STATUE D'UN DIEU DÉDIÉE A UN AUTRE DIEU
tout à fait dans les coutumes de Tantiquité. Cette notion ressortait encore des observations particulières faites par M. Le Bas (1) et par M. le docteur Cari Keil (2).
A toutes ces autorités on pourrait encore ajouter un passage d'Âmmien Marcellin, dans lequel cet historien rapporte un fait qui se rattache à Tusage dont il vient d'être parlé. Le philosophe Asclépiade, pendant un voyage à Antioche qu'il fit pour voir l'empereur Julien, étant allé visiter le temple d'Apollon à Daphnéy avait déposé aux pieds de la colossale statue du dieu une figurine d'argent de la Dea cœlestis, près de laquelle il avait, suivant la coutume, allumé des cierges. C'était, disait-on, des flammèches de ces cierges qui avaient
mis le feu au temple : a Asclepiades philosophus , cum
visendi gratia Juliani peregre ad id suburbanum venisset, deae Cœlestis argenteum brève figmenlum, quocumque ibat, secum solitus eilerre, an te pedes statuit simulacri sublimes, accensisque cereis ex usucessit (3). » Asclépiade accomplissait un acte pieux en faisant à Apollon hommage d'une figurine de la mère des dieux. Le passage d'Ammien Marcellin est encore curieux parce qu'il nous montre l'emploi liturgique des cierges chez les païens; et, à ce sujet, il est bon de rappeler une découverte faite il y a quelques années dans un lieu relativement peu éloigné d'Antioche. M. Péretié trouva en 1849, à Rimât, près de Sayda, plusieurs grottes dans l'une desquelles était suspendu à une potence de fer une espèce de lustre de bronze d'environ soixante centimètres de diamètre sur autant de hauteur. Il était formé de deux cercles ou étages rattachés l'un à l'autre par des chaînes dont les extrémités pendaient au-dessous du cercle inférieur. Dans chaque cercle étaient implantées des pointes en forme de clous à tète énorme qui devaient servir à supporter le luminaire. Au-dessous du centre du lustre était fixé, dans le ciment qui formait le fond de la grotte, un plateau de bronze sur lequel reposaient les pieds
(1) Rev. arçhéoL, t. I, 1844, p. 180.
(2) Sylloge inscnpL Bœoticar, Lips., 1847, p. 87.
(3) Amm. Alarc, Rer. gest., lib. XXII, c. xiv.
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d'une slatuelte de même métal, haute d'environ cinquante centimètres, et représentant un enfant du, portant sur ses épaules un bélier. En face de cette figure étaient placés à terre el appuyés contre la paroi intérieure de la grotte deux bustes de bronze à tête radiée (1). L'enfant criophore et les deux bustes fia soleil, qui lui avaient pcut-élre été dédiés, font actuellement partie du cabinet do M. le duc de Luynes, aiissi bien qu'une des pointes du lustre, et il parait bien évident que cette pointe a servi à maintenir iin cierge comme ceux que le philosophe Asclépiade avait allumés dans le temple de Daphné.
(I) CoUe deacriptiOD est emprunlée à une Dote Je M. Péretlé, lasér^ [ar H. Félix Lajard dans le ArchMologiieher ànxtiger de H. GertMnl, n* 19, nui ISSl, p. 50.