NOTICE SUR UN STATÈRE D'OR
le char, on voit qu'elle est complètement imberbe; et ce caractère, en même temps qu'il exclut Jupiter, appartient si bien au grand roi de Macédoine, que je n'hésite pas à reconnaître ici sa statue d'or, telle qu'elle a dû paraître dans la marche funèbre préparée pendant deux ans par Philippe-Arrhîdée.
Sur Tun des deux statères de la Bibliothèque Royale, l'objet qu'Alexandre tient à la main pourrait être pris pour une fleur de lotus, symbole funéraire qui convient fort bien au sujet. Les rois Achéménides de Perse dont Alexandre s'était constitué le successeur, sont représentés à Persépolis avec la fleur à la main. Sur le second statère, je crois distinguer un foudre, et cet attribut qui a trompé Eckhel et Mionnet, n'a rien qui doive faire repousser mon explication nouvelle, puisque de son vivant même Alexandre, qui d'ailleurs se donnait pour fils de Jupiter (1), avait été représenté par Apelles, armé de la foudre. C'est ce que Pline nous apprend : Pvixit et Alexandrum Magnum fiilmen tenentem in templo Ephesiœ Dianx (2) .
Maintenant, après avoir établi, je crois, que le type de ces statères a été choisi par Ptolémée pour rappeler le convoi d'Alexandre, je ferai remarquer que non seulement nous voyons au droit le portrait du monarque égyptien, mais que la légende nTOAEMAIOY BASIAEÛi: consacre sa roys^ité. Or, la cérémonie funèbre eut lieu au printemps de l'an 321 (3), par conséquent six mois après la prise de Cyrène ; et il ne me parait pas probable que Ptolémée, après avoir fait frapper des monnaies avec sa tête et son titre de roi, soit revenu à l'ancien
(i) CcUe paternité, qui fait le sujet de plaisauterics dans les Dialogues de Lucien, avait, comme on sait, fait représenter Alexandre avec des cornes de bélier, symbole emprunté à Ammon Cnouphis, identifié à Jupiter parles Grecs. Les Arabes, vivement frappés de cette circonstance, ont conservé au héros macédonien le nom d'IskanderdhoitV carnatu, c'est-à-dire, Alexandre aux deux cornes. Moracci, d'Herbelot et d'autres orîcutalistes, faute d'être familiarisés avec Ticonographic grecque, n'ont pas compris le sens de cette expression qui se trouve dons le Coran. Ils ont cru que les deux cornes désignaient les deux extrémités du monde, r
(2) Hisi. nat.y lib. XXXV, 26, 29.
^ (3) A la fin de la onzième année de la 114» olympiade; le huitième mois de Tan 426 de Nabonassar , deux années après la mort d'Alexandre.