‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 46 sur 157 · SARCOPHAGE DE GUILLAUME DE ROS · texte numérisé non relu

SARCOPHAGE DE GUILLAUME DE ROS

il a eu recours à un élargissement extraordinaire de l'N de BONI pour remplir le vide. A la dernière ligne, avant le mot SALVATORIS. existe un blanc dans lequel on s'attendrait à trouver NOSTRI ; mais M. Rœssier, interrogé à ce sujet, déclare qu'il n'aperçoit là aucune lettre. Il faut donc admettre que la disposition des caractères' qui vient d'être signalée, et que l'on observe d'ailleurs dans beaucoup d'inscriptions du même temps, était le résultatd'une recherche élégante, d'une mode calligraphique, et non pas seulement un moyen d'épargner l'espace.

(Extrait de VAImana^ kisl., fopogr. et ilafisl.

a lUparlemtnt de Sein^-el-Mame tt du diocène de Meavx,

ins, 15' uméc, pp. 120-135.)

Lorsqu'on examine la riche coUectioD de sceaux du moyen Age, formée par M. J. Charvet, on remarque une belle matrice de bronze dont le type élégant représente, non pas, comme tant d'autres, l'effigie d'un roi, d'un évéque, d'un chevalier, mais un château gardé par deux hommes sauvages. La légende qui l'entoure : S. DE LA CHASTELERIE DE LA FERTE AVCOVL, montre qu'il s'agit d'un sceau de juridiction seigneuriale, intéressant pour l'archéologie du département de Seine-et-Marne. La Ferté-Aucoul, au xvni* siècle, avant d'avoir reçu le nom de La Ferté-sur-Mame, qui effaçait la trace de tout souvenir historique, s'était appelée dans les actes publics : La Ferlé-au-Col. Ce nom, qui en réalité n'offrait aucun sens, mais qui présentait pour te temps un aspect rationnel, survit encore, dans quelques ouvrages modernes.

au nom de La Fer lé-sous- Jouarre, maintenant officiellement adopté, et qui n'est que la rénovation du vieux Firmitas subter Joirum. La France, de ce côté-ci de la Loire, compte un grand nombre de Ferlés {Firmitas ^ Feriias) (1); c'étaient à Torigine autant de places fortes construites pour la défense et pour la domination d'une certaine portion de territoire. Les châteaux portûent le nom de leur fondateur, par exemple :

Firmitas Adelhatdis La Ferlé-Aleps.

Firmitas Bemardi La Fer té-Bernard.

Firmitas Blihardi La Ferté-Blyard.

Firmitas Chalderonis La Ferlé-Chauderon.

Firmitas Emaldi La Ferlé-Ernault.

Firmitas Galcherii La Ferté-Gaucher.

Firmitas Hucberti La Ferlé-Hubert.

Firmitas Incbaldi La Ferté-Imbault.

Firmitas Milonis La Ferté-Milon.

Et enfin Firmitas Auculfi^ la Ferlé-Aucoul. Âuculfus, nom germanique assez anciennement introduit dans la Gaule, puisque nous le trouvons parmi les souscriptions d'une charte de Gallus, abbé de Saint-Calais, datée de 566, appartient à la famille très connue des noms terminés par le radical vulf, tels que Radulfus, Amulfus, Bardulfus, Gengulfus; et, en raison de la chute de Tarticulation finale /, qui a produit Raoul, Amoul, Bardoul, Gengoul, ce nom devait nécessairement arriver à la forme Aucoul. Il suffirait donc de connaître cette forme française pour rétablir Tancienne domination Firmitas Axiculfi^ quand même nous n'aurions pas à invoquer le témoignage de textes qui ne laissent aucun doute, tels par exemple que la charte de 1250, rapportée par D. Toussaints du Plessis, et celle de l'évèque Jean de Poincy, donnée en 1278, en faveur du monastère de Longpont (2).

(1) Feritas est nne altération de Firmitas, ud état secondaire du mot, conduisant À Perte et Frété.

(2) D. T. da Plessis, Hist, de Meaux, t. H, p. 153. ^ Muldrac, Compendiontm Abbat, Longipôntis Suess, chron., 1652, in-S"". p. 294. — Comparez Curtis EbnUfiy €oi]rt-Evron| : anjourd'bai CouteTronlt,

' Il demeure donc parfaite ment clair 'que la légende de notre sceau est une traduction très régulière de Fi/*mitas Aucul/i^ le château du sire Aucoul, et qu'il n y a rien là qui puisse provenir de colium ou de coUù, lesquels, du reste, n'ont jamais produit couien français.

L'édifice représenté sur ce sceau n'est pas une image du vieux château dont les restes intéressants ont été si malheureusement détruits, il y a quelques années. C'est un castellum de convention, un symbole de la ch&tellenie, comme les tournettes que nous voyons sur les gros d'argent de saint Louis sont un symbole de la cité de Tours. Ce château est tenu, comme on dit en termes de blason, c'est-à-dire gardé, par deux hommes sauvages, velus de la tête aux pieds. Il y a un demi siècle, lorsqu'on rencontrait de pareilles figures à Tétai de ronde-bosse, statues ou figurines de bronze, de fer, de pierre, on en faisait des dieux gaulois ou germaniques. D'anciens ouvrages dVrchéologie les avaient ainsi classées, et des publications «nodemes reproduisaient de temps à autre, sans vérifics^tion, une opinion devenue en quelque sorte traditionnelle, quoiqu'elle ne fut étayée par aucun genre de preuves. Mais la comparaison de ces figures velues avec d'autres figures absolument semblables sculptées sur des édifices où elles occupent encore leur place primitive, et sur des ivoires du moyen âge, accompagnées de chevaliers en costume du xni« siècle et du xnr", nous avait permis de restituer les prétendues divinités gauloises et germaniques à leur véritable époque (1). Nous avions d'ailleurs, en ce qui concerne les figures de fer que l'on considérait comme plus certainement gauloises que toutes les autres, indiqué les landiers (grands chenets), et les serrures qui nous montraient ces hommes sauvages gardiens du foyer, de la maison, du trésor. Ils sont pour la plupart armés de massues ; dans les

••(1) Figurines de fer, dans les Mém, de la Soc. des Antiquaires de France, 1840, t. V, p. 388, pi. Xn, et Notice sur tes figures vêtues employées au moyen âge dans ta décoration des édifices, des meubles et des ustensiles, publ. dans la Rev. archéoL, 1845, p. 500. - V. pp. 48 et 223 du t. IV des Œuvres de A, de Longpérier.

bas-reliefs et les peintures tirées des scènes de romans, ils détiennent les princesses dans les châteaux et les chevaliers ont à les combattre pour délivrer les prisonnières. Les auteurs de chansons de geste dépeignent ces terribles gardiens des forteresses. Us en font pai*fois des figures de cuivre qui, malgré leur nature métallique, n'en manient pas moins d'une façon redoutable les armes, massues, fléaux de fer, dont elles sont munies. Dans le Roman (dit) de C harles-le-C haute ^ lorsque le héros Dieudonné,>à la recherche de la jeune Supplante, se rend au château d'Ësturgon, deux figures de cuivre armées de massues lui en interdisent l'entrée. liBXï&.Ihion de Bordeaux y le nain Âuburon fait au chevalier qu'il protège la description du château de Dunostre, occupé par le cruel géant Orgilleus. Ou retrouve là encore les deux gardiens de bronze :

• C'est une lors qui siet devers la mer ; Jules César... le fît faire et fremer... Et s'a deux hommes à rentrer de l'ostel, Tout sont de keuvre et fait et compasé, Si tient cascuns un Haiel acouplé, Tout sont de fer, moult sont à redouter.

Les hommes sauvages du château de La Feilé ont un aspect beaucoup plus calme sans doute. Mais cependant ils gardent leur château de convention, et il ne faudrait pas leur porter un défi.

Un autre sceau de la même ville, appendu à un acte de 1479, conservé aux Archives nationales, pourrait bien nous fournir une copie plus réelle du château (1). On y voit une grande porte, avec sa herse, ses tourelles et son échauguette, derrière laquelle s'élève un donjon. Sur les flancs, des murailles renferment deux hautes tours à toiture conique ; devant, passe la Marne. La légende, maintenant en partie détruite, laisse distinguer ces mots : SEEL DE LA CHAS...ELERIE DE LA FERT... Sous la herse, un grand écu porte les armes de Béthune-Coucy, qui sont, comme on sait, écartelées, aux

(1) Archives naliouales, Inventaire des documents, t. Il, p. 213, ii" 46n; la pièce à laquelle il est attaché est c<»tée, S. 4263, d» j.

V* el 4% d argent à la fasce de gueules, et aux 2"" et 3% fascé de vair et de gueules de six pièces. On peut se demander comment ces armes de Béthune-Coucy apparaissent sur un sceau attaché à un acte de 1479, surtout quand il s'agit d'un acte scellé par Symon du Mont, bailly, de par le Roy. Il nous faudra donc remonter un peu plus haut dans l'histoire de La Ferté pour trouver une explication à cette singularité.

Au xrv^ siècle, Jean de Béthune (1350-1373) épousa Jeanne de Coucy, fille dnée d*Enguerrand de Coucy, vicomte de Meaux, sire de La Ferté-Aucoul. Leur fils, Robert He Béthune, s'unit d'abord à Jeanne de Chàtillon (1368), puis à Ysabeau de Ghistelle, dont il eut deux filles. L'aînée, Jeanne ' de Béthune, épousa Robert de Bar, comte de Marie et de Soissons. Cette dame avait fait le voyage de Rome, après avoir écrit, bien entendu, un premier testament; car, au xv» siècle un pareil pèlerinage n'était pas' sans périls. En 1450, elle vint à Meaux pour faire un second testament qui nous a été conservé en extrait (1). Elle s'était logée, non pas au château qui avait été incendié en 1358, et qui n'était peut-être guère en état de recevoir que des hommes d'armes; non pas à l'évêché, car au moyen âge une hospitalité passagère eût bien vite donné lieu à des prétentions de redevances ; mais tout simplement « en l'hostellerie nommée ie Gournaulty )> située, si nous ne nous trompons, près du chevet de la cathédrale et sur la place de l'aûcicn petit marché (2). On ne saurait dire si l'hostellerie contribuait à cette splendeur de la ville de Meaux dont parle André Duchesnc dans, ses Anii^ quùez et recherches des villes et chasteaux de France ; ce qui est certain, c'est que Jeanne de Béthune s'en contentait. C'est là que la vicomtesse de Meaulx, dame de La Ferté- Aucoul , de Beaurevoir, Champigny, Yaudeuil, Tancrou, Bellot en Brie et autres lieux, voulut disposer de ses biens temporels.

(1) Dachesne, Bist. généal. de la maison de Béthune, 1639, preuves, p. 240. L'original était resté au cliAteau de la Fère. ^

(2) Dans cette maisou où, il y a cinquante ans, l'excellent Honoré Grignon iaisait avec intelligence prospérer une hôtellerie qui ne manquait pas de réputation.

Sa fille Jeanne de Bai* hérita de sa vicomte qu'elle porta eu dot à Louis de Luxembourg, comle de Saiût-Pol, connétable de France, qui fut décapité en place de Grève, le 19 décembre 1475. Tous leurs domaines situés en France furent confisqués par le roi Louis XI, et leur fils Pierre de Luxembourg, mort le 25 octobre 1482, ne fut jamais qu'un prétendant à la vicomte de Heaux et k la seigneurie de La Ferté-Aucoul, tant à cause de la confiscation que parce qu'il était au service du duc de Bourgogne (1).

On comprend très bien, dès lors, pourquoi le bailli Simon du Mont ayant, en 1479, à signer un acte, ne s'est pas servi d'un sceau aux armes de Luxembourg. Il a fait usage d'un vieux sceau du temps de Robert de Béthune ou de sa fille Jeanne avant son mariage; ce qui n'offrait aucun inconvénient^ ce sceau ne portant pas de nom propre seigneurial (2). Quant à celui dont nous avons placé le dessin en tète de cette notice, son écu offrant, avec les aimes de Béthune, deux quartiers échiquetés, réclame l'attention des héraldistes.

Robert de Béthune et sa fille Jeanne étaient alliés à la maison de Dreux; ils possédaient diverses terres dans le Ver^ mandois, notamment Beaurevoir- lez- Saint- Quantin. Mais nous n'oserions pas dire que c'est l'échiquier de Dreux ou de Yermandois qui se voit ici, alors surtout que nous n'avons aucune indication relative aux couleurs de cet échiquier. Jacqueline de Béthune, seconde fille de Robert, avait épousé Raoul d'Âilly, vidame d'Amiens (1415-1455), et Ton sait que l'écu des sires d'Ailly portait un chef échiqueté (3) ; mais cette

(1) Ce furent les filles de Pierre H de Luxembourg, Marie et Fronçoise, qui furent rétablies dans les biens do leur maison, par déclaration de Charles VIH, fiiite à Ancenis au mois de juillet 1487. Dom Toussaints du Piessis a passé fort rapidement sur cette phase de Thistoire des vicomtes de Meaux. Mais aujourd'hui, les scrupules qui rarrôtaient ue sauraient exister, et Ton pourrait traiter la quesUon d'uoe manière moins compendieuse.

(2) Cet emploi du sceau de Béthune pour un acte passé au nom du roi ue nuisit en aucune manière à Symon du Mont que nous retrouvons eu 1481, lieutenant-général au bailliage de Meaux; D. T. du Piessis, HisL de Meaux j t. I, p. 729.

(3) Voir au sujet de cette famille, F. I. Darsy, Pkqwgny et ses seiyneurs ui^ dames d'Amiens^ Abbevillc, 1860, iu-8».

160 SCEAUX DE LA FERTÉ-SOUS-iOUARRE.

Jacqueline dont la fille Jeanne d'Ailly fut abbcsse de Jouarre (1462-1492) (1), aurait placé les armes de son mari avant les siennes, et d'ailleurs elle n'était pas dame de La Ferté-Aucoul. Il nous faudra donc cherchçr à rattacher ces armes échiquetées à l'une des nombreuses seigneuries possédée parla maison de Béthune. Si l'on rencontrait une épreuve du sceau que nous étudions encore attachée à une charte, on trouverait très probablement dans le texte de l'acte les élément» nécessaires pour éclairer celte question.

A titre de comparaison no^s mentionnerons ici, en terminant, un sceau de Robert de Béthune appcndu à des lettres du 27 avril 1394. Oa y voit l'écu aux armes de Béthune- Coucy avec un paon pour cimier, fcnu par deux hommes sauvages. La légende qui entoure ces armoiries est: SEEL ROBERT DE 8ETVNE VICONTE DE MEAVX (2). Malheureusement la gravure publiée par Duchesne laisse beaucoup à désirer.

(I] Ed 1419, celte abbesu fit refikire le portail de «ou église ainsi que le cODStalait une longue tuscriptloQ rapportée par DnchcsDC. Hisl. gin. de la mairan dt Béthune^ p. 2S6.

(2) Duchosue, Hiit. gén. de lamaùon deBilhune, p. 3î9.

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