel de Cluny renferme une feuille d'ivoire sculptée très certainement à Constantinople pour être envoyée en présent lors du mariage de Théophano, fille de Romain II, avec l'empereur Otton, en 972(1). Ce monument est parfaitement grec-oriental, et le diptyque de Romain IV et Eudoxie, qui doit être de 1068 (Y. la Revue y n^ 2, pi. 4), reproduit à un siècle de distance le même type dans tous ses détails ; donc les monuments byzantins avaient un caractère bien particulier et qui se perpétuait.

D'un autre côté, nous connaissons le retable d'or de Râle, qui représente l'empereur Henri II et sa femme Cunégonde

(1) n a été lithographie dans VAlbum, publié par feu M. Du Sommerard, yp gi'.rîp, pi. XI; malheureusement le dessinateur, qui parait n'avoir aucune connaissance de l'alphabet grec, a tracé les inscriptions d'une manière tellement incorrecte qu'on ne peut les déchiffrer. J'ai eu recours à l'original qui

porte en caractères très lisibles : OTTO IMP PCOAN AVFC (Otto Impe-

rator Twiiaiwv ajyojfrco;); 6€0<t>ANCA> IMP AC (0eo?àvw, Imperatrix

«OYoierrot) ; K€ BOH0EI TO ASA KOXCO AM€M. (IWpit, por.6« tû 6ouX(i> [ffoO] 'Iwâvvt) XtûjjLatïivà) ? Amen). L'invocation parait être adressée au Christ par l'artiste auteur de cet ivoire qui s'est représenté prosterné aux pieds de l'empereur. Le mélange de latin et de grec dénote Tintention de flatter l'empereur occidental en employant sa langue. Ici l'intention d'écrire du latin ne saurait être réputée pour le fait.

iU RELIQUAIRE DE SAINT GHARLEMAGNE.

(1003-1024) aux pieds du Christ (1), et le style de ce monument est tout différent de celui qui distingue les ivoires que je viens de citer. L'impératrice Théophano avait donc pu apporter en Allemagne des ouvrages d*art grecs sans que cette circonstance ait influé sur le faire des sculpteurs germaniques. Le reliquaire de Barberousse, qui offre plus d'un trait de ressemblance, quant au travail, avec le retable de Bâle, a élé certainement aussi fait suivant la tradition latine.

Les couronnes impériales ne sont pas formées seulement d*un diadème de pierreries portant une croix sur le devant; elles sont fermées et celle de Louis le Débonnaire est surmontée d'une fleur de lis. Aucun des princes représentés ici n'a la. tète entourée du nimbe ; ce symbole de l'existence céleste est réservé au Christ, à la Vierge et aux saints qui les accompagnent.

J'ai dit, en commençant, que les catalogues du trésor de l'abbave de Saint-Denis ne mentionnent en aucune manière le bras de Charlemagne. Il n'est pas possible d'admettre que Ton eût passé sous silence upe relique aussi précieuse pour l'abbaye royale, qui considérait comme un de ses plus grands privilèges l'honneur de donner un dernier abri à la dépouille mo^ telle des princes français (2).

Les descriptions du trésor de Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle ne parlent point de notre reliquaire, et cependant on montre dans celte église un os du bras de Charlemagne.

« Barberousse flt déterrer le grand empereur. L'Église a pris le squelette et l'a dépecé comme saint pour faire de chaque ossement une relique. Dans la sacristie voisine, un vicaire montre aux passants, et j'ai vu, pour trois francs soixantequinze centimes, prix fixe, le bras de Charlemagne, ce bras qui a tenu la boule du monde, vénérable ossement qui porte

(1) Lors de la découverte de ce retable dans les cryptes de réglise cathédrale de Bàle, il en a été publié, dans cette yille, une exceUente lithographie chez Hasler.

(2) L'historien de Tabbaye, dom Bouillard, parle même du désir que Charlomagne avait témoigné d'être enterré à Saint-Denis, près de Pépin, et il cite une charte à Tappui. Hht. de VAbb,, p. XXXU, n» xlvii.

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