‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 57 sur 157 · ET LES MONUMENTS ANALOGUES · texte numérisé non relu

ET LES MONUMENTS ANALOGUES

(Extrait du tome V de la Gazette archéologique^ 1879, pp. ii3-59.)

(PL. 111, iV.)

Le 20 janvier 1875, on découvrit à Ârlen, dans la commune de Fonzazo (province de Belluno), sur le flanc d'une colline nommée Aurin, un grand disque d'argent, une petite coupe du même métal et des fibules de cuivre; ces objets, ainsi qu'un plat d'argent décoré de figures, recueilli précédemment dans le même lieu, ont été apportés à Paris par M. Luigi Buzzatti, propriétaire du terrain d'Arten, qui nous permet obligeamment de les étudier (1).

Lo grand disque, gi'avé dans la pi. UI, a 50 centimètres de diamètre et pèse 3 kilogrammes 30 grammes; il est entouré d'un rebord hémicylindrique et monté sur un pied très bas, formé d'une bande de métal tournée en cercle et soudée de chant. C'est là une disposition qui rattache complètement le disque d'Arten à d'autres ustensiles célèbres dont nous aurons à dire quelques mots; ce qui le distingue et ce qui constitue sa valeur historique, c'est qu'autour d'une belle rosace gravée en creux, de 22 centimètres de diamètre, qui en occupe le centre, on lit cette inscription :

IQ^GEIUMIR REX VANDALORVM ET ALANORVM.

Le disque appartient donc à la première moitié du vi* siècle (330-534), et paraît être le plus récent de ceux qui ont été

(!) \U ont figuré en 1818 à TEi^positiuu historique du Palais du Trocadéro.

256 LK MISSO^RIUM DE GEILAMIR,

pendant un peu plus de deux siècles, successivement classés dans les collections d'antiques. Le plus beau, comme le plus connu est celui qui, trouvé dans le Rhône près d'Avignon, en 1636, a porté pendant longtemps le nom de bouclier de Scipion, que Spon lui avait donné (1), bien que, par son style, il appartienne évidemment à l'époque du Bas-Empire, et qu'il représente, non point un trait de la vie du général romain, mais un sujet tiré de VIliade. Le Jotonal des Savants de 1681 donne, dans son H* numéro, une estampe du prétendu bouclier, et le rédacteur en parle avec une sage réserve. « La figure de ce monument, dit-il, fait croire à quelques-uns que c'est un bassin (2). » Spon chercha bien à parer ce coup porté à l'attribution qu'il avait proposée. « Je diray seulement, écrivait-il, que, si quelqu'un a pris ce bojAclier pour un bassin, il changera de pensée quand il sçaura que cette pièce es toit presque tout à fait platte quand on la trouva, et que l'enfonçure en manière de bassin qu'on y a remarquée a été faite par les orfèvres qui s'étoient mêlés de la resouder... Aussi M. Mey (propriétaire du monument) a tâché depuis peu de la faire remettre en sa première forme (3). » Mais de cette argumentation, il ne reste rien que l'aveu d'une tentative de déformation bien inutile.

En 1714, un fermier de la terre du Passage, en Dauphiné (diocèse de Vienne), trouvait, en labourant, un second disque d'argent, un peu plus grand que le premier, mais beaucoup plus simple. Vingt-deux «ans plus tard, il fut vendu au roi, et M. de Boze le présenta à ses confrères de l'Académie des inscriptions, qui, en raison de la figure de lion passant devant un arbre, ciselée au centre du disque, « ne balancèrent pas à y voir un ouvrage carthaginois (4) ; de là, les conjectures prenant leur essor, on alla jusqu*à soupçonner que le bouclier

(1) Recherches des antiquités de la ville de Lyon, 1613, \t. 185.

(3) Recherches curieuses d'antiquités^ 1t>83, p. 12.

(4) 11 existe en effet une monnaie à ce type, frappée par les Carthaginois, ea Sicile, et qui porte la légende T^HD OTO* Mûller, Num, de V Afrique, t. II, p. 76, n** 17. P. Giuseppe Bomauo, Sopra alcune monete scoverte in Siciiia, 1862, pi. u» 5.

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