DU RÈGNE DE FRANÇOIS
Cela n'est rien, je ne m'en fay que rire
Que pleust à Dieu que ceux & qui je doy Fussent contens de semblable monnoye.
La royne de Navan^e respond pour Heleine de Toumon :
Si ceux à qui devez, comme vous dites, Vous congnoissoient comme je vous congnois. Quitte seriez des debtes que vous feites Le temps passé, tant grandes que petites. En leur payant un dizain, toutes fois Tel que le vostre
et Marot réplique :
Mes créanciers, qui de dizains n'ont cure, Ontleu le vostre
La numismatique y on en conviendra, aurait droit à un chapitre dans rhistoire de la poésie française. Mais revenons au livre de M. de Saulcy. A la page 33 des éphémérides monétaires, on lit cette mention, annoncée déjà page 5, dans le résumé des faits relatifs aux ateliers : « En juillet [1S43], établissement de la Monnaie de Paris en la maison des Estuves, au bout du jardin du Palais, au moulin dit la Gourdène (Sorb. 4, 4 verso). »
N'ayant pas sous les yeux le document si compendieusement indiqué , il nous serait difficile d'affirmer qu'il contient une erreur. Cependant nous devons faire observer qu'il existe une ordonnance de Henri II, du mois de juillet 1553, instituant un hôtel des monnaies en ce même lieu. « Nous avons fait, dit le roi, dresser une monnoye en nostre maison des Estuves, au bout du jardin de nostre palais à Paris, et au moulin dit la Gourdine où avons fait preuve de certaine invention nouvelle de forger monnoye par aucuns de nos bons et loyaux serviteurs, expérimentez au faict desdictes monnoyes, lesquelz ont fait en ce tel devoir que leur travail et industrie, avec le temps et l'effect, nous ont tesmoigné l'excellence de l'ouvrage
in-12, p. 351. — C'eBt encore au même genre d'allusion qu'cBt dû le dizain h François, Daulphin de France, p. 350.
de ladite monnoye, qui, pour csire en perfection de rotondité, ne peut être ron^née sans manifeste et claire apparence. »
Le texte de l'ordonnance, imprimé m extenso dix-huit ans setilement après la fondation du nouvel atelier, est très explicite. Le litre porte : La création et establissement de la monnoye des Estuves à Paris et des officiers en icelle , et le roi Henri s'exprime ainsi : « Créons, ordonnons, instituons et establissons au dit lieu des Estuves, et moulin, une monnoye en la forme et semblance des autres, qui par cî-devant ont esté créés en nostre royaume, pour forger et batre toute qualité de monnoye d'or, d'argent, et billon, rouge, blanc et noir(l). »
Le roi , d'ailleurs , parle de Thôtel des monnaies ordinaire de Paris, qui n'avait pas cessé de fonctionner jusque-là. En effet, le plan d'Olivier Truschet, récemment retrouvé à Bâle et publié en fac-similé par la Société de l'histoire de Paris , nous montre, à la fois, un hôtel des monnaies situé entre la rue de la Monnaie et la rue Thibaut-aux-Dez, sur la rive droite de la Seine, et le moulin de la monnoie construit sur pilotis près de la pointe de la Cité, où se trouvaient alors le jardin du roi et la maison des Etuves ; terrain actuel de la place Dauphine. Le Blanc a certainement connu l'ordonnance de 1S53, puisque c'est à Henri U qu'il attribue la fondation du nouvel atelier (2). Il nous paraîtrait donc probable que le rédacteur du document conservé à la bibliothèque de la Sorbonne, en faisant des extraits d'ordonnances, avait lu 1343 au lieu de 1353, et qu'il aura ainsi été conduit à placer sous le règne de François P' un fait qui appartient à celui de Henri H.
On est autorisé à penser que François P' s'est peu occupé de ses monnaies , qu'il en confiait la direction supérieure à des agents qui eux-mêmes abandonnaient à des orfèvres de second ordre le soin de continuer le système de coins en vigueur sous Louis XIL La substitution d'un F à un L, de la sala-
(1) Pierre Rebuffi, Les édicls et ordonnances des roys de France^ Lyon, à la Salemandre, 1571, in-fol. p. 459. — Sous la direction de Guillaume do MariUac, on avait fait des essais de monnaie au moulin depuis 1551.
(2) Traité des monn.^ p. 332. — Cf. Sauvai, Hist, et rech, des antiquités de Paris, 1124, t. I, p. 99, 100.