‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 31 sur 157 · LE GRAVEUR JEAN CLAVET · texte numérisé non relu

LE GRAVEUR JEAN CLAVET

( Extrait du tome XV (uouvelle série) de la Hevue numisnmliqiiÇy

1874-77, pp. 179-180.)

Dans uue notice inllLulée : Des anciens orfèvres de Mecers^ M. Louis Roubel, vice-président de la Société nivernaise des lettres, a consigné tous les renseignements qu'il a pu découvrirsurles artistes qui, pendant le moyen âge, ont produit quelques ouvrages de métaux précieux. On remarque les faits que voici :

En 1515 , lors de Tentrée des comtes Charles deClèvcs et Marie d'Albret, la ville de Nevers fit offrir à ces seigneurs, par un lion symbolique fabriqué pour la circonstance, deux cœurs d'argent, « enquels cueurs estoient leurs armes émaillées avec celles de la ville». Pour ce travail, il avait été payé à Jean Clavel, orfèvre à Nevers, 15 livres 6 sous 3 deniers tournois.

En 1535, Gilbert Doreaul, receveur des deniers communs, fait compte de 110 sols tournois « pour la façon de sept paires de jectons de laicton^ aux armes de la ville, pour nous, le contrôleur, receveur et scribe de la ville , pour servir à compter les parties de dépense touchées au présent contrôle durant cette année.

« Lad. somme acquittée à Jean Clavct, orphèvre, qui si fait les coings, iceux gravés et fait lesd. jectons. »

Nous avons prié M. Roubet de vouloir bien vérifier sur les documents originaux si Torthographe du nom Clavel où Clavet

LE rniAVKUU JKAN CL A VET. VJ

u'avait pas subi quelque altération dans Tun dos deux passages qui viennent dV?tre rapportés, et ce zélé archéologue a bien voulu nous répondre, après examen, que le texte du rcîceveur Gilbert Doreaul est un véritable modèle de calligraphie, ce qui est une garantie d'exactitude; qu'au contraire le texte des comptes présentés en ISio laisse beaucoup à désirer; le receveur d'alors était Drouin de la Marche. Le registre original de 1313 a disparu; il n'en existe qu'une copie faite par le co7iirolleur. Le copiste, à ce que suppose M. Roubet, aura lu f ilavel au lieu de Clavet. En conséquence^ il pense que Clavet est la véritable legon.

Il eût été curieux de montrer à coté de ce l'enseignement l'empreinte des jetons gravés par Jean Clavet. Il est bien probable que ceux qui ont été fabriqués à Xevers, au moins entre 151S et 1S35, sont de sa main. Le très beau jeton frappé entre 1521 et le 17 février 1338, au nom de Marie d'Albret, comtesse de Nevers, pourrait être cité en première ligne. Cette pièce d'un goût excellent donnerait une idée très avantageuse du talent de Jean Clavet. (Voir George de-Soultrait, Essai sur la Numism. nivemaise, 18S4, p. 120.)

Un autre jeton portant, autour des armes de la ville, la légende PRO CAMERA COMVNITAT VRBI NIVERN. , pourrait être attribué à la même source (Soultrait, Numism. nii\, p. 164). Celui-là répond parfaitement aux indications fournies par Gilbert Doreaul. Enfin , il existe un jeton de la chambre des comptes de Nevers (Soultrait, Ntimism. niv., p. 175) qui pourrait peut-être être rattaché au même atelier. Malheureusement ces jetons ne portent pas de dates, et il est à espérer que les amateurs du Nivernais chercheront des documents numismatiques plus précis.

Inscriptions de lx France, du >« siècle au xvm«, recueillies et publiées par M. F. de Gui Hier my, membre du Comité des travaux historiques et des sociétés savantes; tome I***. Ancien diocèse de Paris. Ouvrage faisant partie de la Collection des documents inédits sur Thistoire de France, publiée par les soins du Ministre de l'instruction publique. Paris, Imprimerie nationale, 1873, in-4^

COMPTE RENDU

(Extrait du Journal des Savants, 187V, pp. 592*613, 616-673.)

Il serait superflu de parler longuement de Tulilité d'un recueil tel que celui dont nous venons de transcrire le titre. L'épigraphie, après avoir élé en grand honneur, dans notre pays autant qu'en Italie, à l'époque des Peiresc, des Sirmond, des Spon, des Bimard, des Séguier; après avoir été négligée, presque oubliée, pendant près d'un siècle, a repris le rang qui lui appartient dans la science, et a même conquis la faveur d'un public assez nombreux. On en peut juger par l'empressement avec lequel on signale de toute part les inscriptions antiques ou relativement modernes que le hasard fait découvrir. Le Comité historique des arts et monuments institué, en 1834, par M. Guizot, alors minisire de l'instruction publique, se préoccupait depuis longtemps de la formation d'un grand recueil des inscriptions de la France. Une circulaire, datée de 1839, demandait aux antiquaires, aux directeurs de musées, aux correspondants de ce Comité, aux membres du clergé, de faire connaître les inscriptions, qu'ils possédaient ou qu'ils avaient pu observer. Des communications nombreuses répondirent à cet appel. En 1848, M. Mérimée traça le plan d'une publication qui devait comprendre les monu-

mcnts épigraphiques des Gaules antérieurs au vi® siècle. A la même époque, le Comité chargea M. de Guilhermy de préparer les éléments d'un recueil des inscriptions du moyen âge. Ce savant magistrat était désigné pour une pareille œuvre par de longues études antérieures. Dans une intéressante préface, il nous apprend qu'au temps de sa jeunesse il avait parcouru, guidé.par l'inappréciable livre de Tabbé Lebcuf (1), les quatre cent cinquante villes, bourgs et villages que comprenait, il n'y a pas encore un siècle, le diocèse de Paris. Visitant les ruines, décrivant les églises dans leurs moindres détails, M. do Guilhermy apportait surtout le plus grand soin à relever les inscriptions. 'Mais, par un sentiment honorable de modestie, il ne reconnaissait pas à ses copies la précision exigible pour un recueil officiellement publié. Le Ministre de Tinstruction publique confia la mission de reprendre Texploralion générale de l'ancien diocèse de Paris à M. Charles Fichot, dessinateur habile, déjà, connu,. par la publication çle plusieurs ouvrages d'art et d'archéologie. M. Fichot accomplit sa tâche en deux tournées, la première en 1856, la seconde en 1862, et rapporta,' non plus des copies, mais des estampages d'environ deux mille monuments; en sorte que le Comité se trouvait en possession de reproductions presque équivalentes aux textes originaux. Un arrêté ministériel signé par M. Duruy, le 4 février 1868, décida que la publication des inscriptions de la France, du v* au xvni* siècle, serait commencée sans plus de retard. Pour les quatre premiers siècles compris dans ce cadre, le travaîlétait déjà fait. M. Edmond Le Blant avait publié son savant recueil intitulé : Les inscriptions chrétiennes de la Gaule anté/neures au vni« siècle, et laissait peu de choses à dire sur ce sujet si profondément étudié par lui. Nous ne savons dans quelle mesure le nouveau livre reproduira le travail de M. Edmond Le Blant, car jusqu'à présent cette sorte de double emploi ne s'applique qu'à une seule inscription tirée de la nécropole de Saint-Marcel. Cela tient ù

(l) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, no4, 15 vol. iii-12.

ce que, d'après une décision du Comité, M. de Guilhermy ne devait insérer que les inscriptions dont il aurait pu relever les textes originaux. On écartait ainsi un nombre immense de documents qui ne se retrouvent plus que dans les ouvrages imprimés ou manuscrits, et dont Tabondance témoigne en même temps de notre antique activité épigrapbique et de notre penchant pour la destruction. Parmi les manuscrits ainsi mis hors de cause» il faut compter surtout ces grands Épitaphiers de Paris qui recèlent dans leurs flancs tant de détails curieux ^our l'histoire de notre vieille population. Quant à ces documents, un espoir nous reste toutefois, puisque' l'administration de la Yille de Paris en a confié la publication à M. Jules de (3aulle, qui accepte cette mission avec dévouement. Mais on ne peut penser sans regrets k l'imposant en^ semble qu'eût constitué une collection complète des inscriptions du moyen âge français, telle qu'aurait pu la fourpir un dépouillement critique de tous les ouvrages où elles se trouvent dispersées. Et puisque, à propos du recueil dont nous nous occupons, on a invoqué, avec raison, le nom et l'exemple de Bœckh, lorsqu'il s'est agi d'adopter un système de classification, qu'il nqus soit permis de demander quelle valeur aurait le Corpus de cet illustre maître si l'auteur avait dû en bannir tous les textes qu'il n'avait pu contrôler sur les originaux?

Le recueil des Inscriptions de la France se trouve donc privé de tous ces textes des xu'' et xnf siècles qu'avaient renfermés Notre-Dame et Saint-Marcel, et Saint-Victor, et Saint-Germain-des-Prés (1). Pour un grand nombre d'entre eux la forme métrique était cependant une garantie d'exactitude, sinon quant à la disposition minutieusement précise des lignes d'écriture, du moins quant à la rédaction. Les Variantes que présentent parfois les éditions imprimées auraient trouvé leur place en des notes qui eussent été pour le lecteur un avertissement suffisant. C'est, du Teste, d'après ce principe qu'a

(1) Ou devra recourir au tome VII du Gallia Cfirtstianot où sont rapportées ëdus discussion uu certain nombre de ces iuscripUous.

RECUEILLIES ET PUBLIÉES PAR M. K. DK (iriLHEKMV. 83

procédé M. Alfred de Terrebasse, à qui nous devons un très bon recueil des inscriptions du moyen âge appartenant à la province de Vienne (Dauphiné), ouvrage faisant suite à celui dans lequel M. A. AUmer a réuni avec tant de soin les inscriptions antiques de la même province (1). *

Obligé de se maintenir dans le cercle un peu étroit qui lui était imposé, Mi de Guilhcrmy a du moins fait de louables efforts pour rendre intéressant le livre qu'il publie. Il s'est appliqué surtout à éclaircir le texte épigraphique à Taide de renseignements biographiques, de remarques sur les noms des personnes, de détails sur Torigine des monuments^ sur les aventures auxquelles ils ont été exposés, A cet égard, Texpéricnce de Fauteur est précieuse, et nous lui devons bon nombre d'indications que les carnets du savant antiquaire ont sauvées de l'oubli. On apprend avec tristesse que plusieurs des monuments vus et déèrits par lui n'existent déjà plus, que d'autres encore sont relégués dans des magasins qui les soustraient à l'étude, que d'autres encore sont livrés à toutes les* chances de destruction ; les récits de M. de Guilhermy constituent un véritable martyrologe. Insérés dans un ouvrage officiel, ils pourront, il faut l'espérer, produire quelque effet salutaire.

Le premier volume des Inscriptions de la France est entièrement consacré aux textes épigraphiques appartenant aux monuments religieux de Pads : églises, abbayes, couvents, comm^nderies, collèges, hôpitaux, cimetières; les inscriptions municipales, relevées sur les portes, les fontaines et autres édifices IsJques,' seront publiées dans le volume suivant.

Sur les 488 inscriptions que contient ce premier volume, 40 seulement sont antérieures au xv® siècle ; 82 datent des xv* et XVI* siècles. Le xvii® et le xvui* sont représentés par 336 épigraphes.

Mais, pour provenir d'établissements ayant un caractèi^e religieux, les inscriptions n'en ont pas moins bien souvent un

(1) inscriptions antiques et du moyen âge de Vienne en Dauphiné, Vieni^e, J. Gicard, 1874, in-â» et atlas de 160 planches in-4o.

aspect tout à fait historique, témoin les longs récils gravés sur les marbres funéraires de Gui du Faur de Pibrac {n? 236), de Charles de Roslaing (n° 271), de René Potier de Tresmes (n® 273), et ce bulletin singulier des exploits de René de Trévélec contre les Mai*ocains (n** 274), en têle duquel on Ut le mot anecdote^ qui devait produire un effet si peu attendu dans une chapelle des Célestins.

D'autres inscriptions sont intéressantes pour l'histoire littéraire. De ce nombre sont Tépitaphe en vers d'Adam de Saint- Victor, composée par lui-même (n*» 210); celle de l'amiral Philippe de Chabot, œuvre d'Etienne Jodelle, qui l'a signée (m 238) ; celle de Santeuil, rédigée par son ami RoUin (n** 211) : celle de François de Chevert, un chef-d'œuvre de grandeur et de simplicité, bien digne de celui qui l'avait inspiré, et qui est attribuée à Diderot (n** 76) :

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