‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 118 sur 173 · PL. VII · texte numérisé non relu

PL. VII

L'excellente statue dont il va èlre ici question, un des marbres les plus célèbres qui existent dans la riche collection du Capitole, a été déjà Tobjet de tant de dissertations qu'on s'étonnera peut-être de nous voir en parler encore. Mais quand il s'agit d'une œu>Te d'art si remarquable, à laquelle s'attache en outre un intérêt national, des observations d'un ordre secondaire peuvent avoir leur utilité.

Celte statue, on le sait, trouvée au xvi** siècle, à Rome, avait été considérée comme l'image d'un gladiateur; et, depuis Perrier qui, en 1638, la grava sous le titre de Mirmillon mourmit, jusqu'au docteur Énxile Braun qui la décrit en 18«^4 avec le nom de Sterbende Fechter, l'appellation traditionnelle a été généralement admise malgré la protestation des plus habiles antiquaires, parmi lesquels il nous suffira de citer Winckelmann, Visconti, Nibby, C. Fea, Raoul Rochette, Otfrîed Mûl- 1er, E. Gerhard (1).

(1) Perrier, Statut, n* 91. — Mafifei, Racc^lta, n» 65. — Botlari, Museo cflpitoUno, t. ni, p. 136. — Wiuckelmann, Geschichte der Kunst, IX, 2, §§ 33-36 Trad. franc., t. III, p. 41. — Ueyne, Ant. Aufsjetze, II, 230. — Mongei, Mém.de rinst.; lut. et beaux-arts, II. p. 433. — Petil-Radel, Musée Napoléon, l. IV. p. 51. — Legrand, Galerie des antiques, p. 14. — Visconti, Opère varie, t. IV. p. 82.5. — Nibby, Osserv. sopr. la stat. volg, app, il G/ad, morih. — C. Ffa.

ANTIQUITÉS GAULOISES. 37u

Ce n'est pas que tous les auteurs qui se sont refusés à reconnaître un gladiateur dans la statue du Capitole aient été guidés par les mêmes raisons et soient tous arrivés à trouver la véritable signification de cette figure. Quelquefois même on a pu rétrograder dans Tintcrprétation de certains détails.

Ainsi Montfaucon avait dît : « Le collier qu'il porte montre que c'était un gladiateur de quelque renom (1) ; » Winckelmann, dans »on Histoire de l'art, s'exprime ainsi : « Ce personnage a une corde autour du cou nouée sons le menton et il est couché sur un bouclier ovale sur lequel on remarque un cor brisé. Cette statue ne saurait représenter un gladiateur, tant parce que dans les beaux siècles de l'art les Grecs ne connaissaient pas les jeux de gladiateurs, que parce qu'aucun artiste célèbre de qui cette figure est digne n'aura voulu s'abaisser à représenter de pareils personnages. Ce ne peut être non plus un gladiateur, puisqu'ils ne portaient pas de cor tortueux comme étaient les trompes ou les litui des Romains (2). » Winckelmann essaye de prouver que la statue représente un Aérant grec blessé. Mais négatifs ou positifs ses arguments sont mauvais. Une peinture de Pompéi nous montre un gladiateur sonnant de la trompe recourbée (3) ; et Montfaucon ne sfe méprenait pas en voyant un collier au cou du guerrier mourant. On doit se demander aussi comment un bouclier pourrait convenir à un héraut.

Mongez vit bien que le guerrier blessé porte au cou un collier; mais il connaissait si peu d'antiquités gauloises qu'il n'avait pu trouver comme point de comparaison que des monuments de travail romain, et il conclut en disant que la statue représente un Barbare ou un esclave mourant.

BuHet, inst. arch., 1830, p. 122. — Raoul Rochctte, Bulletin des scif'nces hist., t. XV, p. 363. — E. Gerhard, Bullet, imt. arch., 1830, p. 274. — Otfried Mftiler, Handàuch, § 159, 2. — I^ndon, Annales du Musée. Sculpt. ant.^ t. II, p. 64. — Clarac, Mus. de sculpt.^ pi. 860, n® 2214, t. V, p. 133. — Melchiorri, Guida metod, di Roma, p. 530. — Tofanelli, Museo capitol.j p. 91, no 1. — E. Braun, Die Ruinen und Museen Roms, p. 215. — Etc.

(1) Antiquité expliq., t. UI, p. 267, pi. CLV.

(2) Hist. de Varty p. 41. — Cf. Monum. ined.; trattato prelim., p. lxxi.

(3) Mazois, Antiquités de Pompéiy IV« part., p!. xlviii, fij<. 1.

« Tout dans celte figure, dit Visconli, concourt à y faire reconnaître un gnemerhsLThavc (peut-être gaulois ou germain i blessé à morl et expirant en homme de courage sur le champ de bataille qui est couvert d'armes et d'instruments de guerre. » On sent que l'illustre antiquaire a été étonné de la présence de ce Uiitm, qu'il n'a pu en concilier Tusage avec celui d'un grand bouclier, et qu'il a eu recours à une înterprélation sur laquelle il valait mieux ne point s'appesantir.

En effet le litmts que Ton voit dans un assez grand nombre de bas-reliefs romains, entre autres sur la colonne Trajancel dans les conclamationSy est muni d'une barre transversale qui reposait sur l'épaule du lùicen, et Tune de ses extrémités présente un large pavillon^ indispensable à la sonorité de l'instrument. C'esl ainsi que sont représentés les liiui sculptés cl peints sur les piliers qui soutiennent une grande chambre sépulcrale découverte près de Cervetri par M. Campana (i).

Rien de semblable dans l'objet qu'on remarque sur le bouclier du Gtiert'ier moia^ant (voy. pi. VII, n" i) ; aussi peut-on observer que depuis que Nibby, Raoul Rochelle et Otfried Millier ont reconnu dans ce guerrier un Gaulois, il n'a plus été question de la prétendue trompette comme signe dislinclîf.

C'esl là que nous en voulions venir. Cet objet dont les deux extrémités ont le même volume, qui ne peut être un instrument de musique guerrière, car on n'en saurait tirer un son qui fût entendu au milieu du combat, c'est, suivant nous, une grande ceinture de métal, un torques celtique, et il nous suffirait peut-êlre pour être compris de mettre sous les yeux du lecteur le dessin du (orques d'or trouvé près de Cherbourg, en 1844 (v. pi. VII, n® 6), dans les carrières granitiques de Flaman ville. Cependant on nous permettra d'entrer dans quelques détails à ce sujet.

Depuis une douzaine d'années on a découvert des torques d'or d'un grand diamètre. Le cabinet des médailles de la

(!) Voir l'annonce de celle décon verte dans les Annal, delt infi. arrhrol, 1854, p. 58.

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