‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 125 sur 173 · DANS LES LÉGENDES · texte numérisé non relu

DANS LES LÉGENDES

(Extrait du tome I (nouvelle série) de la Revue numismatique, 1836,

pp. 73-87.).

. Les observations qui vont suivre seraient sans douté déplai^ées dans un recueil consacré à la philologie, bien qu elles portent sur un sujet qui n'a pas été traité d'une manière spéciale; Les épigraphistes auraient le droit de s'étonner de me voir exposer des notions que l'habitude des monuments leur a rendues familières ; tout au moins, pourraient-ils me reprocher de faire un travail inutile pour leur instruction. Mais les numismatistes dont la bibliothèque ne contient pas les grands recueils d'inscriptions, ou que d'autres études ont empêchés 4'examiner les monuments écrits, épars dans les musées et dans les ruines, me sauront probaj^^ement bon gré d'avoir réuni la collection de petits faits que je soumets à leur attention, puisque cet ensemble est de nature à faire disparattre des incertitudes qui se manifestent assez fi'équemment.

Maintes fois, en décrivant ou en citant les monnaies des chefs gaulois, Luchterius, Tasgetius, par exelnple, on a transcrit ces noms LuxtiirioSy TasgiitioSy comme si leur seconde syllabe contenait deux fois la voyelle L II en résulterait d Sabord que César, qui se trompe si rarement, aurait mal orthographié ces noms ; et ensuite que les anciens, si sobres de répétitions, alors même qu'il s'agit des consonnes, auraient employé une voyelle double, difficile à rendre dans la pronon-

ciatioDy et dont on ne saurait expliquer l'existence par l'analyse philologique.

Cette remarque s'appliquera aux légendes IIPAD. CICIIDV* Bl. VIIPOTAL, MATVCIINOS, IIBVROVIC. VIID. VANAIILOS.COSII. HARO. SIINVI. IIPOMIIAOC. etc. On voit qu'il n'entre pas dans tous ces mots un E de forme ordinaire, et si nous remplaçons par ce caractère le signe II, dans ces mêmes mots que nous venons de citer, nous obte-;nonsdes formes satisfaisantes, Xt/cA^mt/$, Tasgetitis, Epad., Ciceduobij Verotal, Matucenos^ Ebtirovic.j Ved., Vandelos, Cose.jEaro, Senvi., Eromelos.

Ici se présenteront vraisemblablement quelques objections.

Ceux qui n'ont étudié que les monuments numismatiques de la Gaule me demanderont si le double I n'est pas une lettre celtique, si ce n'est pas là une particularité de notre ancienne langue ; si d'autres peuples, les Romains, par exemple, auraient accepté la lecture que j-'adopte.

Ceux qui s'occupent d'inscriptions latines ne me querelleraient pas sur ce dernier point ; mais ils pourraient émettre des doutes sur l'époque à laquelle la forme II pour E a été employée,' et sur son usage dans les Gaules.

Pour répondre à ces objections, il devient nécessaire de citer des preuves. C'est ce que je vais faire, après avoir prié le lecteur de me pardonner tant de détails.

Quoique les archéologues connaissent bien en général l'emploi de n pour E, il en est qui l'ont cru peu ancien. Ainsi la présence de l'II (DIICIR.) sur une des coupes d'argent découvertes à Berthouville, près Bemay, dénotait, suivant M. Raoul- Rochette et M: Le Prévost, que ce vase a été fabriqué à une époque avancée de l'empire (1). D'un autre côté, M. Th. Mommsen assure que le caractère II ne âe rencontre jamais dans les légendes des monnaies, ni dans d'autres inscriptions publiques (2).

(1) Le Prévost, Mémoire sur la collection de vases antiques trouvas en mars 1830 à Bertftouville, Caen, 1832, iii-4, p. 26. . >

(2) Die unteritalischen Dialekte, p. 29,

Nous pensons au contraire que la forme II est fort antique, et que c'est par archaïsme qu'elle était employée à Rome dans les temps moyens ; par tradition dans les provinces. Les provincialismes, en fait de langues, sont des signes d^antiquité ; il en est de même de l'usage populaire,* et c'est précisément dans les mots tracés à la pointe, sur les murs ou sur les vases de terre, que l'on retrouve le plus d'E sous la forme II.

On connaît depuis longtemps les inscriptions :

MATRE MATVTA DONO DMDRO CISVLA ATlLiA DON DIANII MATRONA NOMELIA DEDE

MACVRIA IVNÔ LOVCINA

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