DE PTOLÉMÉE SOTER
type macédonien, et ait laissé continuer rémission de statëres sans le mot BASIAEVS (1).
Réciproquement, Texislence du statère de poids attîque, portant la tête de Minerve, qui n'a pas pu être émis plus de six mois avant les médailles de Tenterremenl d'Alexandre, prouve que ces pièces, dont l'excessive rareté fait penser qu'il n'en a été fi'appé qu'au moment de la solennité, sont les premières monnaies d'or sur lesquelles le fils de Lagns se soit fait représenter, et les premières aussi dont le poids soit calculé sur l'étalon phénicien.
Comme il est assez rare de pouvoir fixer avec quelque degré de certitude l'époque à laquelle ont été fabriquées celles des monnaies de rois grecs qui ne portent pas d'année, j ai cru intéressant de signaler cet exemple dans lequel l'élément historique suffit à lui seul pour tout éclaircîr.
(1) Exccplé, bien cnlcudii, lorsqu'on remplaçai^ ce litre par lûTllP, mot qui l'assimilait aux dieux cl l'cuiportail encore sur DAXIAKV^.
(Extrait du tome I^' de la Revue archéologique ^ 1844-45,
1^« partie, pp. 89-97 [t].)
Ce que Ton se propose, ou plus exactement, ce que Ton devrait se proposer en étudiant les médailles, ce n'est pas tant de déterminer \a^ rareté de ces monuments, mérite bien secondaire aux yeux des vrais archéologues, que de les faire servira rhistoire humaine en obtenant de leur connaissance toutes les vérités générales qu'un examen méthodique peut scientifiquement établir. Pour cela il faut, ce me semble, après avoir approfondi dans leurs moindres particularités toutes les branches de la numismatique, abandonner un instant l'analyse pour embrasser d un coup d'œil tout ce qui a été reconnu certain. Alors, en jugeant dans leur ensemble tous ces groupes d'idées qu'un rapprochement délicat et sciiipuleux a permis de composer, il devient possible de découvrir la loi organique qui a dû présider à Tapparilion des types monétaires, comme à toute autre production des hommes. Aujourd'hui les grands travaux analytiques existent, un nombre considérable de bons écrits nous offrent une source abondante de détails, il ne s'agit plus que de les résumer, d'en extraire la doctrine.
(1) Cet article est une réimpression avec quelques variantes d'un premier travail paru dans le t. XV des Mémoires de la Soc. des Antiq. de France, 1840, sous le titre : Essii d'appréciations générales en numismatique.
J'ai parlé du type monétaire, et c'est de ce sujet si fécond de nos études que je vais entretenir les lecteurs de la Revue ; avant tout, nous devons définir ce terme. On nomme type, en numismatique, Timage, Fobjel, Tarrangement des figures ; en un mot, la composition que représente une monnaie ou une médaille. Chaque jour on acquiert de nouvelles preuves des fruits que peuvent retirer les sciences historiques de Texameii des types que portent les médailles; mais Ton ne s'est pas attaché à ptablir des notions générales qui facilitassent lappréciation du type en fixant les diverses valeurs qu'il convient de lui attribuer suivant Tordre d'idées auquel il doit son origine, suivant Tépoque à laquelle il appartient; et bien souvent, faute de tenir compte de ces circonstances, il est arrivé que Ton a appliqué à un type une signification que ne comportait pas sa nature. De là des conséquences absurdes qui sont venues frapper de discrédit des documents précieux qu'une étude mieux entendue, basée sur un système raisonné et d'une application générale, eût pu vivifier et présenter dans toute leur valeur. Nous n'entreprendrons pas de donner la nomenclature, même abrégée, des types de médailles; un tel travail, quelque utile d'ailleurs qu'il puisse être, ne saurait trouver place ici ; mais nous essayerons de tracer le tableau des modifications que le type a subies dans son essence, persuadé que nous sommes de la nécessité de cette méthode pour bien saisir le sens des médailles, ces pages écrites où l'art a su rendre merveilleusement significatifs les représentations les plus petites, les types les plus restreints dans leurs dimensions.
Et d'abord, on ne doit pas oublier qu'à l'origine de la monnaie le type n'avait d'autres fonctions que de donner une valeur légale au morceau de métal qui en recevait l'empreinte. Ceci explique la simplicité, nous dirons presque l'insignifiance des premiers types, qui n'avaient d'ailleurs qu'un seul côté des monnaies pour se produire. Cet état de choses ne fut pas de longue durée ; avec les perfectionnements introduits dans l'exécution matérielle des monnaies se présente un changement bien autrement important; la religion, la science,
s'emparent du type des monnaies, s'en font un moyen de communication avec le vulgaire illettré; le type eut dès ce moment un but, une obligation à remplir. L'observation des phénomènes de Tunivcrs, la compréhension des forces génératrices de la nature firent naître dans Fesprit des premiers philosophes certaines idées qui furent la base du polythéisme. Ce sont ces idées que Ton s'attacha d'abord à exprimer dans les arts par des symboles qui ont perdu une partie de leur sens pour nous et dont cependant une intelligente appréciation nous fait quelquefois reconnaître la portée. Bien qu*il faille admettre quelques rares exceptions, si nous considérons que le type des monnaies antiques noust retrace d'une manièro plus ou moins détournée les mythes particuliers à chaque contrée, les idées dominantes d'un peuple, nous comprendrons bien vile que c'est à ces précieuses images qu'il nous faut redemander les éléments nécessaires pour reconstruire le colosse de la pensée antique.
Le caractère sacré des premiers types devait leur assurer une longue durée, et c'est en effet ce qui arriva.
La persistance de certains types à travers les âges n'est pas une bizarrerie du goût des peuples ; c'est la conséquence de leurs institutions. Tant que l'art demeura subordonné à la direction sacerdotale, tant que la reproduction d'un type consacré à l'expression d'une idée religieuse fut regardée comme un acte pieux, Texactitude la plus rigoureuse dut présider à la composition des sujets que portent les médailles.
Les graveurs, comme les statuaires, comme les peintres, à Égine, à Rhodes, se renfermaient dans certaines limites que le culte posait à l'art, et qui donnaient à leur style une unité toute hiératique et toute stationnaire. L'école novatrice de Phidias rencontra l'opposition la plus vive de la part des premiers d'entre les Grecs par le rang, par Tintelligence.
Aux yeux de Platon, ce génie immense, l'immutabilité de l'art égyptien, c'était la perfection; et en exprimant cette idée, le philosophe ne faisait que confirmer les règles établies par les législateurs de sa patrie. Â Thèbes aussi la loi enjoignait
aux artistes, sous peine d'amende, l'exacte observation des anciens types. On ne s'étonnera donc point de voir le plus inconstant des peuples anciens conserver pendant huit siècles le même type. Alors que les symboles des autres villes disparaissaient de la monnaie pour faire place à Teffig-ie des empereurs, la vierge d'Athènes ne céda pas aux maîtres du monde. Cet attachement des peuples pour le type de leurs monnaies ne s'explique que par la valeur religieuse de ces représentations; ainsi se trouve exclu le système de quelques antiquaires qui ne voient dans certains types, très certainement mythologiques, tels que des animaux, des plantes, qu'une allusion à la fertilité de la contrée, qu'un échantillon des productions du pays. C'est méconnaître le génie de l'antiquité que de s'arrêter à un sens aussi étroit. On conçoit aisément que chaque peuple ait de préférence exprimé ses idées au moyen des objets qui se trouvaient le plus à sa portée ; que, suivant sa position, Tun ait vu dans un poisson, l'autre dans un épi un symbole de génération ; mais encore une fois il est difficile de croire qu'aucune ville ait voulu enseigner à la postérité que son territoire était fertile en céréales, que son port regorgeait de poissons.
J'insiste sur ce point, parce que je regarde comme une erreur déplorable l'opinion qui tondrait à transformer les médailles antiques en autant d'enseignes de marchands, en autant de mercuriales tarifant la disette et l'abondance.
D'ailleurs, en suivant cette manière de raisonner, que ferat-on du lion des monnaies de Capoue, de Vélie, de Marseille, de Reims, toutes villes où cet animal n'a pu exister que par importation? Voudra- t-on y voir un emblème du courage, de la force des habitants de ces villes? Autre erreur; si telle eût été la signification de ce type, toutes les villes ne l'eussentelles pas adopté avec empressement? et que devrait-on penser de celles qui en avaient choisi de nature à réveiller une idée tout opposée? Dira-t-on que les habitants d'Argos étaient des lâches et des pillards parce que leur monnaie a pour type un
loup?
Lorsque Tanimal, la plante, Tobjet que réprésente une médaille n'est pas Tattribut d'une divinité, il faut examiner si ce n'est pas par sa forme ou par son nom qu'il est significatif; certaines plantes, par exemple, étaient prises comme symboles de ridée que leur forme faisait ncdtre (1). Bien plus souvent encore le type n'était qu'une expression phonétique du nom du peuple, de la ville qui l'avait adopté; j'en citerai plusieurs exemples. Les monnaies des Phocéens de l'Ionie et de la Gaule portent un phoque, ç(i7.r,; celle des Phéniciens de Tyr un palmier, çcTvi;, ou la coquille de pourpre, çstvixsç; celles de Chrithote des épis dorge, v.^\^; on trouve une chèvre, aie, gén. arvcç, sur les monnaies d'.Egée, d'.'Egine, d'iEgos- Potamos, d'.Egire; un cœur, y.ap5'3t, sur celles de Cardia; une clef, xXsiS'.sv, sur celles de Clides; une grenade, «$ov, sur celles de Side; une pomme, jjLfjXsv, sur celles de Melos; une rose, ^éSov, sur celles de Rhodes de Carie et de Rhodes d'Espagne; un coude, a-sawv, sur celles d'Ancône; une feuille de persil, fffAtvov, sur celles de Sclinunte; un renard, iktà-rr^, sur celles d'Alopeconesus. Le cavalier qui presse un cheval, y.iXi;v îfpw, est une allusion au nom de Célenderi^. La drachme de Céraîtse représente une femme cornue, x£païr:/|Ç; les monnaies d'Histiae une femme qui fait flotter un voile, irrfov. On peut encore citer le porc, xAcjv£t2v, sur une monnaie de Clunia de la Tarragonaise; la lune, Camar (Phénic.) sur les médailles de Camarina; une tète de bélier, xs^aXi^i, sur des monnaies de Céphallénie. Les savantes recherches de M. J. de Witte ont prouvé que le lion des médailles de Milet et de Vélie, le daim de Damas étaient encore des types parlants (2).
C'est ici lo lieu de citer les types obscènes que l'on voit sur quelques médailles antiques. Les pièces frappées dans le mont
(1) Je Dc rappellerai ici que le grain d'orge était un symbole féminia de la génération qne parce que je trouve là l'occasion de consigner un exemple curieux de la perpétuation des idées antiques. Je tiens de mon ami Ali ben Hamdan, d'Alger, que daus les montagnes des Béni Djénad, où l*on fait encore des sacrifices de moutons à la manière des anciens^ les cbeiks prononcent des paroles sur des grains d'orge que les femmes portent ensuite à leur coq dans le but de devenir fécondes.
(2) Annales de Flnstitut archéol., t. VI, p. 313. Revue numismatique, 1. 111, p. 8.
Pangée, à Ëionc, à Amphipolis, dans Tile de Thasos, àLampsaque, présentent des sujets que nos idées modernes ont peine à reconnaître pour dos images religieuses, et qui, pourtant, n'avaient pas d'autre signification (1).
Outre le type principal qui occupe le centre et pour ainsi dire la première place du champ des médailles, on y remarque souvent de petits types accessoires, très finement gravés, et qui sont placés là comme différents monétaires; ils étaient très certainement laissés au choix du magistrat préposé à la fabrication do la monnaie, et faisaient allusion à son nom ou à quelque circonstance particulière à l'histoire fabuleuse de sa famille.
Sur les tétradrachmes d'Athènes, trois femmes suppliantes à genoux ('I/sTiSai) font allusion au nom do Tarchonte Hicesius. La massue d'Hercule ('IIpa7.Xfj;) accompagne le nom de Tarchonte Héraclidos. M. Fiorelli, dans un intéressant ouvrage sur la numismatique italienne, a relevé les noms des magistrats et mis en regard les types qui accompagnent ces noms et qui s'y rapportent; ainsi, Apollonius a pour épisème la tête radiée du soleil ; Dyonisius, une amphore ou une tête de bacchante; Héraclelas, un arc et un carquois; Léon, un lion; Neumenius, le croissant do la lune; Olympis, une couronne; Symmachus, un casque à cimier; Nikon, un cavalier qui couronne son cheval vainqueur. Les rois empruntèrent cet usage aux magistrats ; le revers d'un tétradrachme de Démétrius Soler de Syrie nous montre la figure de Cérès, en grec Atjjjlt^ttjP.
Le roi indien Mayas a fait placer sur ses monnaies de cuivre une tête d'éléphant qui rappelle celui que Maya vit en songe lorsqu'elle portait Bouddha dans son sein.
De même l'ancre des monnaies de Séleucus n'exprime pas la puissance maritime de ce roi, mais consacre la légende de
(1) Plus tard, a Rome, ou fabriquait des tessères obscènes que l'on distribuait dans les théâtres. Là il no faut voir aucune intention religieuse, les pièces elles-mêmes le démontrent ; car leurs types ne présentent que l'idée d'une débauche recherchée et n*ont rien de la gravité que conservent toujours les types archaïques, même lorsqu'ils nous moutreut les aclious \cê plu? matérielles.
sa mère Laodîce, qui avait, en songe, reçu d'Apollon une bague sur laquelle une ancre était gravée.
On voit donc par ce que je viens de dire que le type des médailles des temps grecs était purement mythologique; et si nous ajoutons que les rois ne parurent sur la monnaie que comme divinités, et que les types qui expriment le nom des peuples et des villes rappelaient aussi très certainement les mythes inhérents à Torigine de ces noms (1), on pourra poser en principe que, jusqu'à la prépondérance de Rome, la totalité des monnaies ne porte que des types religieux sans exception.
Rome, en adoptant les divinités de la Grèce, semble n'y avoir vu que des statues douées, malgi'é leur inanimation, d'une puissance supérieure. Il y a loin de là au symbolisme oriental qui reposait sur les idées les plus profondes. Les villes avaient adopté chacune une forme de la divinité, Rome se les appropria toutes, et, pour augmenter celte collection, elle créa de nouveaux dieux, parmi lesquels elle se plaça ellemême, ainsi que son sénat. La Grèce déchue, répudiant ses vieilles divinités protectrices, célébrait, sur ses monuments, sur sa monnaie, le sénat et le peuple par excellence. Les figures caractérisées par les inscriptions 'lepi S^yy-Xr^to;, 'leps; Af5(jioç, devinrent les types de toutes les monnaies. Bientôt après, la bassesse, l'abjection de la Grèce amenèrent une nouvelle sorte de type sur sa monnaie : l'effigie des empereurs, non pas, comme celle des anciens rois, cachée sous les traits des dieux, mais humaine, vivante et accompagnée du nom du personnage. Toutefois, et comme si les villes grecques avaient voulu atténuer la honte de leur soumission parle souvenirde leur gloire passée, le revers des médailles impériales représente les temples, les statues les plus fameuses, les acropoles, tous ces vestiges d'une époque de génie et de liberté qui ne devait plus revenir.
A Rome, vers la fin de la république, apparaît un tj'pe d'un
(l) Co ponl des cbèvres qui sauvèrent la ville d'Égirc lorsqu'elle allait toaiber au pouvoir des habitants de Sicyonc. Pausan., VU, 26. C'est ainsi encore que la tùte de Pan forme les types des monnaies de Panticapéc.
caractère tout nouveau, le type historique; renlèvement des Sabines, la mort de Tarpeïa, l'alliance avec Gabies, le serment des chefs de la guerre sociale, la soumission du roi Arétas rentrent dans cette catégorie. Nous verrons plus tard quel développement le type historique prit sous les empereurs. Les types parlants se retrouvent aussi fréquemment sur les nlonnaies consulaires : la tête de Pan sur les médailles de Pansa: les Muses sur celles de Pomp. Musa; un veau sur celles de Yoc. Vitulus; un marteau sur celles de Val. Acisculus; les étoiles de la grande Ourse, Trtones, sur les deniers qui portent le nom de Lucr. Trio; la tête du roi Philippe sur les monnaies frappées par un magistrat romain de ce nom ; le masque de Silène sur celles de Silanus ; un maillot siu* celles de Malleolus ; une fleur sur celles de Florus. M. Ch. Lenormant a reconnu sur les deniers de la famille Titia la tête du dieu Mutinus Titinus (1), et sur ceux de la famille Valeria Toiseau Yaleria. Mais c'est sous les empereurs que le changement de nature des types se fait surtout sentir. Le type des médailles impériales, particulièrement de celles d'or et d'argent,- qui émanaient directement des empereurs sans le contrôle du sénat, est en quelque sorte consacré à la famille souveraine ; c'est l'empereur, sa femme, ses fils, ses proches, leurs actions, leurs vertus que célèbrent les monnaies où l'on voit rappelées par de pompeux trophées, par de magnifiques arcs do triomphe, les moindres victoires, des expéditions qui n'avaient pas toujours été couronnées de succès. Aux sujets historiques viennent se joindre les types allégoriques; c'est la prudence, la piété, la santé, l'abondance, le courage, la libéralité de l'empereur; la pudeur, la fécondité de Timpératrice. Toutes ces idées immatérielles, représentées sous la forme humaine, sont caractérisées par des attributs et de plus exprimées dans la légende de la médaille. Ce sont ces types allégoriques qui ont induit en erreur les antiquaires lorsqu'ils ont voulu expliquer les types plus anciens ; mais ces abstractions personnî-
(1) Revue numismatique, 1838. II,
fiées sont essentiellement propres au génie romain et ne doivent pas être cherchées ailleurs que sur les monuments qu^il a produits. Quelquefois même des légendes en apparence allégoriques se rattachent à des symboles religieux. On doit à M. Charles Lenormant de curieux mémoires sur F J2on d'Hadrumète et le dieu d'Émèse, qui prouvent que les monnaies frappées dans l'Orient par les empereure, tout en adoptant la phraséologie latine, conservaient leui's types locaux et sacrés.
Il est à remarquer que vei*s le milieu du ni* siècle, alors qiie les révolutions se multipliaient et que les empereurs se succédaient rapidement, élevés et renversés presque aussitôt par la garde prétorienne, les types de la sécurité, du bonheur des temps et de la fidélité des troupes se reproduisent continuellement. Quelle était donc leur valeur : un heureux présage ou une affectation de confiance? Toujours est-il que les événements en ont fait autant de mensonges. Un type encore que nous ne devons pas oublier, c'est celui de la consécration, qui revient inévitablement à la mort de tous les princes. C'est ordinairement un char funèbre ou le bûcher sur lequel on brûlait les corps. Auguste, en déifiant César, avait donné un exemple qui fut suivi par tous les empereurs jusqu'à Constantiu, et que Julien critique amèrement dans sa mordante satire des Césars (1). Rien n'était en effet plus propre à renverser le polythéisme que l'admission au rang des dieux de monstres que la société humaine ne pouvait conserver dans son sein. L'Olympe escaladé par tant d'hommes, les dieux s'e?i allaient.
Cependant le christianisme, déjà répandu sur toute la terre, montait sur le trône impérial avec Constantin ; le signe de la foi chrétienne parut alors sur la monnaie. Pendant quelque temps la croix fut placée dans la main de la Victoire ; \'îctoire toute chrétienne, il est vrai, puisqu'elle est figurée sous la forme d'un ange, mais qui n'est pas moins un reste de l'art païen (2). Plus tard la croix occupa seule le revers des monnaies, et lors du démembrement de l'empire, les souverains
(1 ) Bccbv ovrcoç ScoTr^pcov ^pya SéovTa tnive^^pyjasv o^to; o xopoicXdtdxri;, x. t. >.. (2] Les statères d'or d'Alexandre et les monnaies de plusieurs autres rois
des nouveaux États la prirent pour type de leurs monnaies, qu'ils fabriquaient à l'imitation de celles de l'empereur.
Pendant le moyen âge, le type indispensable, général, c'est a croix; symbole quelquefois politique, religieux toujours; c'est le principe et la fin de toute action ; ornement variable à l'infini dans sa forme, c'est la base presque unique de l'art. A plusieurs époques on trouve des monnaies qui ont pour type une croix sur chacune de leur faces. Au ix® siècle, les rois franks donnaient une tournure cruciforme au monogramme de leur nom qui sert de type à leur monnaie, s'effaçant ainsi devant le symbole de la foi. Un type qui parut à la même époque, et que nous devons mentionner à cause de sa longue durée, c'est le temple chrétien. La légende qui l'accompagne : xpiSTiANA RELïGio, ue laissc pas de doutes qu'on y ait vu, non pas un simple monument, mais cotte puissante Église immatérielle à laquelle le Christ avait donné le grand apôtre pour première pierre.
Lorsque les prélats eurent obtenu des rois les droits régaliens, ils prirent ordinairement pour type de leur monnaie le saint patron de leur église. Quelquefois, à l'exemple des seigneurs laïcs, ils ne firent que copier la monnaie du souverain. C'est ici le lieu de dire un mot de l'imitation des types, qui introduisit sur les monnaies des singularités inexplicables pour qui n'aurait pas cette notion.
La conformité de types que Ton remarque sur les monnaies de quelques villes de l'antiquité tient, le plus souvent, à une communauté d'idées, de culte. Cependant il est certains cas où l'imitation servile est tout à fait sensible (1). Au moyen âge, où la monnaie était souvent la principale source des revenus do celui qui la fabriquait, on s'efforçait de lui donner le cours le plus étendu possible. Pour cela on copiait le type en vogue ; que ce fût le florin de Florence, le gros de Tours
grecs noua montrent la Victoire portant une croix qnt n'est autre chose que Tarmature destinée à former un trophée.
(1) Les tétradrachmes de Cydonia, de Gortyna, d'Hiérapytna, de Prlansus, villes de Crète, sont évidemment calqués sur ceux d'Athènes» A Pharsaie de Thessalie, à Héroclée d'ionie, on trouve des imitations de la Minerve attique.
OU le sterling d'Angleterre, peu importe. On conçoit facilement quelles bizarreries résultèrent de cette coutume. Des évêques et des comtesses se firent graver sur leurs monnaies, à cheval, en armure complète et la couronne royale en tête. Le pape Clément IV fut obligé de réprimander certains évêques qui copiaient la monnaie arabe avec le nom de Mahomet, tandis que les sultans de la race d*Ortok battaient des monnaies à Teffigie du Christ, de la Vierge et des empereurs (1). L'introduction des armoiries sur la monnaie ne fut même pas un obstacle à Timitation (2). De nos jours encore les petits souverains copient la monnaie des grand États.
Depuis deux siècles le type des monnaies, en général fort simple, est devenu fixe, c'est-à-dire qu'une fois adopté par un souverain, il se continue pendant toute la durée de son règ^nc, et souvent même est adopté par ses successeurs. Bien des artistes ont émis le vœu de voir reparaître sur la monnaie les types variés et commémoratifs; mais cette rénovation ne se ferait qu'au profit de Tart seul. Quant à Thistoire, aux idées religieuses, elles peuvent se passer désormais de ce moyen de publicité. L'imprimerie est pour elles un auxiliaire bien autrement puissant; le changement continuel de type nécessiterait des dépenses énormes et n'atteindrait pas le but qu'on semble se proposer de laisser des monuments durables de notre histoire. La grande circulation de nos monnaies, les refontes qui en sont la conséquence inévitable, ne laissent subsister aucune monnaie d'un siècle à l'autre. Quand même Louis XIV eût fait retracer sur ses monnaies les nombreux événements de son long règne, ses écus n'en seraient pas moins décriés et détruits; les chefs-d'œuvre de Warin n'ont pas trouvé grâce devant le creuset niveleur du système décimal.
(1) Uue luagutBque monnaie du cabinet de feu M. le duc de DIacas uVst autre chose que la reproduction servile d'un dinar du khalif Haroua Al' Ra?chid) avec Taddition du nom du roi de Mercie, OfTa U.
(2) Les seigneurs de Wezemale, de Mantoue, de Cugoon, d'Orange, d'Arche ont reproduit sur leurs monnaies les trois fleurs de lis de France, sans s'inquiéter des droits qu'ils pouvaient y avoir.
DE